CHAPITRE ONZIÈME
est de nature à laciliter singulièrement la (àche clu médecin expert, qui, en tlièse générale, ne doit jamais sortir de sa sphère. S'il s'improvise avocat, il perd à l'audience lout son prestige, car le juge et Je défenseur se croient alors beaucoup plus compétents que lui. il doit exposer scientifiquement les faits , donner froidement et avec autorité sou opinion, et en appeler, au besoin, à des cas analogues antérieurement observés. Il surgit parfois tant de péripéties dans le cours d'un procès, que des embarras aussi grands qu'imprévus peuvent, à un moment donné, plonger le médecin dans la plus anxieuse perplexité; mais comme il y a entre un témoin ordinaire et lui la différence qui sépare l'homme qui a des sens de celui qui possède une intelligence, il doit prendre conseil de son discernement, de son instruction et de sa probité. Ainsi présentée, la cause de la science sera presque toujours celle de Ja vérité.
Ce qui a été dit ici de la possibilité pour certains persécutés de répondre , dans une mesure restreinte, de quelques-uns de leurs actes, de ceux qui ont été notoirement accomplis en dehors des conceptions délirantes habituelles, — ne s'applique, on le comprend, qu'aux cas légers ou de moyenne intensité du délire des persécutions. Encore, ma conscience m'oblige-t-elle à y mettre la réserve d'une sorte de pénalité spéciale. Mais pour tous les cas sérieux, graves, dans lesquels le délire s'est systéma-
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lise avec une opiniâtreté irrémédiable et dangereuse, et se trouve d'ailleurs entretenu et en quelque sorte consolidé par de permanentes liallucinations de l'ouïe, de l'odorat ou du goût, il n'est pas entré un seul instant dans mon esprit de soumettre ces malheureux malades à la dure nécessité d'un semblant quelconque de responsabilité. Là, l'intelligence a subi un tel choc, qu'il faut soigner le malade et non le punir. Pour lui comme pour la société, la meilleure prison, c'est l'hôpital d'aliénés.
Séquestration de l'aliéné en général.
Le malade ordinaire trouve dans sa famille des soins affectueux dont l'heureux effet sur le moral facilite et assure parfois sa guérison; il a conscience de son état, des prévenances dont on l'entoure, du dévouement et de l'amitié qu'on lui montre plus vifs que jamais; il voit l'heureux côté de la vie morale, désire recouvrer sa santé, montrer sa reconnaissance, s'attacher plus que jamais par ces liens invisibles du cœur qui dans les âmes bien trempées résistent à toutes les secousses de la vie sociale.
L'indigent trouve dans la charité publique si admirable quand elle est désintéressée, dans les secours de l'assistance, dans les soins hospitaliers, sinon ce sentiment pieux de l'amitié familiale, du moins un zèle religieux, un dévouement qui ne cal-