‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 211 sur 234 · CHAPITRE OXZIÈAIK · texte numérisé non relu

CHAPITRE OXZIÈAIK

culc pas et un bien-élro qui aident considérablement les médecins du jjauvre dans l'accomplissement de leur mission |)arrois aussi délicate que uiériloire.

Ce côté moral de la médecine, souvent pénible, mais parfois aussi bien consolant pour l'Iionnue qui consacre une partie de son existence aux misères de la société, n'est pas d'Iiabilude le parta^je du médecin aliéniste, qui, après tous les ennuis et tontes les déceptions qu'il éprouve, toutes les peines qu'il se donne, ne doit pas même attendre la reconnaissance! N'ai-je pas déjà dit que l'ingratitude est la résultante obligée de la folie?

Le persécuté s'ignore lui-même. II ne croit généralement pas à sa maladie; il ne veut donc pas se soigner et vit dans un monde qui n'est plus celui qui l'entoure. Pour lui, l'amitié est souvent de la jalousie, la bienveillance de la malice, le zèle de la baine, le dévouement de la rapacité; les paroles et les actes de ses parents et de ses amis ont une valeur toute spéciale, un but déterminé; le monde des idées et des sentiments, aussi bien que le cercle de ses facultés intellectuelles, morales et affectives, sont complètement transformés.

Pour le malade ordinaire, la famille se borne à lui prodiguer des soins affectueux, la société lui assure le droit à l'assistance dans le cas oîi la fcunille est absente ou nécessiteuse; mais pour l'aliéné en général, du moment où la loi pénale lui assure l'immunité qui ressort de son état mental compromis, il

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survient fatalement pour la société et la famille de nouveaux droits à défendre et de plus grands devoirs à remplir.

Cl En dehors de la conscience raisonnce on raisonnable du juste et de l'injuste, du licite et de l'illicite, et c'est le cas de l'aliéné, il n'y a place, a dit Parchappe, ni pour l'exemple ni pour le châtiment. Ce n'est cpi'en portant atteinte à la liberté d'action de l'aliéné dangereux qu'il est possible de prévenir, d'empêcher l'abus qu'il en peut faire. De là, pour la société, le droit et le devoir d'intervenir dans la vie de l'aliéné dangereux, et même de se saisir de sa personne pour le placer dans des conditions spéciales de surveillance et d'empêchement d'agir. L'intérêt de la sécurité publique est le premier qu'on ait songé à satisfaire. »

Voilà bien établi, croyons-nous, le principe delà séquestration des aliénés, principe absolument nécessaire et indispensable qui n'a pas besoin, pour être bien évident et admis par tous, d'une démonstration spéciale.

Il ne peut y avoir de doute, de différence d'interprétation , de discussion possible que dans ses applications, qui malheureusement seront souvent discutables, parce qu'en médecine mentale, où il y a, comme chacun le sait, beaucoup de données différentes et variables pour chaque problème , on ne peut, pas plus qu'en médecine ordinaire, établir de règle absolue pouvant s'adapter à des cas déterminés.

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La société, désarmée par la loi pénale, ne peut se passer d'une garantie sérieuse qui lui assure la tranquillité, alors surtout qu'elle ne peut demander aucun compte à l'aliéné des actes souvent graves qui la troublent et menacent sans cesse sa sécurité.

En présence de l'irresponsabilité légalement et moralement instituée pour l'aliéné en général, il était nécessaire d'établir un contre-poids, un correctif suffisant, et on a pensé à la séquestration, mesure préventive, devenue depuis plusieurs années, grâce à des progrès qui ne sont plus contestables, un principe moral et médical qu'il serait téméraire et dangereux de détruire ou d'oublier.

Du moment où légalement l'aliéné n'est pas responsable de ses actes, il est naturel et logique de ne pas lui laisser le pouvoir d'en commettre. S'il n'a pas le libre arbitre, la liberté morale, il est évidemment indispensable de lui enlever la libcrlé physique, dont il peut abuser au détriment de la société, de sa famille et de lui-même.

Un aliéné se trouve dans une disposilion telle qu'il peut, à un moment donné, commettre un crime, un délit ou tout autre acte malfaisant : la société sait d'avance qu'elle ne peut ni se défendre ni punir; elle doit avoir à sa disposition des moyens simples, mais surs, de se prémunir, et ne peut empêcher l'accomplissement de l^uts qui la troublent que par la séquestration appliquée à temps.

La société et la famille, pour conserver leur tran-

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cjuillilé, onl donc envers l'aliéné des droits à défendre, mais elles onl aussi des devoirs à remplir, puisque le malade qui peul faire le mal ne peut pas l'éviter. — ^ côté du droit de se garantir des atteintes involontaires ou inconscientes de l'aliéné, se trouve le devoir de le défendre contre tout ce qui l'entoure.

On doit se bien garder de confondre , comme on le faisait autrefois, la séquestration avec l'incarcération. On ne séquestre pas un aliéné pour lui infliger une peine, puisque, à part les réserves spéciales qui ont été faites tout à l'heure à l'occasion du persécuté, il ne peut pas être considéré comme coupable. La mesure qu'on prend à son égard, et le plus souvent malgré lui, est aussi avantageuse au malade qu'à la famille et à la société.

La science a reconnu et démontré que dans la plupart des cas l'isolement est un grand moyen de traitement. Elle vient donc donner à la loi sociale un appui bien précieux pour l'application du principe de la séquestration.

Lorsque l'isolement est pratiqué dans un asile d'aliénés, mode d'assistance le plus généralement employé, il n'est pas douteux que ces établissements ne doivent avoir aucun des caractères de la prison. Un aliéné, qu'il soit considéré comme dangereux ou même comme curable, devrait être, dans la majorité des cas, médicalement parlant, séquestré dès le début de son affection mentale. — C'est là le moyen

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le plus sur d'éviter bien des malheurs et d'assurer le plus grand nombre de «juérisons possible.

Le fait si fpave que j'ai maintenant à rapporter ne me sortira jamais de la mémoire.

OBSKRV ATI()\ L\\\V.

Délire di s porséciitions. — HalluciDations de l'ouïe. — Craintes de passer pom- un sodoinite. — Suicide.

A la lin du mois de mai 1S()S, un soir, à onze lieures un (piarl , je travaillais dans mon cabinet, ,1'étais seul. J enlends sonner chez moi, et je vais ouvrir : un homme jeune, d'une mise élégante , demande à m'entretenir quelques instants d'une affaire urgenle. J'introduis cet étranger, dont l'allure in(|uièle et mystérieuse me fait immédiatement supposer que j'ai devant moi quelque aliéné. Je lui offre un fauteuil, et sans aucune affectation apparente, je place aussitôt ma lampe de façon à inonder de lumière la physionomie émue du visiteur. «Je suis X..., me dit-il, je suis de tel endroit, et je vous connais bien. J'ai beaucoup voyagé, j'ai trente ans, et depuis ma m;ijorilé j'ai dépensé cent quarante mille francs. Maintenant je n'ai plus rien, et ne voulant pas m'adresser à ma lamille, qui cependant est riche, je me suis fait étudiant en médecine depuis dix-huit mois , niais étudiant amateur seulement. J'ai suivi votre cours à l'Ecole pratique, et plusieurs fois vous m'avez lait trembler. Il a même fallu que j'aie la tète solide, car vous rapportiez de temps en temps des choses tout à fait renversantes! A votre dernière leçon, vous m'avez lixé d'une façon « maçonnique qui voulait dire : u Je te connais, beau masque. >- Donc, vous m'avez dépisté, vous savez toutes les misères que l'on me fait, et je viens vous demander par quel moyen je pourrais enfin me défaire du « cénacle de for-

bans de la rue de l'Homme- Anne. >^ Ces gens-là sont reliés entre eux par des allaclies clandestines, souterraines, muettes, invisibles, mais ils sont en exercice jour et nuit. Tout à l'heure, sur l'impériale de l'omnibus des Champs-Elysées, le conducteur est monté trois fois pour me réclamer le prix de ma place. C'était un forban, et il m'a appelé voleur. A votre porte, à l'instant môme, il y avait un homme à casaque blanche; c'était encore un forban, il m'a traité de » pédéraste. » Vous comprenez que tout cela est idiot, J'ai toujours sur moi un pistolet. Tout à l'heure, il me brûlait la poche !

« J'ai déjà écrit au prélct de police, et je l'ai averti de tout ce qui se passait; mais il ne m'a pas répondu. Je voudrais cependant que l'on me laissât tranquille, je n'ai jamais fait de mal à personne, et je ne vois pas du tout pourquoi l'on s'acharne à me supposer des habitudes ignobles que je n'ai pas , ce dont je suis prêt à fournir la preuve.

15 J'ai lu dans les Allenials aux mœurs, par M. Tardieu, que les habitudes contre nature imprimaient aux organes des déformations caractéristiques, eh bien, visitez-moi, dressez un procès-verbal; j'en enverrai une copie authentique au préfet de police, au procureur impérial, au commissaire de police du quartier de la Sorbonne , et alors , le premier qui me reprochera encore dans la rue d'être un descendant de Sodome, je le fais arrêter par un sergent de ville, ou ... je lui casse les reins. Tant que je n'aurai pas fait un exemple, cela ne pourra pas aller ! »

« — Monsieur, lui dis-je, je commence par vous affirmer que je ne fais point partie du cénacle de forbans de la rue de l'Homme-Armé. Je vous déclare, en outre, que je ne vous ai point intentionnellement fixé à la dernière leçon de mon cours à l'École pratique; mon regard a pu tomber sur vous comme sur mes autres auditeurs, mais alors mon

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