‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 23 sur 234 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

par arriver aux interprélations les plus absurdes et les plus positives. On se conlenlait d'abord de le tourmenter; peu à peu on Ibrmule des accusations qui se traduisent par des siynes, dont lui seul perçoit la signification. On verra à quel iatal encliainement d'idées ils sont conduits.

» Jusque-là le malheureux persécuté s'est maintenu dans la limite des sensations vraies, sur lesquelles il a Coudé ses inductions délirantes ; un certain nombre de malades ne vont pas au delà. Ce qu'il a entendu , il a pu, il adù l'entendre, et, bien qu'il ne dépasse pas celle mesure, il peut parcourir tous les échelons et arriver au terme le plus avancé de la maladie; d'autres, au contraire, sont poursuivis par des hallucinations, sans être ni plus ni moins gravement malades. L'hallucination n'est pas un de ces symptômes qui marquent le progrès du mal et n'apparaissent qu'à ses périodes extrêmes; tantôt elle se manifeste dès le début, tantôt elle ne survient qu'après une longue persistance de l'illusion. Quelle que soit l'époque où elles se déclarent, les hallucinations obéissent à la loi que j'ai indiquée; elles se renferment toujours dans les sensations auditives. Je ne saurais trop appeler l'attention sur ce caractère, que je regarde comme pathognomonique. Quelque insistance que vous apportiez dans les (|ueslions, quelque provocantes que soient les incitations auxquelles vous soumettez le malade, il évite Ions les pièges, et nliésile pas à déclarer qu'il s'est borné à

en tendre. On est venu sous sa fenêlre proférer des menaces. Avez-vous vu vos ennemis? Non , je n'ai pas cherché à les voir. On a frappé à sa porte, on l'a accable d'insultes dans la rue, il n'a vu personne; on est entré chez lui, on lui a parlé à l'oreille, il a écouté, quelquefois il a répondu, ses yeux ne lui ont jamais fourni de renseignements. Ainsi, nonseulement l'aliéné persécuté est incapable de créer des hallucinations visuelles, il ne se sert même pas de la vue dans la mesure légitime et raisonnable. La plupart s'indignent de ce qu'on les suppose capables d'avoir des visions; quelques-uns déclarent qu'ils ont cherché à entrevoir leurs persécuteurs, mais ils n'ont pas réussi, et ils expliquent qu'on s'était hâté de fuir, qu'on s'était réfugié dans une allée, qu'on s'était caché chez un marchand, sans qu'aucun ait porté plus loin son investigation,

» L'hallucination de l'ouïe n'est ni la conséquence obligée, ni l'antécédent nécessaire du délire de persécution, mais elle est la seule qui soit compatible avec lui. 11 suffit qu'un malade accuse des visions pour que je n'hésite pas à affirmer qu'il appartient à une autre classe de délirants. Et pourtant, dans combien de circonstances ceux qui veulent remplacer l'observation par la logique trouveraient dans les hallucinations de la vue matière à des préoccupations craintives : des malades chez lesquels on s'introduit, on amène des morts qu'ils voient dans leurs linceuls, des fantômes menaçants mais muets ^

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