‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 24 sur 234 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

qui aperçoivent du sang sur leur lit et sur leurs murailles, auraient assez de motifs pour se croire persécutés. La direction de leurs idées n'est pas là , ils n'entrent pas dans une voie qui leur semble si bien ouverte. "

M. Lasègue cite deux ou trois cas où les hallucinations de la vue ont existé. Une lois, une femme hystérique a vu un éclair; une autre, un jet de lumière. Dans Tune de nos observations, l'aliénée a cru qu'on lui tirait un coup de feu entre les deux yeux. Toutefois ces symptômes fugitifs ne sont pas -comparables aux visions si persistantes et si nettes qui obsèdent les aliénés appartenant à d'autres catégories.

Dans ses. Considérations médico-légales sur l'aliénation mentale^ M. Dagonet dit que le malade s'isole pour échapper à l'indigne conspiration ourdie contre lui. Selon lui, plus le délire est partiel et restreint, plus le malade met de dissimulation pour cacher au monde la cause de ses douleurs; il sait qu'on ajouterait difficilement foi à la bizarrerie de ses tourments, et pendant des années il peut être atteint d'un pareil délire , malgré cela vaquer parfaitement à ses affaires, et ne faire remarquer tout au plus qu'un peu d'excentricité dans ses habitudes. Le tableau que trace M. Dagonet est vrai; mais les persécutés si paisibles et si discrets dont il parle constituent une exception. Ils présentent cependant un intérêt réel au point de vue médico-légal.

Le persécuté est un être à part. Il vit dans un

. .V8 LE DKLIUE DES PERSÉCLTIO.VS.

nioiuleàlui, ne lient aucun comple des avertissements, des conseils ou des consolations qu'on lui donne, et s'il consent à discuter au début ses conceptions délirantes, il n'en persiste pas moins dans ses appréciations maladives et basées sur les craintes les plus cbimériques. Il essaye tout d'abord de lutter, comme il l'entend, contre les macbiualions ourdies contre lui, mais il est rapidement vaincu dans la lutte.

Un cpileptique de l'hospice de Bicêtre , atteint de délire de persécution, avec hallucinations de l'ouïe, s'avance un jour mystérieusement vers le chef de service et lui dit : « J'ai trouvé un moyen pour faire fuir les voix qui m'insultent et me traitent de mouchard, je commets une incongruité, « Ce procédé lui réussit pendant plusieurs semaines.

Les obstacles que rencontrent ces malades à se faire rendre une justice à laquelle ils croient avoir les droits les plus légitimes, accroissent encore leur irritabilité, et les portent à se venger eux-mêmes des insultes et des violences dont ils se figurent être l'objet. N. .., dont M. Dagonet a parlé, attribue ses douleurs rhumatismales, l'affaiblissement de la vue qui l'a atteint, aux influences nuisibles qu'on ne cesse de lui créer; il n'est pas d'artifices que d'habiles physiciens, ses ennemis, ne mettent en jeu pour le tourmenter, le torturer; le directeur et les employés de la maison où il est retenu connaissent les ignobles tentatives que l'on dirige contre

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