CHAPITRK T ROI SI KM K
préoccupations hypocliondriaques troublaient son repos, au point qu'il changeait incessamment de demeure pour éviter les dangers que courait sa santé. Dans l'espoir de calmer son agilalion, l'un de ses parents l'informa que des renseignements avaient été pris par la police au sujet de ses perpétuels changements de domicile. Depuis lors, l'idée que la police s'est occupée de lui n'a cessé de le dominer. Il n'ose séjourner nulle part, dans la crainte d'être arrêté; il se croit l'objet d'une surveillance occulte, et concentre tous ses eli'orts pour en déjouer l'activité.
Jus<|ue-là rhy|)ochondriaque n'est point un aliéné, et il peut même se rétablir parfaitement. S'il vient à rester slationnaire , il peut conserver une simple concentration de l'esprit sur les points qui touchent à son hygiène, sans que le reste de son intelligence soit seulement effleuré; mais au second degré de la névrose hypochondriaque, le délire s'organise autour des minuties physiologiques et des craintes morbides dont il vient d'être question, et l'on ne larde pas alors à voir apparaître des illusions et des hallucinations.
M Moiel a connu un aliéné qui remplissait des fonctions importantes, et dont le premier soin, en se levant, était d'observer ses urines, d'examiner au microscope ses déjections, et, après ces premières investigations, de procéder à l'analyse des aliments qu'on lui apportait pour voir s'ils ne renfermaient aucune substance délétère. Avant de se rendre h la
chaire qu'il occu()ait dans le haut eiiseigncjiient, ce malade parcourait la ville en différents sens afin de dépister ses ennemis; il coudoyait en passant les personnes qui lui étaient suspectes, et crachait pour ne pas ahsorber les miasmes funestes quon lui envoyait. Il prononçait des paroles cabalistiques , faisait des gestes bizarres pour déjouer les projets funestes de ses ennemis, et surtout pour tromper la police, acharnée à sa perte, disait-il. En l'entendant professer, personne n'aurait pu soupçonner une pareille maladie. Lorsqu'il rentrait le soir , il se barricadait chez lui, vivait avec des aliments qu'il achetait tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, j^onr mettre à néant les complots de ses empoisonneurs ; il se relevait la nuit pour faire des ablutions et se livrer à d'autres actes excentricjues.
Non, l'hypochondriaque n'a pas été un aliéné tant qu'il n'aura pas donné aux sensations qu'il éprouve une apparence inq^robable , une explication surnaturelle; tant qu'il aura raisonné avec justesse sur les choses les plus ordinaires de la vie; tant qu'il ne se sera pas cru poursuivi par des odeurs malsaines ou empestées; tant qu'il ne sera pas tombé dans ce tœdium vitœ qui appelle le suicide, et tant qu'il ne se sera pas cru perdu, ruiné, déshonoré, empoisonné. Mais une fois qu'aux préoccupations nosonianiaques sont venues se joindre le découragement mélancolique, les idées de persécution, les craintes d'empoisonnement, les idées de suicide et les pro-