‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 39 sur 234 · CHAPITRE TROISIK.MK · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIK.MK

§ IV

Idées (le grandeur.

On a vu que le perséculé avait pu tout à coup paraître absorbé j)ar les plus tristes préoccupations au sujet (le sa santé, et que, négligeant des intérêts (le l'ordie le plus élevé, il avait pu compromettre l'exercice de sa profession, sa ié|)ulation , son honneur et sa fortune, puis arriver à avoir des appréhensions sinistres, s'imaginer qu'on en voulait à sa vie, qu'on cherchait à Tempoisonner , et, sous l'influence de ce délire, se suicider ou commettre un grand crime, et parfois perpétrer dans l'espace de deux minutes à peine et l'assassinat et le suicide.

Grâce à une transformation d'un autre genre , voici que le persécuté se croit tout à coup très-riche, induenl, puissant, destiné à jouer un certain rôle dans le monde, et cela sans que ces aspirations orgueilleuses aient le moindre rapport avec le nom, l'éducation, la position ou les moyens intellectuels préalables du malade !

Il y a là un imprévu qui serait véritablement extraordinaire si, par la force du raisonnement, la logique nécessaire des choses et la coordination systématique du délire, l'on n'arrivait pas assez aisément à saisir l'enchaînement obligé de tant de conceptions en apparence contradictoires et amoncelées les unes sur les autres. Eludions ce mécanisme.

Le persécuté est d'ordinaire un halluciné de l'ouïe. Les hallucinations de l'ouïe n'éveillent ni l'idée de la satisfaction ni celle du plaisir; elles n'apportent ni paroles rassurantes, ni compliments flatteurs, ni révélations joyeuses; elles intimident, elles menacent , elles terrorisent , elles arment la main du malade. Le persécuté souffre, et, en face de la persistance de ses douleurs, il s'analyse et remarque que, pour qu'on puisse l'insulter ainsi et lire dans sa pensée, il a bien fallu que quelqu'un pénètre dans sa vie et qu'une véritable intervention étrangère domine ou partage son existence. Mais alors , comment un phénomène semblable s'est-il opéré? Par un agent inconnu , puissant, mystérieux, surnaturel. Le thème morbide est tout trouvé, et le roman pathologique se dramatise.

Après avoir enduré tant d'hostilités de la part d'ennemis aussi implacables, après avoir subi tant d'interventions dues à la magie ou à l'électro-magnétisme, le persécuté se recueille parfois et se dit : Comment, en plein dix-neuvième siècle, des faits semblables peuvent-ils se produire ? Il faut qu'il y ait là-dessous une volonté énergique, celle d'un haut personnage probablement, celle de tel prince ou de tel roi peut-être 1 II a fallu, en effet, une autorité véritable pour que telle chose ait lieu; or, cette autorité véritable n'est entre les mains que des millionnaires, des ministres ou des empereurs : donc celui qui a ordonné ou accompli telle chose

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