OBSERVATION XXI
Hiillucinalions. — Idées de persécution. — Idées de <{raiideiir consécutives et chaiigeinent de la personnalité.
Le sieur H..., caporal dans un régiment de ligne, a élc conduit dans un asile d'aliénés. Il est âgé de trente-quatre ans. Depuis un an il avait été trois ou quatre fois envoyé à l'hôpital militaire pour des accès de délire subits et passagers , pendant lesquels il se livrait à des actes de violence dont on ne pouvait se rendre compte. Ces accidents avaient été attribués par supposition soit à des excès de boisson, soit à des vertiges épileptiques , sans que rien fût venu confirmer l'une ou l'autre de ces hypothèses; mais comme au bout de quelques jours tout rentrait dans le calme, H... ne tardait pas à sortir de l'hôpilal et à reprendre son service, jusqu'à une nouvelle explosion. Le médecin de son régiment avait remarqué néanmoins que, même pendant les périodes de calme. H... conservait une attitude concentrée et des préoccupations hypochondriaques qui dénotaient un trouble intellectuel persistant.
La répétition des mêmes rechutes finit par le faire envoyer dans un asile d'aliénés.
Là, les choses se passèrent exactement de la même manière qu'antérieurement; attitude ordinaire concentrée et insociable, exacerbations passagères accompagnées d'une grande violence dans les actes et les propos; différentes paroles prononcées pendant ces paroxysmes indiquèrent en outre que H... était en proie à des hallucinations multiples; mais il fut impossible, pendant longtemps, de péné-
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trer dans le secret de ses sensations morbides et de ses conceptions délirantes. Une observation prolongée monlra (jiril n'y avait aucun caractère épileplique ni alcoolique dans sa maladie.
Enfin, alors que nous connaissions déjà H... depuis quinze mois, nous pûmes un jour obtenir des éclaircissements qu'il ne nous avait encore jamais donnés sur ses préoccupations intimes. Il était, le matin à la visite, très-excité, et se plaignait, avec des gestes violents, des gueux et des canailles qui, non contents de le retenir de force loin de son régiment et de ses chances d'avenir, ne cessaient de le tourmenter par le magnétisme et l'électricité.
Nous profitâmes de cette circonstance pour le faire causer, et il se laissa aller à nous raconter les principaux traits de son délire ; les voici en résumé :
11 y a huit ou dix ans. H... a commencé à éprouver dans tout le corps des souffrances très-vives, surtout vers la tcte. Sans aucun phénomène extérieur, il lui semblait qu'on le martelait, qu'on le harassait, qu'on lui soutirait toute sa force. Plus tard, à ces souffrances physiques s'en ajoutèrent de morales beaucoup plus pénibles. On agissait sur ses pensées de deux manières différentes ; tantôt on lui soutirait d'avance les pensées qu'il allait avoir, et il les entendait énoncer à haute voix, près de son oreille, au moment même où il les concevait; tantôt, au contraire, on mettait un obstacle absolu à la formation de ses propres pensées, on lui en imposait d'autres tout à fait différentes de celles qu'il aurait eues spontanément, et on les lui imposait malgré lui.
Après avoir longtemps souffert, sans s'expliquer d'où cela pouvait venir, il a fini par comprendre que c'était à l'aide du magnétisme et de l'électricité qu'on le tourmentait de la sorte.