‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 47 sur 234 · CHAPITRE TROISIÈAIK · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈAIK

Mais ce qui s'accusa le plus chez lui, ce fut l'esprit de morliticalioii et de péuilence ; il s'in«jéniait à réduire aut;inl que possible son aliaienlatiou et à dissiuiuler les privations journalières qu'il s'imposait.

11 linit par s'éteindre dans le marasme, à l'à-je de quarante-sej)t ans, sans avoir eu de maladie apparente bien caractérisée; l'autopsie Ht reconnaître une tuberculisalion «jénér.ile des deux poumons, (pii étaient ren)j)lis de granulations miliaires et qui présentaient, en outre, quebines tubercules isolés à dilîérents degrés de leur évolution.

Cette inléressanle observation , la seule où M. Ach. Foville ait observé le malade jusqu'à sa morl, est en même temps une des plus complètes et une de celles où J'eucliaineujeut des phénomènes est le mieux indiqué. Klle est surtout remarquable par la luultiplicité des concej)tions erronées relatives à la personnalité. Enfant naturel d'une mère que l'on croit avoir été aliénée, AI. M... a d'abord beaucoup souffert de cette naissance irré<]ulière ; mais plus tard il s'est considéré à la fois comme le descendant de Raphai'l et comme l'héritier lé\'jitime des tombons et des d'Orléans. Enfin, dans les derniers temps de sa vie, s'élevant à une personnification encore plus élevée, il a étéjus(ju'à s'attribuer la divinité. Il est juste de dire que s'il a cru être Jésus-Christ, il s'est appliqué à offrir le modèle de ce qu'il considérait comme la vertu, et que les privations et l'abstinence qu'il s'inipo.sail dans ce but élevé ont puissamment contribué à hâter sa mort. Nature pleine de noblesse

et aussi absolue dans ses bonnes résolutions que dans ses préventions, le pauvre et sympathique M... a succombé en partie victime de sa divinité imaginaire.

On peut facilement rai)procher des observations de M. Ach. Foville un cas curieux rapporté par Esquirol, et dont voici en quelques mots l'énoncé sommaire : Un sieur AI... est très-heureux dans toutes ses entreprises, lorsque tout à coup, à l'âge de trentequatre ans, il est subitement ruiné en un jour. Il accuse ses parents et ne tarde pas à devenir anxieux, rêveur, hypochondriaque , gastralgique. Il a peur d'être empoisonné : a On veut se défaire de lui. » Des hallucinations et des illusions apparaissent. Les idées de persécution s'étendent. Un jour, au café, M... lit dans un journal un article oîi il est question du faux Dauphin. Ce mol, rapproché de la circonstance que celui qui a passé jusque-là pour son père était attaché aux Tuileries, suffit pour lui faire comprendre le mobile de persécutions qui étaient un mystère pour lui. Il ne doute pas qu'il ne soit luimême le Dauphin, fils de Louis XVI, et il se rend aux Tuileries pour réclamer ses droits et déjouer les manœuvres par lesquelles on veut le dépouiller.

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