CHAPITRE QUATUIliiME
tuera pas à vouloir par lui-même. Si, dans eertaines circonstances, une fausse démarche ou mie question puérile viennent à exciter des plaisanteries ou des rires, l'enlîint n'essayera pas de réagir; son naturel pusillanime l'empêchant de se risquer de nouveau , il manquera de confiance, et l'amour-propre , qui n'attend pas les années pour faire sentir son aiguillon, criant j)lus haut que la timidité, ou du moins parlant aussi fort qu'elle, l'enfant résiste instinctivement à la pensée qu'il est vraiment ridicule, et arrive hientùt à admettre, par un faux syllogisme, que la plupart des gens avec lesquels il est en relation épient ses actes, ses paroles, ses gestes, le jeu même de sa pliysionomie, et ne demandent qu'à rire de lui.
Si, à la place de parents brusques et impatients, l'enfant a affaire à des parents indifférents, inintelligents même, les conséquences n'en seront pas moins graves. Alêmc résultat encore pour un enfant élevé dans un milieu qui n'est pas sa famille, par des gens qui ne s'intéressent point à lui, ou s'amusent même ridiculement de cette timidité puérile. Enfin l'éducation par l'intimidation est encore, sans contredit, une des causes auxquelles il faut rapporter l'étal dont nous nous occupons; nous croyons même qu'elle est de beaucoup la plus fréquente. Qu'y a-t-il de surprenant, en effet, qu'un enfant toujours malmené , grondé, puni même pour les actes puérils qu'il est impossible d'interdire sérieusement à cet âge et qui souvent
méritent tout au plus une légère réprimanfle, soit amené à se croire l'objet d'une surveillance continuelle et en arrive à mal interpréter les sévérités dont
il est l'objet?
Quand cet état existe, la manière d'être des enfants est toujours à peu près la même, et les obs^ervations qui pourraient être prises se ressembleraient beaucoup, à la condition toutefois que les sujets eussent vécu dans un milieu analogue. Ainsi, si vous prenez l'enfant dans sa famille, les marques de sa défiance seront peu sensibles et ne frapperont pas toujours; il n'osera pas se plaindre, gardera en lui-même l'idée qu'on se moque de lui; sa réserve sera simplement mise sur le compte de la timidité. C'est ici surtout que le rôle de la masturbation est le plus actif. Les parents se sont aperçus des babitudes solitaires; ils ont tenté de les supprimer , et ce ne sont pas toujours les bons moyens qui ont été pris : on a dit à l'enfant qm cela se voyait, que l'inspeciion des traits révélait des habitudes hontemes, il l'a cru, mais il n'a point cessé. Quelqu'un le regarde-l-il , l'idée qu'on voit sa faute écrite sur son visage et qu'on pense mal de lui se présente à son esprit ; il l'adopte , et cbaque fois qu'il se trouvera en présence d'une nouvelle personne, il la considérera comme un juge scrutatem* qui cherche à lire sa honte dans ses yeux. Les symptômes, si je puis dire, que présente l'enfant qui se croit persécuté, tout en vivant au milieu de sa famille, se résument en une très-grande apparence