‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 53 sur 234 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

do timidité, et dans des allures discrètes et silencieuses poussées très-loin. Il faut y prendre garde, car il peut en résulter un caractère indécis, incertain et sans énergie, si ces tendances ne sont pas réprimées à temps.

Si maintenant vous supposez le même enfant placé dans une pension on un collège, que se passera-t-il ? Cette réserve extrême le fera se mettre en garde contre tous ses camarades, et ceux-ci l'observant dès le jour de son arrivée, augmentent sa défiance, et ne tardent pas à le trouver ridicule. Quelque infortune de collège lui arrive-t-elle alors, il ne sait pas comme les autres en prendre son parti, et ceux-ci s'en amusent : donc ils lui en veulent. Cette conclusion, tirée à chaque instant, est bientôt manifestée ouvertement; les contrariétés n'ont pas manqué et ne cesseront plus, et le voilà bel et bien persécuté de fait, parce qu'il Ta d'abord été en imagination.

C'est là riiisloire des victimes et des souffre-douleur des heures de récréation. Ils se plaignent, sont malheureux, tout le monde est ligué contre eux; ont-ils tort? Non. La faute en est à la famille, à la mauvaise éducation. On n'a pas permis à la volonté de s'affirmer; on n'a pas dirigé cet enfant timide de façon à lui faire croire qu'il en valait un autre.

Si on était jamais consulté sur ce point, le pronostic ne devrait pas être inquiétant pour la famille, toujours, bien entendu, dans le cas où il s'agit d'un enfant n'offrant rien de pathologique.

UG LE DÉLIRE DES PEHSÉCLTIO.VS.

On doil la rassurer sur les allures bizarres de l'enfant, en donner clairemenl l'explication et en prédire la prompte suppression par des précautions morales faciles à prendre et naturellement indiquées par l'étude des causes.

Quant au diaf|noslic, nous croyons que l'erreur n'est pas possible pour un œil clairvoyanl. Peut-on, en effet, établir une ressemblance entre un fou , un persécuté, un halluciné, qui peut devenir son propre assassin ou le meurtrier d'autrui, et un enfant qui n'ose rien faire, rien dire, et se contente de se plaindre lorsqu'il est poussé à bout, parce que sa timidité a amené ses condisciples à se moquer de lui?

Ces considérations nous amènent à reconnaître que l'on élève mal les enfanis. On va au-devant de leurs caprices, on satisfait leurs fantaisies ou leurs peliles passions, et Ton provoque chez eux une excessive impressionnabilité , une mobilité absurde de désirs et de volontés. Au moment oii ils entrent dans la vie sérieuse, oii tant d'échecs les attendent, ils n'ont pas encore appris à subir une contrariété, une peine ou un revers ! Signalons également un autre écueil , celui des éducations hâtives, des développements intellectuels précoces et des facultés mentales surmenées dès l'âge de douze ou quinze ans. Les succès de collège enivrent les lauréats et font naître chez les parents d'exorbitantes prétentions. Ces ambitions démesurées ne peuvent pas être satisfaites, l'amourpropre essuie coup sur coup les plus cruelles bles-

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