‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 55 sur 234 · OBSERVATION XXV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXV

Changement de carrière. — Idt'cs de persécution. — Craintes de passer pour un sodoniite. — Hallutiiialioiis de l'ouïe. — Cliangenienl de domicile. — Voya<{es lointains. — Retour brusque à Paris. — Projet de duel. — Tentative de voies de fait. — Pertes séminales. — Voyage à pied à travers l'Hurope.

M. X..., étudiant on niédocine, âgé de vingt -six ans, d'un tempérament sanguin, d'une forte constitution, était déjà, lorstjuj je l'ai connu à Strasbourg en IHi:^, d'un caractère Iroid, taciturne, uiéliaut; il avait peu d'amis, et s'accordait dillicilement avec le petit nombre de jeunes gens qu'il Irécpientait. Très-inconstant dans ses idées, après avoir commenté ses études médicales à IViris, il embrassa la carrière militaire; mais il l'abandonna bientôt sans motifs plausibles, sinon l'emiui et le dégoût qu'elle lui inspirait. Au bout de quelque tenq)s, il quitta aussi Strasbourg pour revenir à Paris; il y vivait retiré, évitant la société de ses condisciples, et allant souvent à la canq)agne pour trouver la solitude qu'il recliercliait. A la fin de 1845, sa misanthropie augmenta, et parut alors avoir une explication naturelle. Il lui sembla qu'il attirait sur lui l'attention de tout le monde, et qu'il y avait sur la figure de ceux qui le regardaient une expression de mépris et d'insulte qu'il ne pouvait comprendre. Il crut alors qu'on avait répandu sur son compte les bruits les plus outrageants; qu'on le faisait passer pour un homme à mœurs dépravées, ayant des goûts contre nalure, livré à la déi)auche la plus honteuse. Ces bruits se bornèrent d'abord aux personnes de la niaison qu'il habitait, puis peu à peu se répandirent dans le quartier; chacun le connaissait et le désignait à son passage. Il changea de logement, se retira dans une rue éloignée; sa réputation et son honneur ne tardèrent pas à y être attaqués de la même manière. Jusque-là, il ne savait sur qui faire

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porter ses accusations. Mais un jour il rencontra à l'École de médecine un étudiant qu'il avait autrefois connu à Strasbourg, et avec lequel il avait eu une légère altercation; il crut s'apercevoir que ce jeune homme le désignait à un groupe d'étudiants au milieu desquels il se trouvait, et qu'aussitôt ceux-ci s'étaient mis à sourire d'un air méprisant. Des soupçons commencèrent à se faire jour dans son esprit. Ayant rencontré plusieurs fois ce même étudiant, il fît chaque^ fois les mêmes remarques. Un soir même, il se vit montré du doigt et qualifier par lui de l'épithète injurieuse qui faisait son tourment; il eut d'abord la pensée de revenir sur ses pas pour provoquer son agresseur, mais il se calma et prit le parti de ne tenir aucun compte du mépris des autres. Cependant les mêmes chuchotements le suivaient partout où il allait. Ne pouvant plus vivre à Paris au milieu des tourments qui l'assiégeaient, il partit pour la Bretagne, son pays. Arrivé chez lui, le portefaix qui conduisait ses bagages le montre du doigt aux passants. Peu de jours après son arrivée, son père, sans lui préciser les faits, lui adresse de vifs reproches sur lesquels il ne peut se méprendre. Il prend le parti de' quitter la France et de s'embarquer comme chirurgien à bord d'un baleinier, espérant qu'une année ou deux d'absence feront oublier la calomnie dont il est victime. Il part pour Brest , afin d'accomplir son dessein; il n'y est pas depuis huit jours, qu'il est montré au doigt et insulté du regard par tous ceux qu'il rencontre. Ne pouvant plus maintenir sa colère, craignant de voir les calomnies répandues par son ennemi le suivre jusqu'au dehi des mers, il ne songe plus qu'à la vengeance, et revient à Paris, bien décidé à obtenir une réparation sanglante de son calomniateur ou à le frapper, en cas de refus. C'est alors qu'il écrivit la lettre suivante à un de ses amis; je la donne telle qu'il l'a écrite, afin de faire bien

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