‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 57 sur 234 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

La nature de ses idées déliraules , son abattement, son désespoir, la dinuniition survenue dans son aptitude au travail, que j'avais oublié de signaler , l'état de son esprit , si bien peint dans la lettre (ju'il avait écrite, me faisaient penser à des perles séminales; ne pouvant le voir moi-même, je priai un de ses amis de faire ses efforts pour obtenir (|uelqiics renseignements à ce sujet. Voici ce qu'il m'apprit quelques jours après : M. X... s'étant plaint à lui d être dans un état de grande faiblesse, de manquer d'énergie , d'éprouver un grand découragement, qu'il attribuait à la perte de l'appétit et à des sueurs très-abondantes, il lui fut demandé s'il n'y aurait pas chez lui queUpie autre cause d'épuisement; il avoua alors ([u il avait eu, deux ans auparavant, une blennorriiagie qui n'avait pas été soignée, et que depuis ce temj)s il était sujet à des déperditions spermatiqucs qui le jetaient souvent dans un accablement profond.

Mes soupçons avaient donc été transformés en certitude; mais je ne pouvais donner aucun conseil au malade, que je ne voyais que rarement; je l'avais même perdu de vue complètement depuis six mois, lorsque, au commencement de 1847, j'ap|)ris que, poursuivi toujours par les mêmes idées, il avait quitté la France, et après avoir traversé à pied toule l'iùirope, il élait arrivé à Constantinople , où il se tronvait dans la position la plus mallieureuse. Depuis ce temps, je n'eu ai plus entendu parler.

La crainle de passer pour un sodomitc est l'un des plus horribles tourments du perséculé. Rien n'humilie plus ce malade que le terme, — d'une immonde obscénité, — qui retentit à chaque instant à son oreille. Que de suicides n'ont pas reconnu d'autre cause ! Je reviendrai plus loin, en |)arlant de la mort

m LE DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS.

volonlaire, sur cette appréhension de passer pour avoir des mœurs dépravées, à l'occasion de la fin tragique d'un des auditeurs ordinaires de nies cours à l'École pratique.

C. Sijp/iilis. — Parmi les causes premières du délire des persécutions, on a parfois l'occasion de noter la syphilis. Rien ne frappe plus les esprits faibles et ne produit une plus amère et une plus profonde impression sur les descendants d'aliénés, et en général sur tous les sujets à cerveau fragile, que l'infection vénérienne. Aux regrets, à l'humiliation et à la douleur, se joignent souvent des angoisses mélancoliques, une dépression générale des facultés de l'intelligence et des préoccupations hypochondriaques incessantes. Les malades s'analysent sans cesse et examinent avec terreur leurs organes génitaux, leur gorge ou leur peau, et alors même qu'une complète guérison est obtenue, ils conservent cependant de leurs accidents spécifiques un ineffaçable et poignant souvenir. Que des troubles plus ou moins graves de la raison surviennent plus tard, et ce souvenir se retrouvera bientôt.

Il pourra se faire alors que ce ne soit plus pour lui-même que le malade vienne à trembler, mais pour sa femme et ses enfants. En vain lui démontrera-t-on que la santé de sa femme n'est menacée ou atteinte en quoi que ce soit; en vain l'assurerat-on des excellentes conditions physiques que réunissent ses enfants , il secouera tristement la tête,

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