CHAPITRE QUATRIÈME
s'accusera liautenient d'avoir manqué de délicatesse et d'Iionncur, pleurera, gémira, et refusera peut-être tout aliment.
Que l'organe de l'ouïe soit intéressé , et riiallucination révélante et accusatrice lui apportera des mots comme ceux-ci : On sait tout!... Perdu!... Pourri! .. C'est ta faute ! ... Tu l'as !...
L'iiypocliondriaque est devenu halluciné , et le voici maintenant qui passe à l'état de persécuté. En effet, il reste chez lui et s'isole, parce que tout le monde connaît son aventure : on évite de lui donner la main; on sourit de pitié à sa vue; on juge très-sévèrement ses actes; il est en butte à l'animadversion générale; il a été dénoncé, il va être arrêté, poursuivi et condamné; s'il n'était pas aussi lâche, il se tuerait; on l'injurie sans cesse; on lui reproche son infamie; il tombe en pourriture, en gangrène; il va mourir, etc. , etc.
Le fait d'avoir pris du mercure est également l'occasion de plus d'un émoi, et cet émoi peut rapidement devenir le prétexte de craintes d'empoisonnement. Autour de ce seul mot a mercure » , tout un délire s'organise et se systématise. Les impressions les plus variées sont toutes rapportées au poison et aux effets ordinaires du poison. Les cheveux tombentils et une calvitie précoce se produit-elle? c'est le mercure. Les dents s'altèrent -elles? c'est le mercure. Un goiit amer est-il perçu? c'est la salive qui a été empoisonnée par le mercure. Qu'une idée de
vengeance vienne à éclore, et elle sera nécessairement dirigée contre l'auleur du prétendu empoisonnement, contre le médecin.
En 1861), j'ai été chargé d'examiner, avec MM. Bertbier et J. Fairet, un sieur L... , ancien ouvrier tonnelier dans la Côte - d'Or et ancien garçon de café à Paris, qui avait été arrêté au mois de novembre 1868, au palais de Compiègne, dans des circonstances mystérieuses. L.. . n'était porteur que d'un assez mauvais couteau , et cependant il n'a pas nié qu'il avait le dessein d'avertir l'empereur, de lui faire cbanger de politique, et même de le tuer. Fils et neveu d'aliénés, L. .., dont il n'y a pas lieu de rapporter ici la très-longue observation , racontait que l'origine première de ses pérégrinations, de ses tourments et de ses malbeurs devait être uniquement rapportée à la syphilis et au mercure que lui avait fait prendre le docteur B, ,. , de Dijon; que plus lard il en avait beaucoup voulu au docteur B, .., et qu'il s'était même demandé s'il ne devait pas aller le frapper chez lui, lorsqu'il avait pris le parti de se diriger sur Compiègne.
Il y a quelques années seulement, un médecin du département de la Meuse a été assassiné par un persécuté auquel il avait prescrit du mercure dix ans auparavant. Les archives de la science possèdent malheureusement un assez grand nombre d'exemples analogues! Bien qu'il ne s'agisse plus d'un crime accompli sur la personne d'un médecin, le cas sui-