‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 59 sur 234 · OBSERVATION XXVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXVI

Sypliilis. — Tristosse. — Dcliancc. — Ma;{iiétismc. — Craiules (rpmiJoisomuMiR'iit. — Homicide. ( I)ii;;onct , oiivr. cit.)

M. G..., notaire, a eonlraclé plusieurs affections syphiliti(iues et fait un usaj^e innnodéré du roi) LanVelcur. Ne pouvant arriver à se (i[uérir, il devient triste, sombre, défiant, se persuade s'il ne trouve pas de remède à ses maux , la cause en est aux manœuvres de quelques magnétiseurs : c'est à cela (pi'il doit les cruelles souffrances qu'il ressent à la tète et aux épaules, au bas-venire ; il est dans la ferme conviction qu'on clierclie à l'empoisonner. Kxaspéré par ses interminables douleurs, il ne voit qu'un moyen de mettre un terme aux épreuves qu'il subit; ce moyen , c'est de tuer successivement tous ceux qu'il suppose le magnétiser. Ses soupçons se portent sur ses parents, sur ses amis, et plus particulièrement sur l(> curé de la paroisse; il fait à ce sujet des déclarations secrètes et verbales aux autorités administratives et judiciaires, leur déclarant que si les manœuvres magnélicpies ne cessent pas, il tuera le curé. Le () janvier 1837 , M. (1... se rend au presbytère; il ouvre la porte de la cliambre où le cure était à dîner avec quelques amis, et s'adressant à lui : ' Je te tiens, lui dit-il, ' c'est ton dernier jour! » Un premier coup de fusil part et n'atteint pas sa victime; un second renverse le malbeurenx, frappé à mort. A la faveur du trouble que cette scène dut occasionner , M. G... s'enfuit; mais, bientôt arrêté, il est conduit à Cbarenton.

D. Séjour dans les grandes villes. — Le séjour dans les grandes villes exerce-t-il une influence très-appréciable sur la production du délire des persécutions? Cela est certain. Sans doute, M. Bergère!, dans un mémoire sur les cas de folie ayant pour cause la révolution de 1848, a observé un certain nombre d'babilants de la campagne chez lesquels il n'est pas difficile de reconnaître la variété de vésanie qui nous occupe; sans doute, on reçoit souvent au Dépôt municipal des aliénés des paysans persécutés; mais, dans une forte proportion, le chiffre des habitants de Paris ou des grandes villes de France l'emporte sur celui des habitants de la campagne. N'est-ce pas surtout dans les grandes villes que l'on rencontre le plus souvent les privations, la misère, la douleur, les maladies, les affections trompées, les espérances déçues, les illusions et les désillusions de toute sorte, les désirs sans frein, les compétitions ardentes, les concurrences déloyales , les catastrophes commerciales , les sinistres industriels, les prospérités mystérieuses, les ambitions insatiables, les vices dégradants, les convulsions politiques, les émotions révolutionnaires, et toute la myriade de causes susceptibles de prédisposer au délire des persécutions ou d'influer singulièrement sur sa marche et sur ses manifestations diverses?

E. Enfants naturels. — Plusieurs sujets des observations insérées dans cet ouvrage sont des enfants

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naturels. Ce fait n'échappera à personne. Exisle-l-il là une simple coïncidence, ou les enfants naturels sontils plus enclins aux idées de persécution? C'est à celte dernière oj>inion (pie je nie range. J'ai intimement connu un avocat qui avait tout pour être heureux, et cpii paraissait cependant obsédé par de tristes pensées ou par de pénibles souvenirs. Il était ti'csniéfiant, et un jour qu'il m'entretenait de sa candidature à un honneur qu'il avait souhaité, il s'anima tout à coup et me dit : «Non, cela ne peut pas réussir, car tout le monde sait que je suis le fils d'une cuisinière et d'un conseiller de préfecture. Les bâtards sont hors la loi ! » Cet avocat est mort subitement quelques années après , pendant le cours d'une démence paralytique.

Pour beaucoup d'individus, la position exceptionnelle d'enfant naturel est très-lourde à porter. Dans l'interrogatoire des persécutés, on voit fréquemment survenir des préoccupations, des plaintes ou des imprécations relatives à rillégitimilé de leur naissance, et si quelques malades s'en prévalent, c'est afin de réclamer un nom, un titre et une fortune imaginaires. A'ous nous en sommes expliqué à l'occasion des idées de grandeur.

A priori, je crois que le délire des persécutions est plus fréquent, toute proportion gardée , chez les enfants naturels. Les chiffres me manquent, mais il y a liou de diriger des recherches frès-séricuses de ce côté.

Marche et terminaisons.

En assistant à l'évolution successive des phénomènes pathologiques, — conceptions fausses et fausses sensations, — et en voyant se dérouler progressivement les très-nombreuses convictions délirantes du malade, on a compris tout d'abord que l'on se trouvait face à face avec une affection mentale insidieuse, apyrétique, grave, à marche lente, et sur laquelle l'imprévu pouvait avoir une prise considérable. On ne s'est pas trompé.

Sans revenir ici sur les indécisions qui marquent le début, on peut dire que plus on s'entretient avec des malades intelligents et de bonne foi , et plus il est difficile d'assigner exactement le moment qui a séparé la santé de la maladie. J'ai très-longuement questionné un jour le sieur L..., ouvrier mégissier, âgé de quarante-quatre ans , d'un niveau intellectuel relativement élevé et d'une frappante sincérité , qui accusait en termes énergiques les deux frères F..., ses anciens camarades, " de lui faire toutes les misères imaginables , de vouloir le faire renvoyer de chez son patron , de le dénoncer au sergent de ville qui demeurait dans sa cour, de lui aimanter sa serrure, de l'injurier sans motifs, d'aller dire partout que sa femme avait une mauvaise conduite et que son enfant n'était pas de lui » , et après l'avoir prié

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