CHAPITRE PREMIER
elle est à craindre, si les persécutions doivent ou non cesser, et si d'urgentes mesures doivent être prises. Diverses conditions morales, enfin, mollesse de caractère, sévérité exagérée, peuvent chez un enfant produire de la méfiance, des allures timides, craintives, pusillanimes, anxieuses, avec ou sans aspiration à la mort volontaire, au sujet desquelles le médecin peut être appelé à rassurer les parents, et qu'il lui est même possible, par ses conseils, de faire cesser en peu de temps.
On le voit, il ne s'agit ici d'autre chose que de la description pure et simple d'une forme de trouble menlal, et lorsque l'on saura bien que le persécuté se rencontre partout, qu'il peut aussi bien être un enfant, un adolescent, un adulte ou un vieillard, qu'il est ou maniaque ou mélancolique, imbécile ou épiieptique, hypochondriaque ou délirant ambitieux, qu'il est capable de dénoncer pendant des années-les hommes les plus innocents, de se laisser mourir de faim dans la crainte d'être empoisonné, ou de réagir avec une haine aveugle et une implacable férocité contre les fauteurs supposés de tous ses maux, ne sera-t-on pas mieux averti des éventualités possibles et n'aura-t-on pas préparé d'avance une solution à ces questions si graves que l'imprévu fait surgir tout à coup? Le hasard ne doit plus présider aux événements. La clinique est un phare lumineux qui éclaire la route, guide l'explorateur et protège contre les écueils.
Des diffévcnls modes de début du délire de persécution. — Indécision des malades. — Doutes sur la nature de leurs impressions.
Le délire des persécutions encore au début présente un caractère d'indécision remarquable ; son mode d'invasion manque de franchise morbide, et ce n'est pas d'un seul coup qu'un individu, jusque-là sain d'esprit, arrive à adopter cette idée étrange que la police, des magiciens, des ennemis inconnus en veulent à son honneur ou conspirent contre sa vie. liC travail pathologique s'effectue ordinairement avec plus de lenteur, sans que pourtant l'on puisse assigner à sa marche une durée constante chez les différents sujets. Ceux-ci éprouvent d'abord une sorte d'inquiétude indéfinissable et nullement comparable à celle des gens en santé qui ont, par exemple, quelque grand intérêt compromis; ils sont mal à l'aise sans pouvoir dire pourquoi; souvent aucun accident n'a troublé leur existence; leurs affaires personnelles sont parfois même très-prospères, et néanmoins ils sont inquiets, tourmentés, anxieux; et quelques-uns, surpris, étonnés d'une situation semblable, arrivent eux-mêmes à s'en demander la raison. C'est alors que l'idée de persécution est invariablement admise par ces malheureux , mais toutefois avec une certaine indécision, au moins dans