II. DURÉE ET PRONOSTIC DU DÉLIRE. III. PROCÈS IN'Mi.VTÉS PAR
LES PERSÉCUTÉS. — IV. .^CTES DÉLIRANTS ET CRIMI.NELS COMMIS PAR LES PERSÉCUTÉS.
Des rétmssions dans le cours du délire des persécutions.
Pendant la durée du délire des persécutions, il se passe encore assez souvent un véritable ])hénomène de rétrocession pathologique, dont la valeur clinique et médico-légale peut donner lieu à des interprétations contradictoires. Voici ce qui arrive : le malade abandonnant, dans l'espace de quelques jours, toutes ses conceptions délirantes , se montre calme, réservé, un peu triste et respectueusement soumis. Il entre provisoirement de plain-pied dans l'état progressif d'amélioration quia été décrit à la page 132, et sur lequel il n'y a pas lieu de revenir ici. Il a, en un mot, une rémission.
En lisant les observations qui précèdent, on a pu remarquer que plusieurs malades avaient eu des phases suspensives dans leur délire, et qu'à la faveur de ces armistices plus ou moins longs, ils avaient pu entreprendre des voyages, rentrer dans
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la société, se retrouver au milieu des leurs et reprendre toutes leurs affaires; mais il importe de ne point confondre la rémission, — sorte de guérison provisoire, — avec l'intermission , — éclair passager de raison. Dans la rémission vraie et complète, avec marche rétrograde des troubles psychiques, le malade convient de son délire , déplore les propos malsonnants qu'il a tenus sur le compte de sa famille, regrette les actes inconsidérés dont il a été l'auteur, et se trouve sincèrement humilié. Dans la simple intermission, au contraire, il essay.e de donner le change et nie qu'il ait été aliéné; il écrit lettre sur lettre au parquet et au préfet de police, proleste de l'intégrité de ses facultés intellectuelles , et dénonce le médecin qui lui a donné des soins. L'un est calme et timide , l'autre est turbulent et hautain.
La durée de ces phases suspensives est extrêmement variable. L'imprévu a trop de prise sur elles pour que des chiffres même approximatifs soient fournis à cette place. D'ailleurs, malgré sa trèsgrande importance, le délire des persécutions a été si peu étudié jusqu'à ce jour, que les données statistiques, relativement à la durée des rémissions, ne pourront être établies que plus tard.
Une difficile et grave question se présente. Le malade qui éprouve une rémission bien nette doit-il être rendu à la liberté? Cela est évident. La loi veut que tout individu qui a récupéré ses attributs intellectuels sorte immédiatement de l'asile qui a abrité