‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 70 sur 234 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

SCS ennemis, qui paraissent puissants par l'argent, l'ont emprisonné sous prétexte qu'il avait la tète exaltée. Ma famille est passablement ancienne, jamais nous n'avons eu, grâce au ciel, de membre atteint d'aliénation. Les écrits de mon fils sont loin de le montrer dans cet état. Il a, contre mon approbation et au mépris de ses intérêts , embrassé la cause de la vérité. S'il était dans l'erreur, qu'on le poursuive selon les lois; sinon, qu'on ne fasse pas, sous le règne de la liberté, revivre les lettres de cacliet.

" J'aime à croire qu'inaccessible aux intluenccs, vous rendrez, sur ma demande, mon fils à la liberté, et que vous ne me forcerez pas à recourir à d'autres voies.

» Paganel. >i

Suit la légalisation de la signature par le maire de Rodez et le préfet de l'Aveyron.

Cette lettre nécessita le rapport suivant du médecin de la section :

« Le nommé Paganel est affecté d'un délire monomaniaque qui s'accompagne de surexcitation nerveuse. Cet infortuné s'imagine être en butte à une foule de persécutions. Le clergé particulièrement le poursuit et veut le séduire pour l'empêcher de dire la vérité. Il croit que les vicaires généraux ont fait assassiner l'archevêque de Paris, et les accuse d'avoir volé des millions à l'archevêché, et il ne se donnera ni repos ni tranquillité tant que les justices divine et humaine n'auront point été satisfaites. Tout le monde conspire contre lui; les administrateurs, les médecins, les employés sont des hommes vendus à ses ennemis. Ils ont reçu des sommes considérables pour en servir les mauvaises passions, etc..

" Paganel est tellement convaincu de la réalité de toutes CCS choses, qu'il ne peut supporter la moindre contradiction

cl qu'il se livre souvent aux plus grands emportements quand on lui lait la moindre observation contraire ; et comme // esl impossible de prévoir jusqu à quels excès il pourrait se jjorter vis-à-vis des j)erson?ies qu'il regarde comme les ailleurs de ses maux, je ne puis m'empècher de le signaler comme un malade dangereux, auquel on ne peut impunément rendre la liberté... »

Voyant qu'il n'était pas rendu à la liberté, Paganel se pourvut, le 5 juillet 1850, devant le tribunal, à l'effet d'obtenir sa liberté inunédiafe.

Consécutivement à ce rapport, M. le préfet de police contirme le placement de Paganel à Bicètrc, et fait répondre, d'une part, à son père, que sa demande n'a aucune valeur, parce que son fils n'a pas été placé volontairement et attendu qu'il est dans une situation mentale qui ne permet pas , quant à présent, de le laisser maître de ses actes; et d'autre part, que la séquestration ayant été prononcée en vertu de l'article 18 de la loi de 1838, le directeur de Bicêtre ne peut le laisser sortir qu'autant que cette mesure aura été autorisée par son administration (celle du préfet de police), en exécution des articles 20 et 23 de ladite loi.

Le 18 octobre, M. Moreau, remplaçant momentanément M. F. Voisin, fit le certificat suivant, après de nouvelles instances du père :

« Les idées de M. l'abbé Paganel se sont peu ou point modifiées, ses convictions sont les mêmes, etc.. En deliors de ces faits , Paganel paraît jouir d'assez de bon sens et se conduit avec une certaine régularité. Cet état de monomanie fait de l'abbé Paganel un personnage très-importun, tracassier, difficile à vivre, ennuyeux à l'excès pour quiconque a des rapports avec lui-, mais je ne puis guère, à cause de cela , le regarder comme un liomme dangereux et que l'on doive priver à tout jamais de sa liberté. Son père

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le réclame avec de vives instances par l'organe de M. Bessières, son neveu. Je pense qu'on peut sans inconvénient accéder à sa demande. "

Conformément à ce rapport, le préfet de police autorisa la sortie de Paganel, en date du 21 octobre 1850.

Le 2(3 janvier 1851, Paganel fut ramené à Bicètre, par arrêté du préfet de police, à la suite d'actes extravagants.

Le certificat d'entrée fait par M. F. Voisin porte :

" Est atteint de lypémanie; parfois il présente les symptômes d'une excitation maniaque, il croit être en butte à des persécutions; on l'a volé, on le persécute parce qu'il connaît toutes les turpitudes des prêtres ; on le redoute , on craint (ju il ne divulgue tous les secrets, n

Puis son état mental devint meilleur, et il sortit de Bicètre à la suite du certificat suivant de M. F. Voisin :

« N'est point guéri, mais est un peu plus calme. Dans cette situation , je crois qu'on peut le rendre à son cousin germain, qui s'engage à veiller sur lui. m

Il rentra une troisième fois à Bicètre, le 13 janvier 1857, par la voie de la préfecture de police.

Le certificat de la préfecture porta :

« Loquacité incessante. — Se plaint d'un vol de sept à huit millions. — Il possède un pouvoir occulte. "

M. F. Voisin donna la note suivante à son entrée à Bicètre :

« Agitation maniaque; loquacité; les vicaires généraux sont des monstres; ils ont corrompu, séduit Verger; cet assassin n'est que leur instrument. "

Le 15 mai 1857, il sortit de l'asile, à la suite du certificat suivant de M. F. Voisin :

« Est guéri autant qu'il peut l'être. — Activité mentale prodigieuse. — Est dans une situation qui permet de le faire sortir de Bicètre. w

Il rentra enfin une quatrième fois à Bicètre, le 1 0 mai 1 857,

avec le cerliBcat suivant, émanant du médecin de la préfecture de police préposé à la visite des aliénés, M. Lasègue : (( Dclenu au dépôt de la préfecture depuis son renvoi de l'asile. — Scènes délirantes multiples, écrits injurieux, agitation. — Même état de manie chronique que lors de son admission. »

Le certificat d'entrée fait par M. F. Voisin porta : K Exaltation maniaque; le préfet de police a reçu cent mille francs pour l'assassiner; je suis victime de l'infamie, etc. V

De 1857 à 1865, même état. J'ai copié plusieurs lettres qu'il a écrifes pendant cette période; elles valent mieux que toutes les descriptions que l'on pourrait faire de sa folie.

(c Bicètrc , le 10 novembre 1862.

') A Monsieur Brault, directeur de l'hospice de Bicêtre.

» Monsieur le Directeur,

•>■) M. Calot, interne de la première section des aliénés, vient de me dire qu'à peine M. F. Voisin était-il descendu de voiture , vous aviez été l'aborder pour lui conseiller de ne pas signer ma sortie.

5) Venez dire après cela que votre conscience ne vous accuse pas d'avoir fait assassiner quatre mille personnes pour vous enrichir, dont deux mille de compte à demi avec M. Hubert', qui a eu deux cent mille francs pour sa part, dont cinquante mille qui] donna pour dot à sa (jUe il y a deux ans , et cent cinquante mille francs qu'il vient de consacrer à la construction d'une maison , sise avenue de Bicêtre, qui est la plus belle de tout le voisinage \

w Du reste, loin de vous en vouloir de ce que vous venez

1 Surveillant de service.

2 Rien de vrai dans tout cela.

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