‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 71 sur 234 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

de faire, je vous en remercie du plus profond de mon cœur, parce que personne n'aurait pu fournir une plus forte preuve de voire culpabilité que celle que vous venez d'en donner vous-même, et indépendamment de bien d'autres. Il n'en faudrait pas plus pour vous faire condamner par la justice, puisqu'elle pourra dire : Nous avons un coupable qui avoue sa faute, habemus confilenlem reum, et par conséquent toute autre preuve devient superflue après celle-là.

» Vous aurez peut-être retardé ma sortie de quelques jours, mais mou triomplie n'en sera que plus éclatant lorsque la justice prononcera (et elle le fera sous peu), toucliant le grand différend qui existe entre nous, et qui consiste en ce que vous vous opposez à ma sortie, crainte qu'une fois libre, j'aille vous dénoncer à M. le procureur impérial comme ayant assassiné quatre mille personnes.

Je viens de dire que la justice ne tarderait pas à prononcer. Déjà M. le procureur impérial a écrit à M. Ozanne, chef du bureau de Bicéire, pour lui faire savoir que la justice avait ordonné ma sortie, et s'il ne me fait pas ouvrir les portes de cette prison en vertu de cet ordre, il sera poursuivi comme vous , si ce n'est pas pour assassinat , au moins comme contravention aux ordres de la justice.

" J'ai l'honneur de vous saluer.

" Paganei, , " Prêtre et liomnie de lettres. »

« Bicctre , ce 4 octobre 1863.

^' A Monsieur Husson , directeur général de l'assistance

publique.

» Monsieur le Directeur général ,

' Vous avez envoyé , le mois dernier, pour remplacer Vf. Broca, chirurgien de l'hospice de Bicétre, qui avait ob-

tenu un congé, un homme qui était un voleur et un fripon tel qu'il n'y en a pas : Jamain est son nom.

« Cet habile (ilou , ayant entendu dire à ses élèves que j'avais en portefeuille un grand nombre d'écrits qui étaient on ne peut plus caustiques et mordants, et remplis de ce sel altiquc, sal salsissi/mim , comme parlaient les anciens, qui a toujours fuit le charme des meilleures compositions, me pria de lui en prêter quelques-uns , en me donmtil sa parole d'honneur sacrée qu'il me les pondrait avant de quitter Bicêtre.

w Mais, comme il a un penchant inné pour le vol, et que la protubérance de l'escroquerie se trouve on ne peut plus développée chez lui, voilà que ce filou émérite est reparti en m'emportant plusieurs de ces écrits.

« Ce fripon compte même, dit-on, se prévaloir de ces écrits pour se faire nommer, au premier jour, clîirurgien en titre d'un des premiers hôpitaux de Paris.

» Et vous ne diriez pas pourquoi? Parce qu'il y en a un dans lequel je disais que le directeur de Bicélre s'accusait d'avoir fait assassiner, pour s'enrichir, quatre mille personnes dans la division des aliénés, de compte à demi avec le surveillant Hubert.

,) Et la preuve de leur culpabilité, c'est qu'ils ont corrompu le sieur Delasiauv*, médecin, pour qu'il ne signe pas ma sortie, quoiqu'elle me soit duc d'après la loi, crainlc que, une fois libre, j'aille les dénoncer au procureur impérial comme ayant assassiné quatre mille personnes.

« Le bruit court même dans la maison que le directeur de Bicêtre , et vous après lui , auriez dit à ce nouveau Barabbas qui porte le nom de Jamain ' : et Si vous gardez le )) secret touchant les révélations qui vous ont été faites.

1 Chirurgien des hôpitaux de Paris.

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