‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 78 sur 234 · CHAPITRE CIXQUIKME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIXQUIKME

§ ni.

Procès intentés par les persécutés.

Le persécuté dont l'état est conij)alil)Ie avec une certaine raison apparente, qui continue à s'occuper de ses affaires et qui va et vient eu liberté, est l'homme le plus diflicile à vivre que l'on puisse renconlrer! Soupçonneux, méfiant, aigri par les prétendues iniquités qu'il subit, et désireux enfin de se venger de ses voisins ou de ses parents, en abaissant leur morgue et en livrant au grand jour de l'audience leur « inqualifiable conduite » , il entame la série de ses contestations judiciaires. Le commissaire de police du quartier est devenu mou, négligent, impuissant, et peut-être a a-t-il été acheté par les autres " ; il n'y a donc plus à compter sur son concours et sur son impartialité. Le juge de paix présente beaucoup plus de garanties : il est revêtu d'un • caractère phis élevé, il est entouré d'un véritable prestige, il a des pouvoirs étendus, et il est moins accessible aux cajoleries et aux vénalités. C'est donc à sa barre que le persécuté va porter ses doléances, ses réclamations et ses plaintes. Les assignations sont lancées, la conciliation sous toutes les formes est tentée et échoue, puis des sentences sont prononcées. Un autre prétexte survient bientôt, une nouvelle procédure commence, et une décision significative est cette fois attendue. Vain espoir, le juge de

paix « n'a pas compris l'affaire ou il a été acheté aussi! " Le plaideur va trouver alors des avoués et des avocats; il expose ses griefs, rédige des notes explicatives ou des mémoires à consulter, amplifie singulièrement les torts qui lui auraient été causés ou les sommes qu'on lui aurait soustraites, envenime les querelles et finit — sans autre point de départ qu'une excitation turbulente causée et entretenue par des idées de persécution, — par faire prendre un corps au débat et par constituer un volumineux dossier.

Une fois que le persécuté est résolument entré dans celte voie de récriminations judiciaires, il n'en sort plus. Trouvant chaque jour dans les phases diverses de la procédure un nouvel aliment à ses rancunes et à ses projets de vengeance , il fait constamment antichambre chez les hommes d'affaires et consent sans hésitation à tous les sacrifices d'argent, pourvu qu'il puisse démasquer ses ennemis, confondre les escrocs, renverser la cabale, et arriver à la proclamation solennelle de tous ses droits. Que la ruine soit au bout, peu lui importe-, ce qu'il veut, c'est qu'on lui rende justice. Les procès se plaident donc devant le tribunal de première instance, puis devant la cour d'appel, et ce n'est pas un long et onéreux pourvoi devant la Cour de cassation qui lassera jamais la ténacité maladive du persécuté.

S'agit-il de la délimitation de propriétés contiguës, de la mitoyenneté d'un mur, de la reddition de

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