‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 80 sur 234 · CHAPITRE CIXQUIÉME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIXQUIÉME

sonne, ne sortent que très-rarement ou ne sortent que la nuit de leur château, de leur maison , de leur chambre ou de leur réduit. Afin d'écliap()er à tout regard indiscret , à tout rapport malveillant et à toute poursuite attentatoire, ils se séquestrent volontairement. Une domestique leur passe des aliments par un guichet, ou bien ils se les procurent comme ils peuvent, et vivent de la façon la plus problématique pendant un temps souvent très-long. Un beau jour on les trouve morts. Ces malades, qui, aux yeux des gens du monde, passent simplement pour des originaux, des mécontents ou des repentants bourrelés de remords , sont d'ordinaire des persécutés sans hallucinations de l'ouïe. Ils ont toutes les convictions délirantes que comporte leur état mental particulier, mais ils n'ont pas les fausses sensations qui en sont habituellement inséparables. Aussi peuvent-ils rester à domicile. L'hallucination n'est pas là pour les en chasser, pour les mettre en fuite et pour leur causer ces paroxysmes d'exaspération qui les ])ortcnt à commettre des actes si graves. Qu'ils soient malheureux, d'accord; qu'ils rcj)rochent à tels ou tels des procédés iniques, dégradants, honteux, et qu'ils ne trouvent dans tous les événements qui arrivent que le doigt caché de leurs implacables ennemis, j'en conviens; mais, à tout prendre, ils sont les mieux partagés. Echappant aux tortures incessantes de l'hallucination, ils ne sont pas injuriés, ne reçoivent pas d'ordres, et échappent aux reproches , aux humi-

Hâtions et à l'esclavage qui transforment l'existence du persécuté en un tourment perpétuel.

Dans mon livre, La Folie devant les Tribunaux, j'ai cité l'exemple suivant de séquestration volontaire.

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