‹ Le délire des persécutions [electronic resource]Chapitre 91 sur 234 · CHAPITRE CI\'QUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CI\'QUIÈME

D. Vous êtes-voiis demandé qui j'étais et pour quel motif je viens ?

R. J'entends dire que vous êtes directeur, mais je ne sais pas si c'est de Sainte-Gemmes.

D. Vous connaissez donc Sainte-Gemmes ?

R. Oui, c'est la maison où on met les fous; j'ai un de mes cousins, iMarais, qui y est mort.

D. Savez-vous ce que c'est que des fous ?

R. Ce sont des gens çgarés qui ont perdu la tête, j'en ai vu à Saumur dans les caves où ils étaient.

D. Je dois vous dire que je suis médecin et directeur de Sainte-Gemmes , et que nous sommes chargés , M. Daviers et moi , de vous examiner et déclarer si vous êtes fou ou non. Or, si vous étiez en présence d'un fou de Sainte- Gemmes qui vous dirait : Je suis pape, empereur, tout l'univers est à moi, etc. , vous diriez : Cet homme est fou.

R. Oh oui !

D. Cette folie serait bien, n'est-ce pas, caractérisée par une idée fausse? Eh bien, on pense que l'idée qui vous a fait frapper Léger, c'est-à-dire que lui et d'autres personnes avaient juré votre mort , et que si vous ne l'aviez pas frappé il vous aurait tué, on pense, dis-je, que cette idée est fausse et ne peut être qu'une idée de fou.

R. Oh ! cette idée n'est pas fausse, j'en suis bien sûr. II m'aurait donné la danse. Ils s'étaient coalisés, je le leur avais entendu dire. Si je ne m'étais pas jeté sur lui, il se serait jeté sur moi , puisqu'il me l'a dit à mon nez. Oh ! non, je ne suis pas fou. Comment! dit l'inculpé avec indignation , me laisser frapper, pousser par terre sans me défendre! je serais un lâche ! Plutôt mourir.

D. Vous m'avez dit avoir grande confiance dans votre frère. Or, s'il vous disait que vous vous trompez , le croiriczvous?

R. Non, puisqu'on nie frappe, je le sens bien.

7). Depuis que vous êtes ici, les sentez-vous?

R. Je vois bien qu'on jette sur moi toutes sortes de choses, ce sont leurs feux qui viennent sur moi. Ils me poussent et me frappent. Si je suis malade quelquefois, ce sont eux qui me jettent ça. Lorsqu'ils me le jettent , je le sens bien. C'est comme ça qu'ils me faisaient.

D. Vous sentez peut-être ce que vous dites, mais vous ne le voyez pas ?

R. Oh! si, je les vois bien venir sur moi quand cela m'arrive. Ils me jettent toutes sortes de choses pour m'cmpoisonner.

I). Vous êtes dans l'erreur, ce sont de fausses sensations.

R. Oh! je ne suis pas malade, il faut même que je sois bien fort pour avoir résiste à tout cela. Les trois quarts en seraient devenus fous et seraient à Sainte-Gemmes. Quand ils me jettent ça, je sens que cela me travaille le sang, l'air me manque ; si je suis couché, il faut que je me lève.

D. Lorsque vous avez commis le crime dont vous êtes accusé, vous éprouviez cela?

R. Oh! oui-, j'avais tout sur moi; ils me disaient continuellement qu'ils me tueraient, si je ne les tuais pas.

Le frère de l'inculpé , que nous avons interrogé, ne doute pas du dérangement de sa raison , bien que plusieurs de ses aberrations lui apparaissent comme des réalités. Il conlirme par son témoignage l'existence du délire de persécution. Depuis longtemps, dit-il, mon frère croit qu'on veut l'assassiner; il prend toutes sorles de précautions pour se garantir. C'est ainsi , par exemple , qu'il garnit sa fenêtre , sa porte et la trappe du grenier de cordes et de ficelles pour entraver l'accès de sa chambre, et de manière à être averti. Celte idée daterait de l'époque où il était avec sa femme ,

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