CHAPITRE CUQUIÈiME
même qu'au moment de l'entrée du malade dans l'asile; et enlhi, dès le 5 juillet suivant, le médecin en chef déclare que Bctinat est actuellement guéri de l'aliénation mentale qui avait motivé sa séquestration, et qu'il y a lieu de le mettre en liberté. Bétinat sort donc de l'asile de Vaucluse le 10 juillet, et il revient chez lui à (îentilly.
Depuis ce moment jusqu'au i septembre, il ne semble pas que Hétinat ait attiré l'attention par des allures et des actes excentriques. Nous nous l'expliquons d'ailleurs parles manières réservées et discrètes du malade, qui paraît sans cesse absorbé dans ses réflexions, et qui ne parle que dilficilement et peu. Mais si l'enquête ne nous apprend rien de positif sur ce qui s'est passé dans ce laps de temps , Bétinat nous le fait savoir parce qu'il nous raconte de tout ce qu'il a souffert depuis son retour chez lui. C'est ici qu'il convient de placer et de reproduire textuellement le récit de Bétinat, récit qui a été fait en plusieurs fois, sans que jamais aucune trace de simulation ait pu inspirer aux deux experts qui furent commis le moindre doute sur sa sincérité, récit dans lequel il n'a jamais varié et qui porte en lui-même le cachet d'un trouble profond de la raison.
Voici ce que Bétinat a dit à MM. G. Beraeron et E. Blanche :
« Il s'est marié il y a treize ans, il a toujours aimé sa femme; c'est elle qui n'était pas trop bonne pour lui; elle voulait se remarier; si elle avait pensé à la Providence divine, elle n'aurait pas fait ce qu'elle a fait; elle n'aurait pas débauché autant de peuple; il ne l'a jamais surprise, mais d l'a su tout de même par beaucoup de monde; il a trouvé des signalements contre elle qui lui faisait des injustices. Elle ne le trouvait pas assez bel homme. Il ne veut pas parler; ce serait trop long; il faut connaître la manière de comprendre le secret ; c'est toi secrcl qu'il a dans l'estomac.
11 faut qu'il parle Icnlemenl; c'est la Providence qui le protège. H entend bien le secret, lui, mais il ne peut pas le dire; il pourrait bien le faire entendre d'ici au Palais-Koyal à quelqu'un qu'il voudiait; niais il ne le dirait pas à son père; il ne peut pas le dire, c'est pour la vie; ce doit être la Providence qui lui a donné cela. Il y a au moins deux mois qu'il a vécu de poison , du verre pilé que sa belle-sœur mettait dans son vin; ses cousins étaient complices; il a été averti par secret, par des personnages somnambules; il avait tout cela sur les épaules, ils l'ont assez travaillé; il croit qu'il en est débarrassé ; il a découvert et ôté les secrets aux somnambules; il croit qu'ils n'embarrassent plus beaucoup Paris en ce moment. Il est arrivé beaucoup de cboses par lui dans ces derniers temps, nous devons le savoir, ça doit être connu; il doit y avoir de l'argent de rentré par son ordre, parce que la Providence le protège; l'argent appartient à la France; dans une cellule il ne peut pas savoir la somme; il peut éteindre les incendies dans toutes les villes d'Europe; il peut se promener partout sans quitter l'endroit où il est; il ne peut pas rester en cellule; la Providence lui annonce qu'il va être empereur; avant-bier il a arrêté la colère de Dieu qui voulait punir le peuple pour ses méchancetés; il serait bien content de connaître l'empereur de France,
» Sa femme vit; ce n'est pas elle qui a été tuée; ils disent que c'est la femme d'un des hommes qui sont dans la cellule; c'est une somnambule qui a tué la femme; elle a voulu le tuer aussi; il a reçu quatre coups de poignard. (II montre aux experts les cicatrices sur son ventre, et ils ne voient qu'une très-ancienne et très-petite cicatrice produite probablement par une piqûre de sangsue.) C'est une nommée Françoise Pcnelle qui a fait tuer la femme par un homme; il se souvient que la femme a été prise par le cou, et en-