‹ Le Délire FantastiqueChapitre 11 sur 22 · MESSE · texte numérisé non relu

MESSE

Le délire se poursuit indéfiniment, assez monotone dans le fond, les mêmes idées, ou les mêmes mots, revenant souvent. L’excitation psychique est grande. Les hallucinations paraissent nombreuses, mais souvent imprécises. Peut-être quelques pseudo-hallucinations verbales : « elle a des voix dans la tête ».

Ne travaillant jamais, elle se promène en monologuant et

gesticulant. Ne parle pas aux autres malades, qui ne l’intéressent pas.

L’attention est difficile à fixer, lorsqu'on y parvient, on constate une lucidité remarquable, La mémoire est très bonne, l’orientation parfaite et, en dehors de ses crises délirantes, le jugement est assez sain. Elle reçoit la visite de ses filles avec plaisir et leur témoigne un certain intérêt.

Il n’y a, en résumé, aucun signe positif d’affaiblissement intellectuel véritable. Pas de signe neurologique. »

À côté de ces phénomènes primordiaux, il existe uhe série d’autres qui, sans se placer au premier plan et attirer fortement l’attention, n’en sont pas moins fréquents et viennent encore enrichir la symptomatologie du délire. Ce sont les paramnésies qui se manifestent par les « fausses renonnaissances », le malade identifiant les personnes de son entourage avec les parents ou les amis antérieurement connus, et par «l'illusion des sosies », syndrome sur leque MM. Capgras et Reboul-Lachaux ont attiré l'attention. C’est « une sorte d’agnosie de lidentification individuelle » ; le malade métamorphose chaque personne de son entourage en sosies différents et successifs, parfois fort nombreux.

Ces deux troubles, différents dans leur expression, paraissent cependant s'expliquer par un mécanisme identique, mais particulièrement difficile à élucider,

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Ils semblent pouvoir se ramener au sentiment du « déjà vu, sentiment de l’unique qui est répété, identiquement et totalement répété ».

Pour Delacroix (1), trois éléments essentiels entrent dans ce dernier :

1° Un sentiment de déjà vécu, « nullement l’impression d’une ressemblance, mais la répétition identique d’un état antérieur situé dans un passé indéterminé et lointain ».

2° Le sentiment de prévision de ce qui va suivre. 3° Sentiment de rêve et d’étrangeté : état intense, profond, instantané, inquiétude, parfois angoisse.

Toujours pour le même auteur, ces états se rapprochent du « jamais vu » et de « la stupeur d’être », « par exemple, le caractère nouveau que prennent parfois des mots familiers » et « on peut être tenté de rattacher tous ces sentiments à la dépersonnalisation ». Tous ces sentiments « s’expliquent comme un état de rêve, mais il a ceci de particulier que la conscience du temps y est altérée.. Un singulière facilité, une continuité extraordinaire dans le cours de la durée donnent l'impression que le temps s'ouvre, et que nous pénétrons l'avenir immédiat ; peut-être reconnaissons-nous, parce que nous sentons que nous prévoyons ? »

Il est intéressant de voir tous ces troubles rapportés à un état de rêve, car plus loin on se verra amener à envisager la question avec plus d’ampleur.

(1) Delacroix. — Les souvenirs, in Trailé de Psychologie, G. Dumas, II.

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