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LA PERSONNALITÉ EN DEHORS DU DÉLIRE

L'activité psychique, par quoi se manifeste la personnalité, présente, en dehors du délire, un certain nombre de particularités : excitation intellectuelle intense, suggestibilité, inattention. Mais un fait digne de remarque, c’est l’absence de signe véritablement positif d’affaiblissement intellectuel : les malades ne sont ni déments, ni débiles.

a) L’excitation psychique est extraordinaire chez tous ces malades et toujours très accentuée. Leur agitation, leurs réactions intenses, parfois leur violence, sont signalées par les familles comme un trait important de leur caractère. L’humeur ordinairement joviale ; euphoriques, parfois même caustiques, ils ont l’abord facile et sont rarement agressifs. Dans certains cas, la logorrhée est très marquée ; à mesure que le délire est exposé, l’animation devient de plus en plus grande, et parfois le geste se joint à la parole. Il est même possible de trouver une véritable fuite d'idées, avec énumérations indéfinies et associations par assonnances verbales.

Cette logorrhée, cette fuite d’idées, cette euphorie ne peuvent manquer de faire songer à la manie. Il convient de rappeler à ce propos que certains auteurs, Specht entre autres, considèrent la paranoïa comme une forme spéciale de psychose maniaco-dépressive. Si uné telle généralisation paraît abusive, la constatation de tous ces signes permet d'envisager, sans que cela soit absurde, la possibilité d’un élément

maniaque surajouté,

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b) La suggestibilité est assez marquée chez ces malades ; d’ailleurs, assez spéciale, elle se rapporte à peu près uniquement au délire. Dupré a insisté, dans le délire d'imagination, sur le rôle souvent inconscient du médecin dans l'édification du roman morbide. Au gré de l’interrogatoire, lorsque des précisions lui sont demandées, ou qu’une discussion est tentée, le malade, par des fabulations extemporanées, ajoute de nouveaux détails, grossissant encore le délire. C’est une sorte de « fabulation passive ». Maïs la suggestibilité semble s’arrêter là, car, l’histoire ou l’idée une fois affirmée, le malade la considère comme exacte et ne la modifie plus. D’ailleurs, d’une manière générale, il est inutile de discuter avec le patient, sa conviction est inébranlable, et se montrer sceptique,

ne fait que l’irriter.

c) Le trouble de l'attention est à peu près constant, toujours très marqué. Le désintérêt pour tout l’entourage est profond, bien que le malade soit capable d'enregistrer tout ce qui se passe autour de lui, ceci a tout moment, il ne le montre pas. Dans les examens, si les thèmes morbidès sont exposés d’une façon interminable, ce n’est qu'avec une peine extrême, qu’il est possible d’avoir des renseignements sur les sujets étrangers aux préoccupations morbides ; il faut insister et sans cesse rappeler l’attention, et il est des cas où l’on se heurte à une difficulté presque insurmontable.

d) Cette inattention a pu faire soupçonner Flaffaiblissement intellectuel. Ce dernier, en réalité, n’existe

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pas et tous les symptômes principaux en sont absents. La mémoire est intacte ;: non seulement il ÿ a conservation des grands événements de la vie passée, mais encore, l’acquisition des grands événements survenus dans la vie du malade depuis le début de l’affection n’est pas chose rare.

Dans l'évaluation dé la faculté mnésique, il faut tenir compte de deux choses : les déformations dues au délire et l’inattention. Les troubles relevant de ces deux facteurs éliminés, on verra combien la mémoire demeure active. Pour ce qui est de l'orientation, on ne peut que répéter les mêmes remarques. Quant au jugement, un fait important est à signaler ; en dehors du délire, il est conservé ; et il est curieux de voir le malade saisir parfaitement l’absurdité du délirant voisin et souvent la railler. Cette localisation du trouble au délire est un fait bien particulier, qui ne se rencontre dans aucune des démences, telles que la paralysie générale ou la sénilité.

Il ne faut pas non plus songer à faire intervenir la débilité mentale. On paraît avoir beaucoup abusé de cette notion, qui n’est utile que lorsqu'elle est strictement précisée. En réalité, pour parler de débilité mentale, il faut d’autres signes qu’un délire absurde. I1 semble, au contraire, que la paraphrénie survient chez des individus d’un niveau intellectuel très satisfaisant ; certains paraissent même d’un niveau supérieur à la moyenne, sont des gens instruits et ayant fait preuve de qualités indiscutables d'initiative et

d'adaptation.

Enfin, Dupré considère que le délire d'imagination survient chez des mythomanes et n’est que le développement d’une constitution. Ceci ne s'applique pas à la paraphrénie ; on ne trouve aucune trace de mythomanie dans les antécédents des malades.

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