ER ROUE
en a le début et les principaux symptômes. Mais, très rapidement, on constate une prolifération imaginative, d’une extraordinaire exubérance et qui se met au premier plan, sans toutefois faire disparaître les processus hallucinatoires. Il s’agit, somme toute, d’un délire imaginatif hallucinatoire, et ce point de vue permet de faire une étude un peu coordonnée de ces éléments parfois disparates.
C’est à Dupré et Logre que revient le mérite d’avoir attiré l’attention sur l’importance des phénomènes imaginatifs dans le délire chronique ; ce sont eux qui décrivirent le délire d’imagination. Ce dernier est essentiellement caractérisé par des processus de fabulation, « affirmation gratuite d'événements fictifs, de situations chimériques, récit de romans et d’aventures ». Il n’y a, dans ce cas, aucun appel au témoignage des sens, comme dans l’hallucination, pas plus qu’il n'existe de raisonnement paralogique, étayé sur des constatations matérielles, selon le procédé des interprétants. Comme le dit Dupré : « Les fictions sont enregistrées comme autant de réalités incontestables, : qui peuvent devenir, à leur tour, prétextes de fables nouvelles, soit l’objet d'explications où même d’interprétations véritables, mais secondaires à la création imaginative ». Dans leur description, Dupré et Logre envisagent seulement un délire d'imagination pur, sans hallucination et à interprétations rares ; et, tout en reconnaissant que la fabulation peut exister dans le délire hallucinatoire, ils laissent ce point dans l'ombre. L'étude de la paraphrénie fantastique démontre que, lorsque la prolifération imaginative de-
vient très marquée, elle imprime à tout le délire hallucinatoire un caractère tout à fait particulier. Certains éléments habituellement secondaires, souvent presque absents, prennent une importance de premier plan, alors que d’autres subissent des modifications profondes. On y constate la prédominance des idées de grandeur et un retentissement marqué
sur le thème de persécution.
Le grand signe du délire d'imagination, c’est l’apparition des fabulations. Celles-ci, toujours assez précoces, prédominent dans la paraphrénie, où elles. jouent un rôle très actif. L'exemple suivant suffira à
le prouver.
« Charlotte L.., âgée de 33 ans, sans antécédents héréditaires connus, instruction rudimentaire, divorcée, mère d’un garcon de 10 ans. Raconte qu’elle a été recherchée par sa contremaîtresse pendant trois ans ; celle-ci l’aurait suivis dans sa chambre un soir, aurait eu des relations avec elle ; elle lui envoyait des lettres d'amour et correspondait avec elle par la petite correspondance des journaux. Cette dame venait dans un hôtel meublé, faisait certains gestes, certaines allusions, la suivait partout, l’hypnotisait, C'est, en réalité, un roman à base interprétative et imaginative, dont rien re peut dissuader Charlotte, Elle avoue qu’elle aime cetie femme, qu’elle y pense jour et nuit ; elle lui a écrit des lettres auxquelles elle n’a jamais eu de réponse. Elle aurait même eu l’idée de tuer la dame et de se suicider ensuite.
(1) Malade présentée, en Juin 1922, à la Société clinique de Médecine mentale, par M. Leroy. ;