‹ Le Délire FantastiqueChapitre 8 sur 22 · LE · texte numérisé non relu

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Pendant cette partie de l’année 1911, Charlotte se montre calme et va travailler à la cuisine de l’asile. Elle présente quelques idées de persécution, avec interprétation, voyant dans les journaux des allusions à son affaire. Elle est suggestionnée à distance, donne l’impression d’une débile érotique et persécutée.

Vers la fin de l’année, dans une période d’agitation, elle dévoile un délire aussi riche qu’incohérent, probablement ancien, bien qu’elle prétende n'avoir su toutes ces choses que depuis son entrée à Ville Evrard. Ce délire, véritable dévergondage d’imagination, embrasse rétrospectivement sa vie toute entière, « Mon père a fait une expédition en Orient ; ayant fait une plaisanterie diffamatoire, il fut capturé par les Arabes et on voulut lui faire expier cette plaisanterie par le supplice. On lui fit voir une torture antique, consistant en une table et une tige de fer scellée. Grâce à ses camarades, il put fuir, mais repris quelques jours après, on lui retraça toute sa vie par suggestion. On lui fit voir la femme future, et on lui dit qu’il aurait une fille sur laquelle on ferait des expériences et qui subirait un martyre impossible. Revenu au pays, mon père se maria et vécut cinq ans en ménage, surveillé par les Arabes. On rendait mon père très méchant par une suggestion constante, ce qui fit que le ménage était désuni quand je vins au monde. Un homme chargé de surveiller la grossesse de ma mère, se présenta à elle et lui dit : « C’est bien la fille que nous attendions pour lui faire le supplice ».

A l’âge de 12 ans, elle revit son père, qui avait quitté le domicile conjugal ; il lui expliqua qu’il l’avait donnée aux Arabes, qu’il était tenu et lié et qu’il ne pouvait empêcher les souffrances qui attendaient sa fille. Elle était si enfant qu’elle rit de ce discours et crut son père ivre, et n’en dit rien à sa mère,

A 15 ans, mise à la porte de la maison, elle fit 12 lieues pour trouver de l’ouvrage et se plaça chez un épicier. Un jeune homme inconnu vint la demander en mariage, lui disant qu'elle serait milliardaire, l’endormit et la transporta dans un pays d'Orient où elle vit le ciel bleu, des étoiles et des palmiers, I y avait là un homme vêtu d’une robe brune,

de

chaussé de sandales, l’air vénérable, Derrière lui, un autel de pierre, avec de la fumée et un parfum d’encens. C’était un prêtre hindou qui les maria et dit à Charlotte : « Nous avons trois dieux : Hola, Mahomet et Raphaela. Choisis ». Elle choisit le dernier, parce qu’il avait un joli nom. Le prêtre lui prédit alors qu’elle subirait toutes sortes d’épreuves, lucide ou endormie. Elle revint alors en France, dans son pays, sans savoir comment.

Une autre fois, elle dit que son père épousa sa mère sans penser aux Arabes, mais celle-ci étant fort jolie servit, en état de suggestion, d’amante à trois Américains qui couchèrent la même nuit avec elle et firent « une soudure ». Les trois Américains sont : Roosevelt, Rockefeller et un autre. Elle a de son père une fortune colossale, se montant à 62 milliards, Non seulement, elle a été en Orient, pendant son sommeil, mais aussi en Amérique, où on lui a fait mettre le pied sur un terrain pour prendre possession d’une mine d’or estimée 35 milliards. La prédiction des Arabes s’est accomplie ; elle endure des souffrances infinies, les Musulmans lui envoient du fluide, elle sera empalée si elle vit encore, aussi fait-elle de nombreuses tentatives de suicide.

A ses idées de persécution, se joignent des idées de culpabilité, Charlotte se dit un monstre, elle est cause de l’assassinat du ministre d'Espagne, elle est cause de tous les crimes que l’on lit dans les journaux. On lui a dit qu’elle ensanglanterait le monde, on lui fait penser le sublime. Elle agit ainsi parce qu’elle est suggestionnée, on la fait parler par un langage à l’envers. Elle regrette ses crimes dont elle n’est pas responsable, parce qu’on les lui a fait commettre, afin d’avoir une raison pour la torturer. Elle est martyre et prophète. Elle quitte l'asile de muit pour aller à Paris. On lui a mis de l’énormité dans la tête. Un homme a reçu trois milliards pour la torturer et lui enlever la peau. Elle à été cause de la guerre turco-bulgare, elle à fait couper le cou à une quantité d’enfants, elle mérite la mort.

On veut l’immoler ; elle s’est vendue trois milliards ; elle reçoit de l'électricité ; elle est « sujet » ; on connaît sa pensée en frottant une pierre, Elle a peur du moulin ; le

moulin, c'est le contraire de ce que l’on pense. Ses persécuteurs sont la société musulmane qui veut voler sa fortune. On fait des expériences sur elle. Les pigeons lui annoncent des signes. Elle a eu ici deux employés de Rockefeller.

Les rêves jouent une influence considérable dans le délire. Charlotte délire le jour comme si elle faisait un cauchemar épouvantable au point qu’elle se demande si elle ne rêve pas. La nuit, ses rêves ne sont que la continuation de son délire, de sorte que son cerveau ne cesse de former les élucubrations les plus fantastiques. Le rêve nocturne et le délire diurne se suivent, se complètent, réagissent l’un sur l’autre de la façon la. plus étroite, Il semble même que les idées délirantes aient pris leur source dans les rêves.

Mars 1912. — « Toujours dans mes rêves, je me trouvais à table avec tous ces hommes, exaspérés par une dure épreuve. Je reconnus la femme parmi nous, celle qui, précisément, est la cause de ma capture, car je dois vous avouer que j'ai aimé une femme de grande beauté. Une nuit, je me trouvais transférée dans une société où l’on parlait de milliards, j'y voyais M. Lépine et tous ses agents, des notaires, des scènes immondes eurent lieu, où l’on me demandait la répartition d’une fortune ; des paroles de trop me la firent perdre, je fus ensuite assaillie dans mon lit par toutes sortes d'hommes, tandis que je faisais des rêves où je sortais et voyais des batailles, des coups de revolver, et de ces rêves je ne m'éveillais pas que fatiguée, mais subissant toujours l'influence des signes ; je dois aussi vous dire qu’il me fallut parler d’un prophète et trouver son nom. J'y ai connu des personnes qui étaient de ma famille, des hommes tout puissants : Roosevelt, Rocnefeller et Curie, ce n’est qu’à

force de rêves que j'ai appris les noms de ces personnes, »

Septembre 1912. — Lettre à M. Lépine : « Je désirerais avoir confirmation de mes rêves étranges et scènes de tourments compliqués de faits et paroles qui me sont rappelés avec une netteté surprenante et relative à des faits que je vois relater dans les journaux. Se peut-il que ces faits soient la coloration de mes rêves ou le fait de surmenage… Je me mets au lit comme toutes mes compagnes et dans mon som-

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