I. — Tradition
Dans tous les temps, les hommes mécontents du monde extérieur, et incapables de le modifier à leur gré, ont cherché du moins à le voir sous un jour plus aimable.
N'ayant pas de prise sur le soleil, ils ont trouvé dans l’alcool un moyen de le faire surgir en eux, et à côté d’Apollon, ils ont placé Bacchus.
Ainsi, dès la plus haute antiquité, l'alcool, sous la forme du vin, nous apparaît comme une divinité bien assise pleine de prestige et de lyrisme.
Ce lyrisme est d’ailleurs fait, autant de sa cruauté que de ses charmes : selon Lombroso, l'arbre de la science du bien et du mal dont nous parle la légende de la pomme d’'Eve, est tout simplement le symbole de l'alcool. Le méme auteur nous cite une autre légende, arabe celle-ci, au dire de laquelle « le premier à planter la vigne fut, non « Noé, mais Adam, et le diable arrosa le pied de la vigne «du sang d’un singe, d’un lion et d’un cochon » (1). Cette
(1) Lombroso. L'homme criminel. Trad. 9% édition. Paris AIcan. 1895. Livre II, p. 363 et 365.
divinité terrible et bienfaisante a toujours été adorée dans notre vieille France, fière de ses vignobles fameux.
-Elle l’est encore aujourd’hui, les prohibitionnistes ne l’alarment pas, elle ne répond guère à leurs attaques que par un sourire.