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Mais à côté des vins et des liqueurs antiques

règnent aujourd’hui des formes nouvelles de l'alcool, formes que l’industrie a créées pour exploiter cet éternel besoin de l’homme : boire. C’est ainsi qu'aujourd'hui, s’alignent à côté des flacons traditionnels, des bouteilles aux étiquettes multiples, lancées par l'affiche, imposées par la mode : Apéritifs, cocktails, voilà des mots symbolisant des liquides, mais qui veulent dire aussi habitudes collectives, constitutives d'obligations sociales.

$ 2. — Rôle du Cabaret.

23. Si l'alcool s’insinue partout sous ces formes diverses, il a cependant ses places fortes, où il exerce librement sa dangereuse souveraineté : le lieu public où l’on boit, du moins celui de basse clientèle, celui que l’on peut appeler le cabaret, est vraiment le temple de l'alcoolisme criminel.

Là, les malfaiteurs, les désœuvrés, les désintégrés se réfugient et se rencontrent. Là, ils se livrent à des beuveries qui finissent par des batailles sanglantes ; là, ils préparent leurs coups et'les liquident une fois consommés.

« Le cabaret, écrit Lombroso (1), est un lieu où les malfaiteurs sont sûrs de rencontrer leurs complices, c’est

(1) Lombroso. L'homme criminel, page 392,

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le séjour habituel, où non seulement ils méditent leur crime, mais où encore, ils en dépensent le produit. C’est même, pour beaucoup d’entre eux, le seul, le

vrai domicile qu'ils connaissent. Ajoutons d’ailleurs que- le maître du lieu est le banquier, banquier d’ailleurs fidèle, -

aux mains de qui le voleur confie son gain coupable. En 1860, à Londres, on comptait 4938 bouges uniquement fréquentés par des voleurs et des femmes de mauvaise vie. Sur 10.000 meurtres commis en France, 2.374 l’ont été dans des auberges ».

Enfin, c'est là que les jeunes gens ou les hommes encore vierges de tout crime sont pris dans le funeste engrenage.

Ainsi le cabaret se présente comme le principal pourvoyeur des prisons. : ‘

Or, le sol français en est couvert. Dans les agglomérations industrielles, dans les villes de garnison, dans les villages les plus pauvres de nos campagnes, les débits de boissons se multiplient sans cesse, multipliant le péril.

$ 3. — Conclusion.

24. Bref, l’alcool, indispensable accessoire des fêtes ou habitude quotidienne, irrigue copieusement nos populations. Fort de son antiquité, comme de son éternelle jeunesse, ‘il est aimé, sinon vénéré. Son usage est considéré comme bienfaisant ou anodin. Seuls les abus graves sont unanimement réprouvés, et l'individu qu'il possède un moment nous fait rire, quand il ne nous dégoute pas encore.

Une certaine ivresse, admise, est accueillie avec sympathie ou indulgence. Le théâtre, la littérature en utilisent les effets comiques, la consacrant en quelque sorte.

Il y a là, un ensemble de considérations dont le criminologue doit tenir compte.

SECTION II

L'’Alcoolisme, fait psychiatrique

La consommation de l'alcool a pour effet le crime, parce qu’elle intoxique l'organisme humain d'une façon particulière.

C’est cette intoxication, dans ses rapports avec le geste délictueux que nous allons étudier maintenant.

25. CÉNÉRALITÉS. PLAN. — D'une façon générale, l'alcool en agissant sur l’homme, lui rend plus facile la réaction criminelle : telle est l'observation que nous pouvons déjà déduire des statistiques examinées ci-dessus. Mais son mode d'action n’est pas toujours le même : tantôt, il imprègne l'individu, le possède absolument, au point d’en faire un aliéné, tantôt, il se contente de troubler momentanément ses fonctions, sans produire aucune lésion définitive.

Il est évident que, dans ces différents cas, la responsabilité du délinquant ne sera pas la même, les moyens de prévention diffèreront. Aussi allons-nous présenter les différentes formes psychiatriques de l’alcoolisme dans un ordre décroissant, en partant de la folie alcoolique pour

arriver à la simple ivresse.

Nous examinerons ainsi successivement : d’abord l’alcoolisme chronique dans ses manifestations aiguës et chroniques, puis l'alcoolisme aigu, anormal et normal.

VE Et, Se di

$ 1. — Alcoolisme chronique.

26. DérinITIon. — L’alcoolisme chronique est constitué par une infoxication persistante, déterminant des lésions organiques et des troubles psychiatriques.

I. — Origine. | Son origine est diverse. I1 peut apparaître chez un individu primitivement sain, mais très souvent il se ren-

contre chez les aliénés ou prédisposés à l’aliénation.

27. APPOINT ALCOOLIQUE. — a) C’est que, en effet, « la folie, la criminalité, l'alcoolisme sont trois manifestations différentes d'un même état de défectuosité psychique congénitale » (1). Dans ces cas, la disparition de l'alcoolisme qui n’intervenait qu'à titre d'appoint dans la constitution psychique du sujet, met à nu les désordres intellectuels originels, ou même une forme caractérisée d’aliénation mentale.

28. HÉRÉDO ALCOOLISME. — b) D'autres fois, l’alcoolique tient son caractère de ses auteurs. « Fils d’alcoolique, il est venu au monde » stigmatisé de la dégénérence alcoolique, faite essentiellement de convulsion, d’'impulsivité, de criminalité infantile » (2). De plus, cet hérédo dystrophique alcoolique subit l’appel d’alcool de son sang, réagissant encore plus vite et plus mal que ses parents.

29. DIPSOMANIE. — c) Le dipsomane représente encore un type particulier. Celui-ci diffère de l’ivrogne ou de l’al-

(1) Triboulet, Mathieu et Mignot. Traité de l'alcoolisme. Paris, Marcon, 1905, p. 307.

(2) Laignel Lavastine, André Barbé et Delmas. La pratique psychiatrique. Paris, Baillière, 1919, page 535.

— 40 — coolique ordinaire en ce que, s’il devient parfois un intoxiqué, il était du moins lui-même un aliéné avant de boire. Ce malade se rue sur tous les liquides alcooliques et les avale furieusement jusqu'à ce qu’il tombe ivre-mort. Dans les intervalles de ces crises il peut mani-

fester du dégoût pour les boissons alcooliques et se montrer.

honteux de ses chutes.

En tous cas, ce qu'il faut bien noter à son propos, c’est qu'il n’est pour rien dans ces débauches subites, c'est qu’il est vraiment un ivrogne malgré lui, un buveur automatique, irrésistible.

30. INTOXICATION GRADUELLE. — d) « Tout autres sont l’ivrogne et l’alcoolique qui s’enfoncent graduellement dans leurs habitudes, se laissent entraîner facilement, boivent par occasion, mais sont toujours prêts à profiter de celles qu’on leur offre, en attendant qu’ils en cherchent et en provoquent de propos délibéré » (1).

Mais, peut-être ne faudrait-il pas exagérer l'antithèse entre les malades congénitaux dont nous venons de parler et l’alcoolique vulgaire. Si, placés dans les mêmes conditions de lieu, certains deviennent des buveurs et d’autres pas, c'est peut-être parce que tous ne sont pas également sensibles aux obligations morales qui font frein, mais c’est aussi que chacun possède un coefficient individuel particulier, une affinité plus ou moins grande vis-à-vis des substances ébrieuses.

En somme, l'alcoolisme est parfois endogène, parfois exogène, généralement les deux à la fois, dans des proportions variables.

(1) Joly (H.). Le crime. Paris Cerf, 1888, p. 351.

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IT. — Manifestations.

Examinons maintenant les différentes manifestations de l'alcoolisme chronique. | Celles-ci sont elles-mêmes aiguës ou chroniques.

A. Manifestations aiguës.

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