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c'est ce qui nous intéresse surtout, l’état mental de l’alcoolique est atteint de troubles permanents.
La mémoire est altérée, d’une façon irrégulière et incohérente, ce qui semble expliquer le caractère insouciant et instable du malade, incapable d'attention suivie, ou de sentiment persistant. 1
Mais le trait essentiel de son caractère, qui explique ses délits en apparence incompréhensibles, c'est « la rapidité de la décision et de l'exécution. Ils prennent des décisions sans délibération suffisante, sans faire entrer en balance les motifs que le commun des hommes prendrait en considération. Ils passent immédiatement à l'exécution ; mais s’ils échouent, ils renoncent volontiers à leurs projets et souvent l’abandonnent définitivement ».
C’est cette diminution de tout l’intellect et plus particulièrement de la volonté, que M. le professeur Laignel Lavastine nous dépeint encore en ces termes : « L’affai- « blissement de son état mental se caractérise par la dimi- « nution de l’inhibition, de la moralité, de l’affectivité, de « la mémoire, du jugement, de l'imagination, avec com- « me conséquence, l’exagération de l'irritabilité, des réac- «tions impulsives et particulièrement des caprices, des « appétits d'où la facilité des crises de dépression ou d'exci- « tation et des idées délirantes hypocondriaques, érotiques « et de jalousie » (1).
Æ1. RÉACTIONS ANTISOCIALES. — Les alcooliques sont redoutés de leur entourage pour leurs réactions antisociales nombreuses, brutales et impulsives. Homicides et menaces,
(1) Vibert, op. cit., p. 740.
(1) Laigne] Lavastine, op. cit., p. 535.
coups et blessures, violences, rébellion et outrages, sont la monnaie courante de leur brutalité. Ils commettent aussi des outrages à la pudeur, par oubli ou immoralité, et des attentats aux mœurs. ,
Enfin, insociables à tous les points de vue, soit vis-àvis du cercle familial, soit à l’atelier, partout enfin, ils deviennent bientôt des désintégrés. Incapables de diriger une famille, d’exercer une profession, ils tombent vite dans la misère. C’est alors le vagabondage et la mendicité, aggravés de vols d'aliments et d’habits, ou de grivèlerie, qui les font bientôt entrer dans le cycle pénitenciaire dont ils sont les familier.s
Ainsi l'alcoolisme chronique apparaît comme une source directe de criminalité.
42. REMARQUE ET RÉSUMÉ. — Notons en terminant que l'alcoolisme chronique peut se présenter à des degrés divers, allant de la démence terminale à la simple ivrognerie habituelle, en passant par tous les échelons de l’'abrutissement.
Evidemment l'aspect du sujet varie selon le degré d’intoxication, mais dans tous les cas les réactions antisociales semblent s'expliquer de la méme façon ; elles sont dues, ou bien à un accès aigu surgissant sur un terrain pathologique, ou bien au caractère même de l’alcoolique, instable et impulsif, incapable de vivre socialement.
L'on peut dire que, mécaniquement, l'alcool, en imprégnant l'homme d'une façon persistante, produit un délinquant, comme il produit des abeilles voleuses et des chiens méchants (1).
(1) Lombroso. L'homme criminel, p. e1.
$ 2. — L'Alcoolisme Aigu.
45. DÉFINITION. GÉNERALITÉS. — L’alcoolisme aigu, ou ivresse, est, d’après Laignel-Lavastine, «une intoxication aiguë due à une absorption massive d'alcool et caractérisée uniquement par un accès de brève durée ».
Elle peut être accidentelle, isolée, ou au contraire habituelle, l'individu devenant alors un ivrogne et rejoignant l’alcoolique dont nous venons de parler.
Nous ne nous occuperons désormais que de l’accès considéré isolément.
Avant d'aborder l’étude de l'ivresse banale, il est nécessaire de dire un mot de quelques formes anormales de l'alcoolisme aigu.