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LE DÉLUGE DE NOÉ Î

parlent les langues agglutinatives, dans lesquelles les racines s'accolent les unes aux autres sans fusion et contraction entre elles, ont accompli lentement un premier progrès. Seuls les peuples qui font usage des langues flexionnelles possèdent l'instrument complet de la civilisation.

Or, toutes les langues parlées par les groupes de descendance sûrement noachide sont des langues à flexion. Comme il n'est pas possible de supposer que Noé, ses fils et leurs femmes ne parlassent pas la même langue, il faut donc admettre que, à l'époque du déluge, il y avait des peuples qui en étaient arrivés déjà aux langues flexionnelles. Mais les populations, groupes ou tribus, comme on voudra les appeler, que les noachides rencontrèrent dans leurs émigrations, parlaient les uns des langues isolantes, les autres des langues agglutinatives. Leurs descendants les parlent encore. Ils n'étaient donc pas issus de Noé.

En vain objecterait-on l'événement de la tour de Babel avec la confusion dite des langues. Laissons de côté la supposition, après tout conjecturale, que le fait serait antérieur au déluge. Un point sur lequel on est aujourd'hui généralement d'accord, c'est que le groupement d'un grand nombre d'hommes dans les plaines de Sennaar, l'érection par eux d'un monument, suivie de leur dissémination en divers lieux, se rapporte à une fraction seulement de l'humanité. Les exégètes de la Civiltà cattolica l'admettent comme M. l'abbé Vigouroux (1). Mais

(1) « Moïse, en exposant la filiation des peuples, Hit la Civiltà cattolica dans la Taoola etnograftca di Mose (15 février 1879), »e borns à une seule des grandes races humaines, à celle qui

rien n'indique que cette fraction ait compris mémo la race blanche tout entière : d'autres migrations des enfants de Japhet et de Cham avaient eu lieu depuis un temps plus ou moins long hors de rassemblée de Sennaar, contemporaine de Phaleg ; et le regretté abbé Motais a fait voir, avec une grande abondance de preuves, que ce groupement était celui du noyau principal des descendants de Sem, qu'il était dans les vues de la Providence de disperser. Il montre très bien aussi, par des considérations philologiques, que le mot lèvre (labium) qu'on a traduit en français par langue dans le sens de langage, signifie aussi bien l'unité de sentiments [erat terra labii unius et sermonum eorumdemy Gen., XI, 1) que l'unité de langage. Ce mot, employé soixante-douze fois dans l'Ancien Testament, n'y figure pas une seule fois en ce sens, la lèvre y indiquant soit l'instrument matériel de la parole, soit la figure des sentiments qu'elle exprime (1). Rien donc n'oblige à voir, dans la contient indubitablement le premier rang et l'emporte sur toutes les autres, c'est-à-dire la race blanche. Il ne dit rien des trois races inférieures, la jaune, la rouge et la noire, qui sont pourtant une partie de l'espèce humaine. Nous ne devons pas nous en étonner, parce que le but de Moïse ne fut pas de décrire l'origine de tous les peuples, mais seulement de ceux que connaissait le peuple hébreu ou qu'il lui importait le plus de connaître. » (L'abbé Vigouroux, Manuel biblique, 2' édition, 1881, t. 1", p. 466, § 331). De cette dernière remarque, éminemment fondée, il résulte quil est très admissible que toute la race blanche elle-même, c'està-dire toute la descendance connue de Noé, n'ait point participé à l'événement de Babel, car elle comprenait plusieurs peuples dont les Hébreux ont toujours ignoré l'existence. Voir aussi l'Histoire de l'Ancien Testament de M. Pelt, i* édit.. 1904, t. I, p. 113.

(1) Cf. Abbé Motais, loc. cit., pp. 239-240 ; Mgr de Harlez, Controverse, juin 1883 ; abbé Ch. Robert, La non-universalité du déluge, 1887, p. 66 ; plus récemment, le P. Van den Gneyn, Revue ies quest. scient., t. xxxiv, p. 103 à 127, Les races et les langues. — M. l'abbé Pelt qui, dans la lr' édition de son Histoire de i'Arwipn Testament (1897, Paris, Lecoffre) paraissait repousser cette interprétation, reconnaît, dans les éditions suivantes, qu'elle est admissible. (Cf. la i* édition, 1904, t. I, p. 113-114.)

fusion des langues autour de Babel, autre chose que la confusion des idées, la diversité des vues rendant tout accord impossible. Il n'est pas besoin au surplus de remonter jusqu'aux temps postdiluviens pour en rencontrer des exemples. Ce désaccord général était pleinement suffisant pour provoquer la séparation et la dispersion des familles réunies a Sennaar, et rien n'oblige à y rattacher un phénomène miraculeux de linguistique. Ce n'est donc pas là que Ton trouvera la solution à la difficulté de cet ordre indiquée plus haut.

Voudra-t-on se rejeter sur cette autre considétion ? Le fait que les langues des descendants connus de Sem, Cham et Japhet étaient flexionnelles ne prouverait pas que Noé et sa famille n'aient pas parlé une langue monosyllabique qui, à travers les générations de leurs descendants, aurait donné naissance à des langues agglutinatives ; de celles-ci se seraient formées les langues à flexion que les orientalistes ont reconnues.

Cette manière d'éluder une difficulté en provoque une autre. Les langues primitives des races blanches partent de deux sources, la source aryaque ou japétique et la source chamo-sémitique : c'est plus tard seulement que la seconde s'est fractionnée en langues chamitiques et sémitiques distinctes. Ces deux sources provenaient nécessairement d'une origine commune ; et celle-ci devait être très rapprochée de la sortie de l'arche, puisque nous voyons les fils de Japhet devenir chefs de peuples bien longtemps avant la dispersion des descendants de Sem, et que, trois ou quatre mille ans avant Jésus-Christ, peut-être davantage, les chamites se

fixent avec leurs langues flexionnelles, sur les bord» du Nil, où ils se mêlent à une population nègre indigène dont l'idiome est parvenu déjà à Fétat agglutinant.

Que si Ton veut résoudre la difficulté linguistique en accroissant d'autant de siècles qu'il le faudra la chronologie des patriarches postdiluviens, déjà incertaine par elle-même, comme Font proposé le P. Delsaulx et, plus récemment, le R. P. Brucker (1), il reste toujours à expliquer d'où venaient les peuples que les descendants immédiats des trois Noachides rencontrent occupant le terrain de tous les pays où ils émigrent.

Il y a aussi un autre ordre de considérations tirées des connaissances métallurgiques, toutes d'emprunt chez les peuples certainement noachides, et au contraire appartenant en propre à certains autres peuples, qui semblent en être bien réellement les inventeurs (2) •

Les difficultés exposées jusqu'ici relativement au

(1) « Les monuments égyptiens nous montrent la race nègre, dit Mgr de Mariez, déjà toute formée telle que nous la voyons, à une époque qui se rapproche de très pjres du déluge. Pour plusieurs, il semble difficile d'admettre qu'en un laps de temps si court, le type noachide se soit ainsi déformé... » (Cf. La Controverse, 1883, t. V, p. 576 ad not.) — « Le sanscrit était déjà sanscrit 2000 ans avant J.-C. La langue aryane commune date Gonséquemment de 2500 ans avant J.-C. pour le moins. A cette époque, l'assyrien était déjà une langue distincte, et plusieurs siècles encore sont indispensables pour arriver à la langue commune et primitive. Où trouver le temps naturellement nécessaire pour la ramification de l'idiome primitif d'où sont sortis î'ariaque et le sémitique ? » (IbicL, p. 577 et 578). — « L'histoire est là, dit le savant P. Van den Gheyn, pour attester la persistance des types anthropologiques depuis quatre et même depuis cinq mille ans. » (Critique des Origines ariacœ, dans la Revue des questions scientifiques du 20 avril 1884, p. 610.)

(2) Cf. V Humanité primitive et ses origines, chap. VII, dans la Revue des questions scientifiques du 20 octobre 18S2, p. 427 du t. XII.

système de l'universalité restreinte, sont, pour la plupart, d'un ordre extérieur, en ce sens qu'elles résultent de connaissances scientifiques nouvelles et étrangères v quant à leur but et à leur point de départ, à l'Ecriture sainte et à l'herméneutique. Il en est d'autres qui se rattachent à l'exégèse elle-même, naissent de lexamen des textes, et que nous aurons occasion d'exposer par la suite.

Bornons-nous, pour le moment, à rappeler que l'écrivain de la Genèse garde un silence complet sur lés peuples qui occupaient la Palestine quand les enfants de Chanaan vinrent s'y établir. Il les connaissait cependant, puisqu'il nous les montre, dans les récits suivants, en relation successivement avec Abraham, lors de la guerre de la Pentapole, puis avec les Israélites vers la fin de leur séjour au désert ; et même encore lorsque Josué opère le partage de la Terre promise entre les douze tribus. Il ne connaissait pas moins, et son peuple comme lui, la race mélanienne, bien qu'il se tienne à son égard dans un mutisme absolu, puisque pendant les quatre siècles de la servitude d'Egypte, les enfants d'Israël avaient été mêlés plus ou moins avec les représentants de ce type, leurs compagnons d'esclavage.

Pourquoi ce silence, évidemment systématique et voulu, sur tant de choses intéressantes au point de vue même de l'auteur inspiré ? Il est impossible de trouver une réponse à cette question, et le motif d'une abstention aussi extraordinaire constitue une énigme; à moins toutefois que l'on ne s'appuie sur la considération suivante : la Genèse a moins pour but de retracer l'histoire des origines de l'humanité que de

narrer celle des origines du peuple hébreu ; dès lors Bon auteur n'avait pas à parler de peuples et de races complètement étrangers à celui-ci ou n'ayant avec lui que des rapports d'ordre secondaire et sans influence sur ses destinées. D'ailleurs cette réserve n'implique, de la part de l'écrivain sacré, nulle intention de dissimuler l'existence de peuples qu'il écarte ainsi de son tableau ethnographique, puisqu'il ne craint point, par la suite, d'y faire allusion et même de les désigner nominativement quand ils se trouvent mêlés à son récit. Il ne s'en occupe pas, voilà tout. Enfin si nous laissons de côté ces populations déjà anciennes que rencontrèrent les descendants des trois fils de Noé partout où ils se répandirent lors de leur dispersion (1) ; si nous omettons les races noire, jaune et rouge auxquelles ne fait aucune allusion le chapitre X de la Genèse, son chapitre ethnographique par excellence (2), il y a les découvertes incessantes des traces de la présence de l'homme dès les temps quaternaires sur les points les plus divers, en Amérique (3) comme en Europe, en Afrique comme en Asie. Qu'il s'agisse de débris d'ossements humains, d'armes et d'outils en silex taillés ou polis* de cavernes ou d'abris sous roche contenant des vestiges

(1) Cf. Le Déluge biblique et les raceo antédiluviennes, § VI, in Reo. quest. scient, d'octobre 1885.

(2) Cf. L'Humanité primitive et ses origines, VII, in fine. Loc. cit., octobre 1882.

(3) Il est juste de faire remarquer que l'origine quaternaire de l'homme préhistorique en Amérique, est contestée par un certain nombre d'anthropologistes. Elle est, d autre part, ener<?k|uement soutenue par des savants de haute autorité, comme MM. Gaudry et Boule en France, Abbott en Amérique. (Cf. le marquis de Nadaillac : L'homme et le singe, in Rev. quest. scient, de juillet 1898, p. 217 à 219, et dans la collection Science et religion.)

incontestables d'habitation humaine, depalajiltes ou construction sur pilotis le long des rives des lacs et des grands fleuves, de débris de cuisine (Kjoekkenmœddings) comme on en rencontre surtout en Danemark, en Suède et en Norvège, ce sont toujours et partout des traces non contestables de la présence de Fhomme dès l'époque où elles apparaissent pour la première fois, et se poursuivant sans interruption ni lacune à travers les âges •

Dès son origine, l'humanité s'est donc répandue un peu partout sur la surface du globe ; et par là même, la non-universalité géographique du déluge emporte avec elle sa non-universalité ethnique.

Aussi les adversaires de celle-ci ont-ils insisté sur les objections exégétiques et théologiques que nous reproduisons plus loin . Quoi qu'il en soit, l'apaisement s'est fait peu à peu dans les esprits comme on Ta dit plus haut ; et depuis plusieurs années déjà, la question, quand on l'aborde, reste sans doute non complètement résolue encore, et partant discutable et discutée ; du moins ne revêt-elle plus ce caractère de protestation violente et de polémique aiguë d'il y a une quinzaine d'années.

C'est ainsi qu'un écrivain laïque, mais éminemment catholique en même temps que géologue distingué^ pu, ily a un certain nombre d'années, reprendre la thèse de la non-universalité dans une revue soumise à une direction non moins essentiellement catholique et même « très peu laïque » : je veux parler de la Revue Thomiste et de M. Raymond de Girard, professeur à l'Université de Fribourg (1).

miV ^QAU.e^m^te^ uYraiso?s de novembre 1803, janvier et mai 1894 : Théorie sismique du déluge, J w

Caractère providentiel mais non miraculeux du déluge.

La théorie de M. de Girard, empruntée en partie au géologue viennois Edouard Suess, mais étendue et développée par lui sur un plan très vaste (1), va beaucoup plus loin que ce que les plus hardis nonuniversalistes avaient supposé jusqu'alors : il réduit le déluge noachique à un cataclysme purement local, n'ayant envahi que la basse Mésopotamie, ce qui ne laisse pas que de soulever, au point de vue exégétique, comme nous le verrons, plus d'une objection.

La théorie sismique du déluge s'appuie, comme point de départ, sur une double donnée.

La première est celle de la non-universalité de la tradition diluvienne. Non seulement le souvenir du grand cataclysme n'existe pas chez toutes les races (les races noires notamment n'en offrent aucun vestige) ; mais, chez un certain nombre d'entre elles, les traditions diluviennes se rapportent à des inondations locales, qui n'ont rien de commun avec le

(l)Ce plan devait nécessiter la publication d'un grand nombre de volumes sous cette rubrique générale : Etudes de géologie biblique.

Trois seulement de ces volumes ont paru jusqu'ici :

1* Le déluge devant la critique historique : un voL crv în-R* de xm-380 p., Fribourg, 1893. b 5

2* Le caractère naturel du déluge ; un vol. gr. in-S8 de 286 d Fribourg, 1894. F'p

3* La théorie sismique au déluge ; un vol. in-8* de 545 n Fribourg, 1895. l ''

déluge biblique. Le souvenir de cette catastrophe n'est donc pas universel dans l'humanité. L auteur fait un pas de plus : il ne croit point — et ceci nous paraît, au moins dans une certaine mesure, n'être pas encore sorti du domaine de la discussion — il ne croit point que les nombreuses légendes populaires rappelant, sous une forme plus ou moins défigurée, le déluge de Noé et le sauvetage de sa famille, représentent un souvenir direct, aborigène de cet événement. Ce serait, dans la plupart des cas, une tradition importée par transmission orale ou écrite de Tune des trois seules sources qu'il considère comme primitives, à savoir : la Genèse, le poème chaldéen de Gilgamès (plim Izdubar) et le récit de Bérose.

Nonobstant cette extrême réduction des sources primitives de la tradition, M. Raymond de Girard établit, par une critique très serrée, que, du fait de ces seuls documents, la célèbre inondation dont Noé, sa famille et un grand nombre d'animaux furent sauvés au moyen de l'arche, offre un caractère historique absolument certain (1).

La seconde donnée, sur laquelle s'appuie notre auteur, consiste à admettre que le fait de l'inondation diluvienne, procidentiel dans son but et dans ses résultats, n'est point miraculeux en soi, mais est un effet d'un concours particulier des lois de la nature .

Cette thèse n'est pas absolument nouvelle ; elle fut même vigoureusement combattue naguère par

(1) Cf, Le déluge devant ta critique historique.

MgrLamy(l)etparM.rabbéJaugey(2). Mais lathôsa contraire, malgré le talent et la haute compétence de ces deux écrivains, ne parait rien moins qu'établie. Comme Ta lumineusement exposé, dans la Revue des sciences ecclésiastiques de ces derniers temps (3), M. Eugène Mangenot, directeur du grand séminaire de Nancy, ils n'ont pas suffisamment tenu compte de la distinction essentielle à établir entre le fait matériel de l'inondation diluvienne et les circonstances, en effet miraculeuses, qui l'ont précédée et suivie.

Dieu parlant à Noé et lui annonçant la catastrophe un siècle d'avance, lui ordonnant de construire une arche dont lui-même règle le mode de construction, l'aménagement et les dimensions, ainsi que le nombre et les espèces des animaux à y faire entrer, — voilà un premier ensemble de circonstances qui est visiblement en dehors du cours de la nature et où l'intervention personnelle et directe de Dieu ne saurait être sérieusement contestée (4).

(1) L'universalité du déluge, in Controverse, 1er septembre 1883.

(2) La géologie et le déluge, in Science catholique, V janvier

(3) Livraison de novembre 1896 : Le caractère naturel du de" luge, par M. l'abbé Eugène Mangenot.

(4) Le géologue autrichien Edouard Suess émet une opinion mtraire, mais qui paraît difficilement soutenable. 11 suppose ue l'avis donné à woé aurait consisté non dans la parole même

contraire, mais qui paraît difficilement soutenable. 11 suppose

2ue l'avis donné à woé aurait consisté non dans la parole même e Dieu, mais dans une série de phénomènes naturels tels que

ras de marée faibles d'abord et produits par de petites secousses sismiqties, puis augmentant graduellement d'intensité, et dans lesque les la perspicacité de Noé avait vu le prélude d'une catastrophe beaucoup plus grande, contre l'éventualité de laquelle il avait pris ses mesures en construisant l'arche, l'aménageant en vue d'une longue traversée, etc. — À une aussi peu vraisemblable hypothèse, M. l'abbé Mangenot, d'accord sur ce point avec M. de Girard, oppose cette considération qui paraît sans réplique, que, dans ce cas, il n'y aurait pas moins miracle: seulement, le mi-

De même, il y a miracle encore lorsque, l'inondation étant terminée, Dieu ordonne à Noé de quitter l'arche, comme il est dit, Gen. VIII, 15 et 17 ; miracle également dans la révélation qui suit le sacrifice, et dans le pacte que l'Eternel conclut avec son serviteur. Mais ces miracles, de date antérieure et postérieure à l'irruption diluvienne, n'impliquent point qu'elle n'ait pas été, en elle-même, l'effet de causes naturelles, providentiellement disposées par le Tout- Puissant pour concourir à ses desseins.

Ainsi le reniement de saint Pierre, la prise et la destruction de Jérusalem par Titus, sont des faits qui n'ont rien de miraculeux. Le miracle, ici, est dans la prédiction de ces faits par Notre-Seigneur un temps plus ou moins long avant leur accomplissement.

En ce qui concerne l'inondation noachique prise en elle-même et dégagée des circonstances qui l'ont précédée et suivie, il est fort digne de remarque que le récit biblique est absolument exempt de merveilleux impliquant une intervention divine directe. Il ne fait mention, dans la description du cataclysme, d'aucun fait miraculeux et indique expressément les

racle, au lieu d'être du côté de Noé, l'eût été du côté de la population tout entière, population maritime qui devait, tout aussi bien que Noé, comprendre, à l'aspect de ras de marée successiis et de plus en plus violents, que quelque grande catastrophe se préparait. Pour que, à la parfaite unanimité, Noé excepté, elle n'y eut rien compris, il eût fallu que Dieu eût obscurci les intelligences par un miracle beaucoup plus surprenant que celui d'une communication directe de l'Eternel à son patriarche. De toute manière, il faut donc qu'il y ait eu miracle. ^E. Mangenot, lot, cit., et R. de Girard, La théorie sismique, p. 74 et suiv.) D'ailleurs, les détails dans lesquels entre le texte sacré sur les dimensions de l'arche, sa distribution et son aménagement intérieurs, les animaux à y faire entrer, excluent toute explicatioa de l'ordre naturel.

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cause* physiques et naturelles : « Toutes les sources du grand abîme, lit-on, Gen. VII, 11, 12, furent rompues, et les cataractes du ciel furent ouvertes, et la pluie tomba sur la terre quarante jours et quarante nuits. » Tous les commentateurs, ajoute M. Mangenot (1), reconnaissent ici deux causes de l'inondation : l'envahissement de la mer sur les terres en premier lieu, puis une pluie torrentielle ; sans d'ailleurs se prononcer sur la supériorité de l'une de ces causes sur l'autre .

MM. Suess et de Girard considèrent, eux, l'invasion des eaux marines sur la terre ferme, comme la cause principale, la pluie n'ayant, d'après eux, rempli qu'un rôle accessoire. En tout cas, la suite du récit, Gen. VII, 17 à 19, 24 et VIII, 2 à 11, représente la marche progressive de l'inondation et le retrait des eaux comme s'étant opérés naturellement.

Cette simplicité dans la relation biblique n'envisageant que les forces naturelles est d'autant plua frappante que, dans la conception chaldéenne, conforme, au surplus, à l'esprit et à la coutume polythéiste divinisant toutes les forces de la nature, le merveilleux se trouve partout et jusque dans les moindres détails ; chaque fait, chaque incident de la catastrophe y est l'œuvre d'un dieu spécial. D'autre part, comme chacun de ces dieux particuliers n'est autre que la personnification d'un des ordres des phénomènes naturels, on peut reconnaître, dans le récit chaldéen dépouillé de sa gangue polythéiste, l'ensemble des causes naturelles qui ont amené la

<1) Loe. du

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