LE DÉLUGE DE NOK
grande inondation, ses effets, son mode de déveloi* peinent, sa décroissance et sa fin .
En somme, le caractère éminemment providentiel du cataclysme diluvien étant hors de cause ainsi que le caractère véritablement miraculeux des circonstances qui l'ont précédé et suivi, — il n'y a rien de contraire à renseignement de l'Eglise, au respect dû aux Saintes Ecritures, et à une saine critique, d'admettre que cette vaste inondation a été amenée par le jeu naturel des causes physiques .
Il est vrai que, suivant cette interprétation, la non-universalité géographique s'impose forcément. Il est de toute évidence qu'une inondation qui eût recouvert le globe terrestre tout entier d'une couche d'eau assez puissante pour s'élever plus haut que les 8840 jaètres d'altitude du sommet du Gaurisankar, ne saurait s'expliquer par des causes naturelles. Elle eût nécessité forcément une intervention miraculeuse du Créateur. Celle-ci suppose môme une telle multiplicité de miracles tant simultanés que successifs, que cette complication même constitue une très forte présomption contre un cataclysme d'une telle étendue, car alors les moyens employés eussent été hors de toute proportion avec le résultat a obtenir, ce qui est absolument contraire à l'économie divine : les moyens les plus simples par rapport au but à atteindre sont toujours ceux qu'elle préfère. C'est là une règle reconnue en herméneutique.
Essayons d'énumérer et d'exposer cette suite ininterrompue de miracles.
Assurément rien n'est impossible à Dieu ; et à ne m placer qu'au point de vue de la lettre seule
des textes de la Genèse, — sans chercher à éclairer ces textes par d'autres textes pouvant s'y rapporter ou à les accorder avec les connaissances que nous possédons aujourd'hui et depuis peu dans les différentes branches des sciences naturelles, — il faut admettre que l'inondation diluvienne a recouvert le globe tout entier, et jusqu'à une altitude assez élevée pour engloutir les plus hautes cimes des Cordillères, des Andes, de l'Himalaya. La conséquence rigoureuse d'une telle interprétation, c'est, à l'exception tout au plus des animaux aquatiques — et encore? — la destruction de toutes les bêtes non embarquées dans l'arche : les espèces étaient d'ailleurs préservées, étant représentées chacune par plusieurs couples sauvés avec la famille de Noé, seule du genre humain échappé au cataclysme.
Ce sont là deux faits ou plutôt deux ordres de faits en opposition avec toutes les possibilités naturelles.
Le rassemblement, l'introduction et la conservation pendant un an, dans Parche,de toutes les espèces animales,représentées chacune par plusieurs couples, se heurtent à des objections irrésolubles autrement que dans un ordre constamment et indéfiniment miraculeux.
Il en est de même du déversement sur notre globe de la quantité d'eau nécessaire pour former autour de lui une couche liquide de près de 9.000 mètres d'épaisseur, nécessaire pour dépasser le sommet du Gaurisankar.
On arrive par un calcul très simple, étant donné
que le rayon moyen de la terrt, considérée comme sphérique est de 6.371 kilomètres (1), à constater que le volume de cette hydrosphère serait de quatre milliards et demi de kilomètres cubes, exactement 4.597.068.190 km. sauf déduction des reliefs du sol, ou bien le kilomètre cube comprenant un milliard de mètres cuDes, d'un nombre de ces unités représenté par le chiffre 4.597 suivi de 15 zéros ou 10 *5 (2).
Cependant si l'on décuple la quantité d'eau déversée par les pluies torrentielles les plus violentes qu'on ait jamais observées et mesurées et supposant une telle pluie tombant sans interruption pendant 40 fois 24 heures, on n'arrive pas à une couche d'eau de plus de 800 mètres. . . et il la faut de près de 9000 ! — Bien plus, cette pluie ininterrompue, capable de couvrir le globe d'une couche d'eau de 800 mètres, où s'alimenterait-elle? Toute l'eau vaporisée dans l'atmosphère jointe à celle qui proviendrait de la fonte des glaciers et des neiges perpétuelles n'en représenterait jamais qu'une infime partie.
Reste l'eau des mers .
Celles-ci recouvrent approximativement les trois quarts de la superficie du globe, et leur profondeur
(1) Cf. Annuaire du Bureau des longitudes de 1905, p. 260,
(2) La surface totale des continents et terres émergés est, en chiffres ronds, d après l'atlas de Schrader,de 131 millions de kilomètres carrés. D'après M. de Lapparent, l'altitude moyenne de ces terres, en supposant les reliefs et dépressions du sol ramenés a un niveau uniforme, serait de 600 mètres. On aurait donc, pour le volume du relief total moyen, 131.000.000 X 0,6 = 78.600.000 k 3. lesquels retranchés du volume précédent, donneraient une différence de 4 milliards 519 millions de kilomètres cubes, chiffre for J respectable encore.