CHAPITRE II
I.' HYPOTHÈSE DU DÉPLACEMENT DE l'axE DU GLOBE EST COXFIRMéE PAU LA TRADITION DU PARADIS ET LES TRADITIONS d'uN CHAN- GEMENT DE CLIMAT.
lia situation du paradis ou de la demeure primitive de nos premiers parents est un problème qui a donné ample matière à des recherches souvent savantes et ingénieuses , mais plus souvent futiles. Ce sont surtout les théologiens •qui, tout naturellement, se sont jetés avec prédilection et presque avec fureur sur ce sujet , quoique en général ils aient envisagé la question sous un point de vue entièrement faux. Comme il s'est écoulé mille à deux mille ans depuis le séjour des premiers hommes dans le paradis jusqu'à l'invention de Tart d'écrire, et comme ainsi l'explication de ce problème doit être basée essentiellement sur d'anciennes traditions, on conçoit que vraisemblablement on ne parviendra jamais à le résoudre avec certitude. Peut-être un jour, quand la constitution naturelle de l'Asie sera exactement connue, la géologie pourra- t-elle résoudre avec quelque probabilité ce problème d'une manière négative: nous voulons dire qu'en fixant d'une manière conséquente et exacte l'âge relatif des couches de la terre et des soulèvements des montagnes, et en comparant les résultats obtenus par là avec les traditions historiques, elle sera en état d'indiquer les pays élevés où n'a pu être situé le paradis; mais il n'est guère probable qu'elle puisse jamais exactement indiquer l'endroit où il se trouvait. Il me parait cependant vraisemblable que le premier séjour du
f{onrp liumain (mais non pas do la race caucasienne, conimo on le prétend ordinairement) ait été les plus hautes monta<]nes de TAsie, PHimmalaya ou THindokosch (le Caucase indien) , appelé anciennement Tlmaûs , montagnes où les mythes des Indiens, des Chinois et une partie de ceux des Perses placent la première demeure des dieux; la mythologie Scandinave, dont mon savant compatriote, Finn- Magnussen, a prouvé Forigine orientale, a conservé aussi un souvenir confus de ce genre dans le fabuleux Vmer ^ Il semble, en effet, s'il faut en juger d'après de fortes preuves historiques et géologiques, que ce soit de ces montagnes que la plus ancienne race humaine s'est répandue sur la terre. Tne autre raison nous force, pour ainsi dire, à placer ici la première demeure du genre humain. Bien que la température de l'Asie méridionale soit en général douce et chaude, les vallées adjacentes sont cependant les seules contrées qui, sous des rapports plus heureux qu'à présent, ont pu offrir les conditions nécessaires à l'existence de l'homme nouvellement créé, lequel était encore sans défense et sans ressources. Mais c'est en vain que
' Los Chinois ne sunt pas les seuls à prétendre qae la Chine est le pays central du globe et à faire sourire par là les Européens , qui en connaisMot mieux la configuration actuelle ; les Indiens, de même, croyaient que la montagne de leurs dieux était située au centre du monde. \os ancêtres Scandinaves, qui sont venus de l'Asie, avaient ansti une idée semblable , puisqu'ils plaçaient la demeure de leurs dieux , Asgaard , an miliru du monde , c'est-à-dire an centre de la surface de la terre d'alors. Il est asses remarquable qu'une telle idée n'est pas sans fondement , puisqu'il faut admettre, comme je crois l'avoir démontré , que l'Kurupe , l'Asie et l'Amérique , unies vers le pôle nord . formaient avant le déluge un seul continent , et que la Xonvelle-Hollande a été unie à l'Asie ; ainsi les plus baulps montagnes de l'Asie se trouvaient placées à peu près au centre de la surface de la terre, telle qu'elle était en ces temps. Voilà encore un trait qui semble caractériser les Chinois d'une manière très-remarquable , les Chinois , civilisés de bonne heure et qui , selon toute apparence , ont déjà formé un état depuis \ei temps les plus reculés. Probablement, comme je le montrerai plus tard, ce peuple aura survécu au déluge: ils avaient auparavant des notions asses claires sur les rapports géographiques du globe; mais après le déluge, qui transforma le grand continent, les Chinois , grâce à leur état d'isolement pendant des milliers d'années , grâce à leur attachement obstiné à leurs anciennes opinions , auront été hors d'état de reconnaître que la Chine n'est plus au centre de ce qu'on nomme ordinairement le monde.