CHAPITRE I
mieux la conservation de la race malaise, qui a pu se sauver dans les îles de Bornéo et autres gandes îles de la Sonde, si la demeure primitive de cette race a été au sudest de TAsie, où elle se trouve encore en partie, et si on se la représente chassée après le déluge par les races caucasienne et mogole qui, depuis cette catastrophe, se répandirent de plus en plus. Afin de mieux comprendre comment il a été possible que ces différentes races aient été conservées, il faut, en contemplant les pays liabités par elles, se rappeler que le point où se croisent Téquateur actuel et Tancien dut rester entièrement invariable sous le déplacement de Taxe, et que, sans presque changer de climat, ces contrées se sont tournées très-lentement d'nn quart de cercle de leur situation précédente à leur situation actuelle.
Il en est de même sans doute de V Afrique, qui cependant, à cause de sa situation, a du éprouver des révolutions beaucoup plus violentes que TAsie. Il semble du moins que, par suite de cette catastrophe, la plus grande partie du désert de Sahara se soit élevée au-dessus de la mer; de même faut-il admettre que c'est surtout sous Téquatcur actuel que les soulèvements les plus violents ont eu lieu dans TAfrique occidentale ; ils y auront donné naissance aux grandes chaînes de montagnes qui traversent l'Afrique centrale de l'occident à l'orient. De toutes parts l'Afrique était exposée aux ravages de l'inondation ; mais on se convaincra cependant, en considérant un globe terrestre, que non-seulement la Haute-Egypte, la Nubie et l'Abyssinic, dont le niveau s'éleva lentement durant le déluge et qui furent à l'abri du courant principal, mais même une grande partie de l'Afrique centrale , ont pu échapper et offrir un refuge suffisant à la race éthiopienne.
11 est possible de même que la race américaine ait pu se sauver sur les plateaux du Mexique et du Pérou , d'où
ÎM LE DELUGE.
elle semble tirer sou origine, et cette hypothèse est confîrméo par les traditions de cette race.
Mais, objpctera-t-on peut-être, les hommes ont dû sentir que le globe changeait de rotation, et il a du se conserver des traditions sur ce point particulier. Oui, répondrai-je à r avance, et la suite de Touvrage rendra évidente celte observation; oui, si les résultats immédiats de la catastrophe du déplacement de Taxe n'avaient pas duré, même aux endroits où ils ont été le moins perceptibles , à peu près une année ; on peut donc déduire de là que le déplacement de Taxe a eu lieu avec une telle lenteur, que même les parties de la surface du globe mues avec le plus de vitesse par cette révolution, par exemple, le point y mentionné plus haut, n'eurent qu'une augmentation de vitesse moyenne de quelques lieues par jour. Il ne faut pas oublier non plus que cette vitesse accélérée n'est pas venue tout d'un coup, mais qu'elle a du s'accroître imperceptiblement. Par suite de la grande force attractive de la terre , on ne s'aperçoit pas qu'on fait sous l'équateur 5,400 lieues dans l'univers pendant les vingt-quatre heures. On concevra ainsi facilement que, lors du déplacement d'axe, les hommes d'alors qui croyaient que la terre restait immobile, et qui d'ailleurs devaient diriger toute leur attention sur les terribles événements de la nature occasionnés par le déplacement de l'axe , Ti aient pu s^ apercevoir que la terre elle^nême changeait de rotation; mais ceux qui ont survécu à cette catastrophe ont dû croire que le soleil , la lune et les étoiles avaient changé de place dans le ciel. Nous verrons plus tard que telle fut en effet leur opinion.