CHAPITRE IV. 2i:j
LA TRADITIOX IXDIFAXK \
Ce fut après que le démon Haiagriva eut volé les Védns, gardés par le dieu Brahma, pendant que celui-ci était allé se reposer à la fin du sixième âge du monde dans la dixième incarnation de Dieu (Manwantara), que tout le genre humain fut exterminé, à Texceplion des septRiscbies et de Satyawrata, qui régnait alors à Dravlra, contrée située près de la mer, au midi de Carnate. Pendant qu^un jour, conformément à la loi, ce prince faisait ses ablu tions dans le fleuve Critamala, Wischnu lui apparut sous la forme d'un petit poisson, qui, en passant d'une eau dans une autre, devenait de plus en plus grand, jusqu'à ce que Satyawrata fmit par le transporter dans FOcéan. Ici Wischnu parla à son adorateur étonné, en ces termes : u Au bout de sept jours toutes les créatures qui m'ont injurié seront exterminées par une inondation, mais tu seras sauvé dans un grand navire merveilleusement bâti. Prends donc toutes sortes d'herbes utiles et de grains mangeables pour ta nourriture, et de toutes les bétes une paire, puis embarque-toi avec les sept Rischies, ta femme et leurs femmes. Embarque-toi sans crainte et tu verras Dieu face à face, et il répondra à toutes les questions. » Après avoir parlé ainsi, il disparut. Au bout de sept jours l'Océan déborda et la terre fut submergée par des pluies continuelles ; alors Satyawrata, qui réfléchissait sur la divinité , vit un grand navire flotter sur les eaux. Il y entra et observa exactement les ordres de Wischnu, qui, ayant pris la forme d'un poisson énorme, attacha le navire à son immense corne par le moyen d'une grande hydre, qui servit en guise de câble. Après l'inondation, Wischnu tua le démon et reprit les Védas, instruisit Satyawrata des sciences di-
« \lork» of IVUl. Jonfs. Tomo I , p 287.
vines, ci V éleva au rang du septième Menu sous le nom de W'niinsivata.
Le fils de Deucalîon fut IVométhée. Il régna sur la Pythie et épousa Pyrrha, fille d'Kpiroèthe et de Pandore, première femme que formèrent les dieux. Comme Zeus voulait mejllre fin au troisième ûge (l'âge de cuivre), Deucalîon l)i\til une caisse, y fit porter le nécessaire et s'y rendit luimême avec Pyrrlia. Zeus répandit donc beaucoup de pluie du ciel et submergea la plus grande partie de THellade, de sorte que tous les hommes périrent, à V exception d*nn petit nombre qui se sauvèrent sur les plus hautes monta- (jnes. Alors les montagnes de la Thessalie se fendirent, et toute la contrée au delà de Tlsthme et du Péloponèse fut inondée. Mais Deucalîon vogua dans sa caisse sur la mer pendant neuf jours et autant de nuits, jusqu'à ce qu'il vînt au Parnasse. Quand les eaux eurent baissé il sortit de la caisse, et fit des offrandes à Zeus Phyxios (le sauveur). Zeus lui envoya Hermès pour lui ordonner de demander ce qu'il désirait, cl il désira que les hommes fussent créés de nouveau. Zeus lui dit de ramasser des pierres et de les jeter derrière lui. Les pierres que jeta Deucalîon devinrent des hommes, celles de Pyrrha des femmes. C'est pourquoi les peuples sont nommés métaphoriquement Xaoi, deXàa^) une pierre.
Il n'y a, comme nous le voyons, que la relation mosaïque qui contienne une exposition exacte et détaillée du déluge,
' Quoique j'admette avec Rask que le d^uge de Deucalîon a été de beaocoap postériear aa déloge de la Bible , Je croig néanmoins devoir citer ici ce mythe, parce qoe fea croit les détails empruntés à one tradition plot ancienne, et qn'U rapporte nn traH asiei remarquable , savoir que Deacalion ne fut sur la mer que pendant neuf joars et nenf nuits. La trndition se trouve dnns ApoUoâori ïïihliotheea, lib. I , chap. VU.
CHAPITBK IV. 215
ri elle en est d'autant plus intêressanti-. Ou ne prut pai^, il il est vrai , décider arec certitude si \'oê a préru cette catastrophe ou non, et s* il a par cette raison iiâti un narire d'une construction particulière. Hais il est très-probable que les révolutions de la nature qui doivent avoir précédé le déluge, et dont Ténergie doit avoir été en croissant, loi auront présagé un grand danger immineiiL 11 aura par conséquent pu trouver le temps , surtout comme les eaux croissaient très-lentement, de ponnoir à sa sûreté et à celle de sa famille. Mais ceux qui survécurent an déluge et sur les relations desquels est basée la description de Tinondaiion générale, n'ont pu indiquer exactement, ni s'il s* est passé sept jours, comme le dit la Bible, avant que rinondation atteignit la demeure de'X'oé; ni si la pluie continuelle a duré quarante jours et quarante nuits (F Ancien Testament se sert souvent du nombre quarante comme d^un nombre indéterminé); ni si les eaux sont restées sur la terre pendant une année. Leur expérience a dû nécessairement se borner à une partie relativement fort petite de la surfate du globe, et comme la violence des terribles révolutions qui seront mentionnées dans la suite de cet ouvrage devait réclamer l'attention tout entière des hommes, nous comprendrons facilement comment ces indications numériques, dont la précision prouve qu'elles ne sont pas inventées, peuvent être inexactes, quoique ayant été données de bonne foi.
Chose pourtant remarquable! la direction principale du déluge indiquée par la Bible est celle qu'il a dû suivre dans r Asie-Mineure, par suite du fait que nous adoptons, du déplacement d'axe. Celle catastrophe a dû, en effet, comme l'indique clairement la Bible, faire monter lentement les eaux et leur faire couvrir enfin les plus hautes sommités de ces contrécs-là. Plus tard, lorsque la force qui avait fait déplacer Taxe du globe eut cessé d'agir, les eaux durent se retirer de plus en plus rfc dessus la V^vve,
iUS LE DKLIGK.
vi aller en diminuant de plus en plus de la uiôine nianièiT lente qu'elles avaient mise à croître : de sorte que d'abord ont apparu les sommets des montagnes et puis les contrées plus basses, dont le niveau avait été soulevé pailiellement parla force centrifuge, jusqu'à ce qu'enCn la terre fût sèche. Ce n'est donc point une hypothèse trop hardie d'avancer qu'il ny a qu'un déplficement d'axe qui ait pu faire monter et baisser les eaux de l'Océan avec la régularité qu'indique la Genèse; que, par conséquent, un déplacement d'axe, qui a eu lieu depuis que le genre humain habite la terre, est prouvé, du moins indirectement, par la Genèse même.
Je ne disconviens pas qu'il semble impossible que Noé et toute sa famille aient pu rester pendant une année entière dans l'arche; mais en revanche, à mon avis, on peut expliquer cette autre circonstance que l'arche fut poussée dans une direction du sud-est au nord-ouest de Babylone, jusqu'au mont Ararat; car il est vraisemblable que la puissance réunie du second et du troisième courant principal du déluge (voir ci-dessus), après avoir creusé le golfe Persique, aura poussé l'arche vers le mont Ararat. L'arc-enciel, enfin, mentionné après le déluge (Gen.^ V, 13-17), est un phénomène facile k expliquer après une période phivieuse et agitée : il semble, de concert avec les autres circonstances que je viens de mentionner, confirmer d'une manière incontestable, que la narration mosaïque du dchi«{e est, dans ses points essentiels, conforme aux lois de la nature et à la vérité.
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