‹ Le déluge;Chapitre 137 sur 187 · CHAPITRE VIII. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. m

Pour nous, le Nfl, auquel nous devons notre conservation dans bien d*autres circonstances, nous sauve encore et nous préserve dans ce désastre. Et lorsque les dieux purifient la terre en là submergeant, si les bouviers et les pfl* très ne périssent pas sur les montagnes, du moins les habitants de vos villes sont entraînés dans la mer par le courant des fleuves. Mais dans ce pays-ci, ni alors, ni à aucune époque, les eaux ne se précipitent jamais d'en haut sur les campagnes; au contraire, la nature a voulu qu'elles nous vinssent des profondeurs de la terre. Voilà comment et par quelles causes on dit que, dans notre pays, les traditions les plus anciennes se sont conservées. Et, en effet, dans tous les pays où ni des pluies excessives, ni des chaleurs extrêmes ne chassent les habitants , la race humaine peut augmenter ou diminuer de nombre, mais elle ne disparaît jamais entièrement. Aussi, tout ce qui s'est fait de beau, ou de grand, ou de remarquable sous un rapport quelconque, soit dans votre pays, soit dans le nôtre, soit dans un autre lieu connu de nous par la renommée, tout cela est ici écrit dès longtemps et conservé dans nos temples. Mais chez vous et chez les autres peuples , l'usage des lettres et de tout ce qui est nécessaire à un Etat policé ne date jamais que d'une époque récente, et bientôt, à certains intervalles, viennent fondre sur vous, comme une peste meurtrière, des torrents qui se précipitent du ciel et ne laissent subsister que des hommes étrangers aux lettres et aux muses: de sorte que vous recommencez, pour ainsi dire, votre enfance, ne connaissant aucun événement de notre pays, ou du vôtre, qui remonte aux anciens temps. Ainsi Solon, tous ces détails généalogiques que tu nous as donnés sur ta pattrie, sont bien près de ressembler à des contes d'enfant. Car, d'abord, vous ne parlez que d'un déluge, tandis qu'il y en a eu bien d'autres auparavant ; ensuite, vous ne savez pas que dans votre pays a existé la race d'hommes la plus excellente et la plus parfaite ^ dont tu

2VK LE DKLL'GE.

descends toi et toute ta nation, après qu'elle eut péri à Texception d'un petit nombre; mais vous Tignorez, parce que les premiers descendants moururent sans rien transmettre par les lettres pendant plusieurs générations. Car autrefois, Solon, avant cette grande destruction par les eaux, cette même république d'Athènes qui existe maintenant excellait dans la guerre et se distinguait en tout par la sagesse de ses lois, et c'est elle, dit-on, qui a fait les plus belles actions, et qui a eu les institutions les plus belles dont nous ayons jamais entendu parler sous les cieux *. »

Solon disait qu'à ce discours il fut émerveillé; que, plein d'une grande curiosité, il pria les prêtres de lui exposer exactement et en détail tout ce qui avait rapport aux anciens habitants de sa patrie, et que le prêtre lui répondit : tt Très-volontiers, Solon, je te le dirai par affection pour toi et pour ta patrie, mais surtout en considération de la déesse & laquelle appartiennent votre cité et la nôtre, et qui a veillé à leur entretien, & leur éducation. Elle a commencé par la vôtre, empruntant à la terre et à Vulcain la semence dont elle vous a formés, et mille mis plus tard elle a fondé la nôtre ; et ce gouvernement établi parmi nous date, d'après nos livres sacrés, de huit mille am-. Je vais

> On ne peat goère douter qo'Albènes , telle qu'elle est dépeinte ici , aartoat dans la République, ne doive être regardée comme un Ktat idéal, mais on n'a pas le droit de rejeter l'aulhentiGité de la tradition en général et moins encore de considérer le récit de Platon , malgré les paroles expresses de celui-ci , comme une fiction. On verra plus has qu'il Y a quelque probabilité historique , qu'un peuple belliqueux qui , suivant la tradition , s'ebt opposé aux invasions des Atlantes , ait existé aux mûmes lieux où plus tard a été bâtie la ville d'Athènes. Celte hypothèse semble confirmée , non-seulement par le mytbe que je viens de rapporter du combat des Titans (on des Aflantes) et des diru\ (on des Klohim) , dans lequel les géants étaient du parti de ces derniers , mais aussi par la relation remarquable de Varron {de Re rustica . lib. III , cap. i), selon laquelle Thèbes fut fondée avant l'inondation d'Ogygès. Les Athéniens, d'ailleurs, cela est encore k noter ; les Athéniens prétendaient que leur Ktat était le plus ancien des États de la Grèce , et qu'ils descendaient des héros de l'antiquité , prétentions que les autres CSrecs semblaient tacitement reconnaître.

2 On comprendra facilement qu'il est impossible de déterminer avec certitude ii quoi

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donc te parler de tes concitoyens qui vivaient il y a neuf mille ans, et te faire connaître en peu de mots leurs institutions et le plus glorieux de leurs exploits. Quant aux détails précis, une autre fois, à notre loisir, nous en parcourrons toute la suite, tenant en main les livres mêmes. Compare donc ces lois à celles de ce pays, et tu verras que beaucoup des anciennes lois d'Athènes se retrouvent ici maintenant. Et d'abord, les prêtres forment une classe séparée de toutes les autres. De même la classe des artisans^ dont chaque branche exerce sa profession à part sans se mêler aux autres, ainsi celle des pasteurs, celle des chasseurs, celle des cultivateurs. La caste guerrière est également ici, comme tu Tas peut-être entendu dire, entièrement séparée des autres, et ses membres doivent, d'après les lois^ ne s'occuper que des soins de la guerre. Il en est pareillement ainsi de leur manière de s'armer avec des boucliers et des lances : nous nous en sommes servis avant tous les autres peuples de l'Asie , parce que nous les tenions de la déesse, de même que, dans vos contrées, vous êtes les premiers à qui elle en ait montré l'usage. Et quant à l'intelligence, vous voyez sans doute quelle attention y donnent nos lois dès le principe, arrivant par la découverte de tout ce qui concerne l'ordre du monde à l'art delà divination et de la médecine dans l'intérêt de la santé, tirant ainsi parti de ces connaissances divines pour l'usage des hommes et embrassant toutes les sciences qui tiennent k celles-là. Ainsi, autrefois, tout cet ordre si bien réglé a été établi chez vous, avant de l'être ici, par la déesse qui a fondé et organisé votre Etat, et qui a choisi le pays où vous êtes nés, parce qu'elle jugeait, d'après l'heureuse température des saisons, qu'il produirait des hommes de

il faut réduire ces années ; mai* pd admeilaot (eonformémeiii a l'opinion de Raski que les Kgypliens , depuis le déluge jusqu'au lemps où Solon visila Sais , aient donné une durée différente à leurs années el qu'ils leur aient en général donné une durée de trois mois, on Iroutpra pent-i-lre que Ipb durée» ici indiquées sont entièrement justes.

la plus grande sagesse. En effet, comme elle est one déesse belliqueuse et sage, c'est le pays où devaient naître les hommes les plus semblables à elle, qo'elle a dû choisir le premier pour y fonder un État. Vous viviez donc sous Vempire de telles lois, avec des institutions meillearesquejene puis vous le dire , et vous surpassiez tous les hommes dans tous les genres de mérite, comme derait le faire un peuple engendré et instruit par les dieux. Aussi de grands et de nombreux exploits de voire république, écrits dans nos livres, excitent notre admiration ; mais il y en a un surtout qui est en Ire tous les autres le plus grand et le plus beau. Nos livres disent que votre république mit fm aux dévastations d'une puissance formidable, qui s'avançait pour envahira la fois toute T Europe et F Asie, sortant d'une contrée lointaine, du milieu de la mer Atlantique. Alors, en effet, on pouvait traverser cette mer; car il s'y trouvait une ile devant cette ouverture que vous nommez dans votre langue les Colonnes d'Hercule, et cette île était plus grande que la Lybie et l'Asie ensemble^ : de sorte que, de ses bords, les navigateurs d'alors passaient aux autres iles; et, de ces dernières, surtout le continent situé en face et qui entoure cette mer vraiment digne de ce nom. Car pour la mer située en deçà de ce détroit dont nous parlions, elle ne semble être vraiment qu'un petit port dont l'entrée est bien étroite; mais pour l'autre, c'est là une mer véritable, et c'est à la terre qui l'entoure de toutes parts que l'on peut vraiment donner avec une justesse parfaite le nom de continent. Dans cette île Atlantide s'était formée une grande et étonnante puissance de rois dominant sur l'île entière, sur beaucoup d'autres îles et de portions du continent. En outre, dans nos contrées en deçà du détroit, ils dominaient

* Comme les anciens en général n'entendaient par la I^ybie qae l'Afriqae septantrionalp habitable , de même que par l'Asie ils n'entendaient en général qae l'Asie-Minenre, il n'est nnllement nécessaire de supposer qae l'Atlantide ait en la M^me grandear qne l'F.nrope d'anjonrd'hui.

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sur la Lybie jus<{ue vers TÉgypte, e( sur T Europe jusqu'à laTyrrhcnie^ Ëb bien! celle puissance, réunissant toutes ses forces, vint fondre sur votre pays, sur le nôtre, sur tous ceux qui sont en deçà du détroit, pour les asservir tous ensemble. Alors, ô Solon! se montra la puissance de votre république, qui s'illustra aux yeux du genre humain par sa valeur et son énergie. Car, surpassant ious les peuples par son courage et son habileté dans tous les arts qui tiennent & là guerre, d'abord à ia tétc des Grecs, ensuite réduite & ses propres forces par la défection de tous ses alliés, exposée aux plus grands dangers, elle triompha pourtant de tous ses ennemis et érigea des trophées , préserva du joug ceux qui n'y étaient pas encore assujettis, et quant aux autres peuples situés comme nous en deçà des Colonnes d'Hercule, tous, sans exception, elle les délivra. Mais plus tard des tremblements de terre extraordinaires et des inondations étant survenus, en un seul jour et une

I Si lâooi Gomparont cette description dn firontière* de l'Atlantide avec lei région • oà ont été trouvés les restes d'hommes fossiles qni seront mentionnés plos tard , pt ki nons noQS rappelons qa'i one époque non éloignée de nous la Grande-Bretagne et l'Ir- Undc , selon toute apparmce , ont été réunies et se sont étendues beaucoup plus loin do côté de l'ooest qu'elles ne le font actuellement (ce que le groupe Wealdien, sédiment d'un très-grand fleuve venant do nord-ouest, semble indiquer) , tandis que du côté de l'est CM contrées ont été unies à la France , nous reconnattrous que ce n'est pas sans fondement qu'on peut supposer que l'État atlantique a compris la Grande-Bretagne , l'Irlande et les îles environnantes , ainsi que tonte l'Kurope do nord et du nord-ouest (la Scandinavie , les Pays-Bas , la Belgique , la France , une partie de l'Allemagne cl la Suisse). Conjointement avec la partie septentiionale de la plaine orientile de l'Enrope, ces contrées semblent avoir formé one énorme péninsule , liée probablement à l'Asie du côté du nord et du nord-est; mais séparée de la péninsule actuelle au delà des Pyrénées par la Méditerranée , qni alors peut-être , comme le suppose M. Forcbhammer , uuih couvert le midi de la France et , par cette voie , aura été unie à la mer Atlantique. Supposons encore que c'est seulement depuis le déplacement d'axe qu'une grande partie de l'Europe moyenne, mais surtout de l'Hurope méridionale, forme, avec le reste de l'Ku' rope, un grand continent et qu'avant cette révolution ces terres ne formaient que des îles (les îles Heureuses?), et l'on sera, si je ne me trompe, autorisé à entendre par u les autres îles » en partie les îles actuelles de la Méditerranée et en partie celles qui ont disparu. Quelque incertaine que soit la description de Platon quant à la situation de l'As lantide, il me paraît cependant que ce pays ne peut être l'Amérique, comme l'ont prétendu quelques auteurs du siècle passé , quoiqu'on ne puisse nier que la description de Platon ne s'applique jusqu'à un certain point a celle partie du monde»

r>2 LK DKLIGK.

xeuU nuit (le désastre, chez vous la terre engloutit tms les hommes en état de porter les armes, qui se trouvaient t-éiinis, et l*ile Atlantide s enfonça sous les eattx et disparut^ : d'où vient que maintenant encore on ne peut parcourir cette mer et la connaître, parce que la ttavigation est empêchée par la vase très-f)rofonde qii€ file a formée en s'abimant''

œXTlXLATIOX.

(Critids de Platon, p. JU9, B. )

Mn eflet , les dieux se partagèrent autrefois toute la terre , et dans ce partage ils se réglèrent sur les diverses contrées, et non sur leurs prétentions ; car il ne serait pas juste de penser que les dieux ignorassent ce qui convenait à chacun d'eux, et que, le sachant, ils cherchassent à se disputer et à s'enlever leur part les uns aux autres. C'est donc la justice qui présida à ce partage et leur fil obtenir la contrée qui leur était agréable; ils s'y établirent et, en s'y établissant, ils élevèrent les animaux qui leur appartenaient, comme les bergers élèvent leurs trou-

' lia circonstance citée ici que la plas terrible partie de la catastrophe dora un jour el une nuit montre , comme je l'ai déjà fait remarquer, que cette explication do mjthe de Pbaéton peut aussi s'appliquer à celle du combat des dieux et des Titans, el que ce dernier mythe n'est qu'un récit poétiqoe de la guerre ici mentionnée et de la chute de l'Atlantide.

' délie description de la mer Atlantique aura Kans doute été applicable i la plaine orientale de l'Europe, peu de temps après le déplacement d'axe , lorsqu'elle était reconvcite par les eaux. Comme plus fard cette plaine se sera peu à peu desséchée, el que du temps de Platon elle aura été à peu prés sèche, le manque d'une connaissance plus exac'e dos événements de l'antiquité aura probablement porté les Grecs à placer cette mer , qui a\ail disparu de la sorte, an delii des Colonnes d'Hercule.

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