CHAPITRE IX
d'un côté, et de Tautre jusqu'aux monts Cithéron et Paiw nàtbe; puis elles descendaient, ayant à droite Oropie, et laissant à gauche, vers la mer, le fleuve Asopus. On ajoute que la fertilité du sol était tellement supérieure à celle de toute autre terre, qu'il pouvait nourrir une nombreuse armée composée de gens du voisinage qui veillaient autour de cette contrée. Mais une grande preuve de sa fécondité, c'estque, dans son état actuel, parle nombre et la qualité de ses productions de toute espèce, par T abondance de ses pâturages, elle peut soutenir la comparaison avec une terre quelconque. Telle était alors , outre sa beauté , la richesse de notre pays : mais comment le croire, et comment ce qui en reste pourrait^it être comparé justement à ce qui existait? Toute TAttique se détache du reste du continent, et s'avance au loin dans la mer comme un promontoire, et la mer qui l'entoure est profonde dans toute son étendue. Ainsi , dans les vastes et nombreuses inondations qui survinrent pendant ces neuf mille ans^ (car tel est le nonibre d'années écoulées depuis ce temps*là jusqu'à présent), la terre qui, dans ces jours de bouleversements, était entraînée avec les eaux du haut des montagnes ne formait point, comme en d'autres lieux, des atterrissements considérables, mais elle se répandait toujours autour du rivage et disparaissait dans les profondeurs de la mer. Aussi notre pays a éprouvé ce qui arrive aux petites îles ; si on le compare, dans son état actuel, à ce qu'il était autrefois, on le trouvera semblable à un corps malade qui n'a conservé que les os ; et, tout ce qu'il renfermait de terre molle et grasse ayant coulé autour du rivage, il ne présente plus que l'apparence d'un corps décharné. Mais, lorsqu'il était dans son intégrité, ses montagnes étaient des collines élevées ; les plaines que nous appelons maintenant les champs de Phelléo avaient
* Aiuti eit confirmée celte circonstance dont plusieun autres traditions fuut ineutiuQ : que , même après le déloge , la Grèce a été affligée par pliisienrs inondations et révolu- Mous de U lialart; U saite If rendr» plus évident,
SM LE DéLCGE. j
une ferre abondante et fertile, et les monts étaient couverts de forêts dont il reste encore des témoignages visibles ; car il n*y a pas bien longtemps que, sur celles de ces montagnes qui ne servent plus qu'à nourrir des abeilles, on a coopé des arbres pour couvrir de grandes maisons dont les toitures subsistent encore. Il y avait beaucoup d^autres arbres cultivés et de nombreux pâturages pour les troupeaux. I^ pluie que Jupiter répandait chaque année ne se perdait pas, comme aujourd'hui, en coulant à travers une terre rare dans la mer; mais, comme la terre était abondante, elle buvait la pluie, ou, recevant sur ses couches d'argile Tcau qui était descendue des hauteurs, elle la conservait dans les cavités, et produisait en tous lieux une grande quantité de sources et de fleuves dont les monuments sacrés, subsistant encore près de leurs lits desséchés^ attestent la vérité de ce récit. Telles étaient nos campagnes par les bienfaits de la nature, et elles étaient cultivées, comme il est vraisemblable , par de vrais laboureurs occupés de leurs travaux, amis de T honnête et heureusement nés, possédant une terre excellente, de Teau en grande abondance, et jouissant du climat le plus tempéré.
Quant à la ville, voici comment elle était alors disposée : d'abord l'Acropolis n'était point ce qu'elle est aujourd'hui ; car une seule nuit extrêmement pluvieuse détrempa la terre qui la couvrait, et l'en priva presque entièrement dans le même temps qu'eurent lieu les tremblements de terre et la terrible inondation qui est la troisième avant le désastre de Deu^alion, Auparavant, à une autre époque, l'Acropolis s'étendait vers l'Éridan et l'ilissus, comprenait le Pnyx et avait pour limite le mont Lycabette, situé derrière le Pnyx. Elle était tout entière couverte de terre, et, à l'exception de quelques endroits, son sommet présentait une plate- forme. A l'extérieur, 2>ur ses flancs, étaient établis les artisans et les laboureurs qui cultivaient leurs champs dans le voisinage ; sur le sommet, autour du temple