CHAPITRE IX
de Minerve et de Vulcain, résidait à part la classe des guerriers, et leur enceinte était entourée d'une clôture comme le jardin d'une seule famille. Vers le nord , ils avaient construit des maisons qu'ils habitaient en commun et des salles où, pendant l'hiver, ils prenaient ensemble leurs repas; et ils possédaient tout ce qu'il faut dans la vie commune pour le service des maisons et des temples, excepté l'or et l'argent, car ils n'en faisaient point usage ; mais, cherchant un juste milieu entre le luxe et l'indigence, ils s'étaient construit des demeures décentes dans lesquelles ils vieillissaient , eux et les enfants de leurs enfants, et qu'ils transmettaient toujours, telles qu'ils les avaient reçues, à des fils semblables à eux-mêmes. Vers le midi , ils avaient des jardins, des gymnases et des salles à manger comme il en faut pour l'été, et ils s'en servaient pendant cette saison. A la place qu'occupe maintenant la citadelle, il y avait une source qui, en disparaissant dans les tremblements de terre, n'a laissé alentour que de faibles ruisseaux, et qui fournissait alors à tous les habitants une eau abondante et salutaire pendant l'hiver et pendant l'été. Tels étaient le séjour et la manière de vivre des guerriers, défenseurs de leurs concitoyens et chefs reconnus des autres Grecs, tâchant, autant que possible, d'aroir toujours à leur disposition le même nombre d'hommes et de femmes en état de porter déjà les armes et de les porter encore, et ils étaient au plus vingt mille.
Voilà donc quels étaient ces hommes et la manière dont ils gouvernaient, avec une justice persévérante, leur cité et celles de la Grèce ; la beauté de leur corps et les vertus de toute espèce qui ornaient leurs âmes les avaient rendus illustres dans l'Europe et dans l'Asie entière, où. leur gloire éclipsait celle des autres hommes. Quant à leurs ennemis, je dois maintenant vous les faire connaître comme à des amis et vous peindre leur situation dès les premiers temps,
2JV8 LE DÉLUGE..
si je n*ai pas perdu le touvenir de ce qae j*ai entendu ra* conler dans mon enfance.
Mais avant de commencer mon récit, je vous dois an petit avertissement , c'est de ne pas trouver étrange que je donne souvent des noms grecs à des barbares : en voici la raison. lorsque Solon songea à faire de ce récit un de xes poèmes S il s'enquit de la valeur des noms ; et, trouvant que les Égyptiens, qui les avaient écrits les premiers, ne s'étaient point fait scrupule de les traduire dans leur idiome, il reprit à son tour la signification de chacun de ces noms et les écrivit en les transportant dans notre langue. Ces manuscrits de Solon se trouvaient chez mon grandpère^; ils sont maintenant chez moi, et je les ai étudiés avec soin dans mon enfance. Ne soyez donc point étonnés de m'entendre employer des noms grecs : vous en savex la raison. Voici quel étuit le commencement de cette longue histoire.
Je vous Tai dit précédemment : lorsque les dieux se partagèrent toute la terre par portions grandes ou petites, chacun d'eux fonda des temples et des sacrifices en son honneur. \eptune, h qui était échue l'Atlantide, établit les enfants qu'il eut d'une mortelle dans un endroit de l'ile que je vais vous décrire '. Près de la mer, et au milieu de l'ile, était située une plaine, qui passe pour avoir été la plus belle de toutes les plaines, et remarquable par sa fertilité. Près de cette plaine, à cinquante stades plus loin et toujours au milieu de l'île, il y avait une montagne peu
I On voit par là que les Bavanti de la Grèce, ce qui eat d'ailleors auffitammeni connu, se servaient ordinairement d'événements biatoriqoes en composant leors poèmes, par exemple l'Iliade , l'Odyssée , la Théogonie , etc. C'est à cette circonstance qae noas deions la connaissance de beaocoup de détails historiques qui, sans cela, auraient été tnétitablement perdus. Nous devons donc iieaucoup de reconnaissance aux Grecs , quoique certainement la licence poétique leur ait fait plus ou moins altérer les faits.
> Critias l'aîné.
3 Noos avons ici un récit analogue à celui de I» Genèse . VI . â : ■ Leêfili det duux (les KIohim), voyant que ]ea filles dei hommes (les Adamiles) élaient belles, en prirent pour lenrs femmfs de tontes celles qo'fls choisirent, «
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élevée. Là demeurait un de ces hommes premiers nés de la terre, qui s'appelait Événor et avait pour compagne Leucippe. Ils n'eurent pour enfant qu'une fille nommée Clito, qui était nubile lorsqu'elle perdit son père et sa mère. Neptune en devint épris et s'unit à elle; puis, voulant bien clore la colline qu'elle habitait, il la creuse alentour et forme des enceintes d'eau et de terre alternativement plus grandes et plus petites qui se repliaient les unes autour des autres ; il y en avait deux en terre et trois en eau et toutes étaient parfaitement circulaires, comme s'il les avait tracées au compas à partir du centre de l'île : de manière que la colline était inaccessible aux hommes ; car on ne connaissait alors ni les vaisseaux ni l'art de na-> viguer. Comme il était dieu , il n'eut pas de peine à embellir le milieu de l'île : il fit jaillir de la terre deux sources, l'une qui répandait une eau chaude, l'autre une eau froide, et il tira du sein de la terre une nourriture variée et su/Hsante.
Sa femme fut cinq fois enceinte et lui donna chaque fois deux enfants mâles; il les éleva et partagea l'île entière de l'Atlantide en dix portions : il donna à l'aîné des deux premiers jumeaux la demeure de sa mère et la terre vaste et fertile qui s'étendait alentour, et l'établit roi de ses frères, qu'il fit aussi souverains d'un grand nombre d'hommes et d'une grande étendue de pays. Il leur donna h tous des noms : l'aîné, qui fut le premier roi, s'appela Atlas, et c'est de lui que l'île entière et la mer ont tiré le nom d'Atlantique. Son frère jumeau, qui était né après lui, eut en partage l'extrémité de l'île voisine des Colonnes d'Hercule et de la terre qui s'appelle encore aujourd'hui Gadirique ^ , à cause de ce voisinage ; son nom en grec était Ëumèle, et en langue du pays Gadire ; et c'est ce nom qu'il donna à la contrée. Les enfants des secondes couches furent nommés l'un Amphère, l'autre Kvémon; ceux des
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troisièmes furent appelés, le premier Mnésée, le second Autochthone; ceux des quatrièmes, Élasippe et Mestor; dans les cinquièmes, le premier né reçut le nom d'Azaès et le second celui de Diaprépès. Tous ces fils de Neptune et leurs enfants demeurèrent dans ce pays pendant plusieurs générations, et régnèrent sur beaucoup d'autres lies situées dans la mer; et méme^ comme je Tai dit auparavant, ils étendirent leur empire en deçà du détroit jusqu'à l'Egypte et la Thyrrhénie. La postérité d'Atlas fut nombreuse et vénérée ; le plus âgé de la race devenait roi et laissait toujours le pouvoir au plus âgé de ses enfants, de manière qu'ils le conservèrent dans la famille pendant plusieurs générations. Us possédaient des richesses si considérables, qu'il est difficile que des dynasties royales en aient amassé ou en amassent jamais autant, et ils avaient dans la ville et dans le reste du pays tout ce qu'il était important de se procurer. En effet, beaucoup de choses leur venaient du dehors, à cause de l'étendue de leur empire ; mais la plupart de celles qui sont nécessaires à la vie leur étaient fournies par l'ile même : d'abord toutes les substances qu'on tire des mines, soit solides, soit fusibles, et le métal dont nous ne possédons aujourd'hui que le nom, mais qui était alors une espèce réelle, l'orichalque * , que l'on extrayait de la terre en plusieurs endroits de l'ile, et qu'après l'or on regardait comme le plus précieux des métaux. Ensuite tous les bois qui sont nécessaires à l'art du charpentier, l'île les produisait en abondance. Elle nourrissait aussi un grand nombre d'animaux sauvages et domestiques : l'espèce des éléphants y était très-nombreuse, car tous les autres animaux y trouvaient une pâture abondante, jet ceux qui vivent dans les marais, dans les lacs ou dans les fleuves, et ceux qui habitent les montagnes ou les plaines, et de même l'éléphant, quoi-
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