CHAPITRE IX
qu^ii soit DâtaFeliement très-grand et trës-vorace ' . En outre, tous les parfums que la terre produit aujourd'hui, racines, herbes, bois, sucs découlant des fleurs ou des fruits. File les produisait et les développait en abondance. De plus, elle donnait le fruit adouci par la culture, le fruit sec qui nous sert de nourriture , tous ceux que nous employons comme mets et dont nous désignons les espèces du nom de légumes ; celui qui est ligneux et fournit un breuvage, un aliment et deThuile; celui qui a une coque, qui est difficile à garder et sert aux jeux et aux amusements ; ceux que nous aimons au dessert pour réveiller Tappétit lorsque Festomac est rassasié : telles étaient les 4 productions belles, admirables et infinies en nombre que contenait cette île divine qui a existé un jour sous le soleil. Avec tous les matériaux que leur fournissait la terre, les rois construisirent des temples , des demeures royales, des ports , des chantiers , et firent tous les autres ouvrages dans Tordre que je vais vous dire.
Ils commencèrent par jeter des ponts sur les fossés qui entouraient Fancienne métropole, pour établir des communications entre le palais des rois et le reste du pays. Ils avaient élevé de bonne heure ce palais dans la demeure qu'avaient occupée le dieu et leurs ancêtres , et chacun en le recevant ajoutait à ses embellissements, et tâchait de surpasser son prédécesseur jusqu'à ce qu'ils en eussent fait une demeure qui frappât d'admiration par la grandeur et la beauté des travaux. Ils avaient d'abord creusé un canal, qui avait 3 arpents de largeur sur 33 mètres de profondeur et 9 kilom. 247 mètres de longueur; il partait de la mer et aboutissait à Fenceinte extérieure, et, pour qu'il pût recevoir comme un port les vaisseaux qui venaient de la mer, ils lui avaient fait une embouchure où pouvaient entrer les plus grands navires. Dans les enceintes de terre
I On a trouvé , comme je l'ai déjà remarqué , de nombreux retten d'éléphaoU dans le> carernei et dans les terrains dila viens de l'Earope.
sas -LE DELUGE.
qui séparaient les fossés, ils Orent encore, le long dès ponl% des tranchées assez larges pour le passage d'une seule gt« lère, et, pour qu'on pût y naviguer h couvert, Us les coih vrirent de toits élevés ; car les bords des enceintes de terre avaient une profondeur qui surpassait de beaucoup œttd de la mer. \a! plus grand des fossés, qui communiquait avec la mer, avait 554 mètres de largeur, et Fenceinte de terre qui venait ensuite en avait autant Des deux enœintai suivantes, celle d'eau avait 309 mètres de largeur, celle de terre lui était égale sous ce rapport, et enfin Fenceinte qui entourait Tile intérieure n'avait que 184 mètres. Cette ile, où se trouvait le palais des rois, avait un diamètre de 924 mètres. Ils environnèrent d'un mur de pierre File, les digues et les ponts, qui avaient 1 arpent de' largeur, et ils établirent des tours et des portes à l'entrée de ceux de ces ponts qui livraient un passage à la mer. Ils tirèrent les pierres du pourtour même de File intérieure, ainsi que (les flancs intérieurs et extérieurs des digues; il y en avait de blanches, de noires et de rouges. Tout en faisant ces extractions, on creusa dans l'intérieur deux bassins pour loger les vaisseaux, qui se trouvaient abrités par lo rocher môme. Parmi ces constructions, on fit les unes simples, les autres de pierres de diverses couleurs, qu'on avait mélangées pour réjouir la vue en donnant un plaisir qu'il leur est naturel de produire. Quant au mur de l'enceinte extérieure, on le couvrit dans toute son étendue circulaire d'airain, qui servit d'enduit, et celui de l'enceinte intérieure fut revêtu d'airain, qu'on fondit tout alentour; celui qui entourait la citadelle fut recouvert d'oricbalque qui avait l'éclat du fou. Voici maintenant quelle était l'ordonnauce du palais situ^ dans l'intérieur de la citadelle. Au milieu s'élevait le temple sacré de Clitoetde Neptune, sanctuaire entouré d'une muraille d'or : c'était là que dans l'origine ils avaient engendré les enfants des dix dynasties; c'était h\ aussi qu'on arrivait chaque année des dix principautés
pour offrir à ces deux divinités les prémices des fruits. Le temple de Neptune avait 184 mètres de longueur sur 3 arpents de largeur avec une hauteur proportionnée; mais sa forme présentait quelque chose de barbare. Tout Fextérieur était revêtu d'argent à l'exception des acrotères, qui étaient d'or; dans l'intérieur, le plafond était d'ivoire diversifié par l'or, Targent et i'orichalque; et tout le reste, les murs^ les colonnes et le pavé, était recouvert d'orichalque ^. Il y avait des statues d'or : on voyait le dieu debout sur son char et dirigeant six coursiers ailés; sa taille était telle qu'il touchait le plafond du temple ; autour de lui étaient rangées cent néréides assises sur des dauphins; on croyait alors que c'était là leur nombre ^ H y avait encore beaucoup d'autres statues offertes par des particuliers. A l'extérieur, on voyait les images en or de tous les rois et de toutes les reines qui descendaient des dix enfants de Neptune ' ; et l'on remarquait encore beaucoup d'autres offrandes faites par les rois et les particuliers, soit de la viUe*>eile même, soit des pays qui lui étaient soumis. L'autel, par la grandeur et la beauté du travail, était digne de cette magnificence, et le palais des rois répondait à la
> Cette description det teinplei et de« chéteaut det dievx est remat-qiiehfe par sa conformilé avec celle de ces mêmes lieux d'après la mythologie scandiBare. D'après celle-ci ils éiaient resplendissants d'or et d'argent, et avaient de nombreux apparlemcnts. Leurs toits étalent conrerts de enivre et ils étaient enlourés de lacs et de remparts , etc. L« pont même qui coodaisait tn château semble se retroaver daas le « Bifrost » de U mythologie Scandinave, par leqeel cependant on entend généralement rarc-en>ciel. Quoiqu'il soit hors de doute que ni nos ancêtres païens , ni les Grecs et les Romaint ii*e«ssent, qaant aux dieux , les idées grossières qa'on leur attribue souvent à tort, oa ae peut cepeadant pas nier qu'ils n'aient aussi élevé des hommes , par exemple Othia et plusieurs des Ases , au rang des dieux. Ici se présente une question intéressante : la description des châteaot qui ont été attribués comme demeures à pldiieurs de ces dieux moderaes, n'Mt-elle pal tirée de l'aadenne mythologie primitive des Scandinavea? Quiconque aura observé combien il est peu vraisemblable que de telles fictions ne reposent pas sur quelque chose de réel , sera certainement porté à admettre qu'elles sont le Trait de souvvnirs confus de l'antiquité. La tradition mentionnée ici y fait aussi allusion, mais la terrible catastn^he que J'ai indiquée l'a soastraite à la certilode historique.
2 I.es tirées n'en admettaient que cinquante.
3 I^s aneifens ll^gyptleaB avaient de eemblaMes stetaes ; voir Hérodote , il , 1 48.
grandeur de T empire et aux ornements du temple. Les deux sources, Tune chaude, Tautre froide, ne tarissaient point, et Tagrémeut et la salubrité de leurs eaux les rendaient admirables pour tous les usages. Alentour on avait construit des maisons et planté des arbres qui se plaisent près des eaux; on avait laissé des bassins découverts, d'autres étaient fermés pour les bains chauds qu^on prend en hiver : il y en avait pour les rois, pour les particuliers et pour les femmes ; d'autres étaient réservés aux chevaux et aux bêtes de somme, et tous étaient ornés d'une manière convenable. L'eau sortait de ces bassins pour se rendre au bois sacré de Neptune, où elle arrosait des arbres de toute espèce, auxquels la fertilité du sol donnait une beauté et une hauteur prodigieuse, et des conduits pratiqués le long des ponts portaient le reste vers les enceintes extérieures. Là, on avait construit beaucoup de temples en l'honneur de beaucoup de dieux, un grand nombre de jardins et des gymnases, les uns pour les hommes, les autres pour les chevaux, et placés séparément dans les deux lies que formaient les digues ; mais entre autres on distinguait l'hippodrome situé au milieu de la plus grande des îles : il avait 184 mètres de largeur; et sa longueur, qui comprenait tout le tour de l'ile, servait de carrière aux chevaux. 11 y avait des deux côtes des casernes destinées à un grand nombre de troupes; quant à celles sur-lesquelles on pouvait compter davantage, elles étaient logées dans la plus petite des enceintes et pliis rapprochées de la citadelle; et celles dont la fidélité était à toute épreuve avaient leurs quartiers dans la citadelle autour des rois eux-mêmes. Les arsenaux maritimes étaient remplis de vaisseaux et fournis de tous les agrès nécessaires; tous les équipements étaient complets. Telles étaient les dispositions autour de la demeure royale. Lorsqu'on traversait les trois ports extérieurs, on rencontrait un mur circulaire qui partait de la mer, et, s' éloignant partout de 9 kil. 247 m. de la plus
grande enceinte et de son port, revenait fermer an même point Fembouchure du canal situé vers la mer. Tout cet espace était couvert de maisons serrées les unes contre les autres; le canal et le plus grand port étaient remplis de vaisseaux et de marchands arrivés de tous les pays, et leurs voix discordantes, leurs clameurs au milieu d'un bruit continuel, retentissaient nuit et jour ^
Je viens de vous rapporter à peu près tout ce que Ton sait de cette ville et de cette demeure ancienne, il faut tâcher à présent de vous faire connaître comment la nature et Tart avaient disposé le reste du pays.
On dit donc, d'abord, que tout le sol s'élevait à pic fort au-dessus de la mer, et qu'autour de la ville régnait une vaste plaine^, qui elle-même avait pour ceinture une chaîne de montagnes dont la base s'étendait jusqu'à la mer : cette plaine était unie et régulière, mais d'une forme oblongue; d'un côté elle avait 55 niyriamètres , et au-dessus de 36 myriamètres à partir de la mer jusqu'au milieu. Tout cet endroit de File était exposé au midi et défendu contre le nord. Les montagnes qui l'entouraient, d'après ce que dit la tradition, surpassaient en nombre, en grandeur et en beauté toutes celles qui existent aujourd'hui. Elles renfermaient un grand nombre de villages riches et peuplés ; en outre des fleuves, des lacs, des prairies qui procuraient une pâture abondante à tous les animaux sauvages et domestiques, enfin des forêts qui fournissaient en grande quantité des bois de toute espèce pour tous les ouvrages en général et pour chacun en particulier. Telle était la manière dont cette plaine avait été disposée par la nature et par les efforts d'une longue suite de rois. Elle avait la forme d'un tétragone carré et oblong dans presque toute sa surface; et les parties où elle s'en écar-
1 Cette description rappelle la ville de Babylone oa Babel , dont on verra la chute dépeinte dans l'Apoeal; pte.
' iia plaine d'Ida de la mythologie Scandinave , comme noue le verrons après.
Uit, on les «vaik corrigées en creotant un fossé alentour. Il est diflicile de croire ce qu'on rapporte de la profondeur, de la largeur et de la longueur de ce fossé, si on le considère comme un ouvrage fait de main d'homme et qu'on le compare aux autres travaux de ce genre; mais il faut vous dire ce que j'en ai entendu raconter. On l'avait creusé à 1 nrpent de profondeur sur ISimèt de largeur, et, comme on l'avait conduit autour de toute la plaine, sa longueur était de ISi myr. 11 recevait les eaux qui descendaient des montagnes, et faisait le tour de la plaine; après s'être rapproché de la ville par ses deux extrémités il allait ensuite se décharger dans la mer. D'en haut partaient des canaux de 3^i mètres de largeur, qui coupaient la plaine en ligne droite et se jetaient de nouveau dans le fossé voisin de la mer : ils étaient éloignés l'un de l'autre de 18 kiL C'est par cette voie que l'on conduisait à la ville les bois des montagnes^ et qu'on y transportait sur des bateaux toutes les autres productions, après avoir coupé ces canaux transversalement par des fossés qui les faisaient communiquer les uns aux autres et se dirigeaient vers la ville. On faisait deux récoltes par an, parce qu'en hiver les productions de la terre étaient arrosées par les pluies * qu'envoyait Jupiter et, en été, par les eaux qu'on tirait des canaux.
Quant au contingent militaire, on avait réglé qu'un chef serait fourni par chaque division des habitants de la plaine en état de porter les armes : ces divisions avaient chacune 18 kil., et Ton en comptait en tout soixante mille. On dit que le nombre des habitants des montagnes et du reste du pays était immense; et tous,, suivant la situation des lieux et des villages, étaient rangés sous des chefs dans
* On voit par là que le climat était à peu près celai de* régions sobappennioes. Tel ««ssi a«i-a dà vtrv oei«l de rKwofc d« mrd e< da Bord-ooMt «vaat l« dwaler dé|>laceinent de l'axe du globe. Cette conformité remarquable des rapporte B^Brels MoaUe «mfirmer entmrc dattatafi i|«« t««t« cttte dcferiptten nfm mr ^ w I ^m «Imm ic wMi.