CHAPITRE XII. MO
liée aux terribles tremblements de terre et aux inondations. Mais c'est surtout FApocalypse qui, dépouillée des exagérations d'une imagination exaltée et d'erreurs manifestes provenant de l'impossibilité de se former une idée juste de cette catastrophe, c'est surtout l'Apocalypse, di- 8ons->nous, qui nous offre la description la plus naturelle des phénomènes causés par un déplacement d'axe. Elle nous enseigne comment le soleil et la lune se sont obscur-< cis, comment plusieurs étoiles connues ont disparu l'une après l'autre , comment les plus terribles tremblements de terre se sont succédé, comment des montagnes entières se sont élevées pendant que des îles ont disparu , comment la mer s'est changée en terre, comment, enfin, après que l'inondation eut reculé et que les éléments se furent apaisés, ont apparu un nouveau ciel, c'est-à-'dire une autre partie du firmament avec de nouvelles constellations, et une nouvelle terre, c'est-à-dire une terre dont la surface avait été altérée et dont les rapports climatériqucs étaient changés.
Voilà ce que nous font connaître les allusions très-remarquables et nullement inintelligibles contenues dans les. traditions et les mythes les plus intéressants et les plus instructifs de l'antiquité ainsi que les images de TApoca- ' lypse , quant au bouleversement et au renouvellement du monde. Ce que nous apprenons de la sorte est confirmé par le peu de fragments qui nous restent des plus anciens systèmes astronomiques, religieux, philosophiques sur ce grand événement. J'ai déjà fait observer que l'ingénieux Platon a admis que cette révolution fut causée par une aberration des corps célestes de leur cours ordinaire, et que plusieurs des plus célèbres philosophes de la Grèce partageaient cette opinion. Aristote, par exemple, dit: (c Vers la fin de la grande année, le soleil, la lune et les cinq autres planètes se rencontreront dans leur cours céleste. Alors l'hiver se transformera en une grande inonda-
tion , et Tété en un embrasement commun *. Plusieurs raisons géologiques nous forcent à admettre qu'un obscurcissement fut lié à cette catastrophe, et nous trouvons en effet que la doctrine de FEdda et FApocalypse parlent toutes deux d'une éclipse de soleiL Mais comme, après cette éclipse, les hommes auront vu que le soleil et toutes les autres étoiles avaient changé de position dans le ciel, nous comprendrons ainsi ce que veut dire Xénophane quand il nous apprend qu'après plusieurs révolutions de la nature le soleil se tournera vers une contrée inhabitée de la terre, et, en la parcourant, se fera éclipser. Préoccupé des théories dominantes de nos jours, on a négligé jusqu'ici, avec une indifférence frappante, ces mots remarquables des philosophes grecs d'ailleurs si célèbres; et, sans connaître suffisamment l'histoire ancienne et la manière dont l'antiquité a saisi et expliqué de pareils phénomènes de la nature , on a été assez inconséquent pour accuser ces philosophes^ dont on ne peut d'ailleurs assez louer rérudition , des plus grosses absurdités , sans daigner examiner scrupuleusement si leurs assertions ne seraient point ba- |Sées sur quelque vérité. Cette injustice est d'autant plus étonnante que nous retrouvons les mêmes opinions, quoique sous des formes différentes, chez les plus célèbres nations de l'antiquité.
La tradition de l'Atlantide prouve que l'idée de Platon appartient originairement aux Egyptiens, Or, si nous rappelons que la doctrine des quatre âges, d'or, d'argent, de cuivre et de fer, séparés par de grandes révolutions de la nature et par une aberration du soleil et des étoiles (un nouveau ciel, un nouveau firmament), a sans doute été commune aux Indiens et aux Égyptiens , de qui elle est venue aux Grecs, nous comprendrons le sens des paroles des prêtres égyptiens quand ils prétendaient, selon le té-
I Voir Censorinat , De die natalij c. 18.