‹ Le déluge;Chapitre 171 sur 187 · CHAPITRE XII. :M · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. :M

astronomiques ci-dessus mentionnées ; ces idées ne peuvent s'expliquer d'une manière satisfaisante si Ton ne suppose pas cette catastrophe à la fois diluvienne et volcanique. Dé ce nombre est la crainte exfrême d'un bouleversement du monde, crainte à laquelle le genre humain a été en proie non-seulement pendant qu'il se rappelait encore vivement la dernière catastrophe , mais encore beaucoup plus tard, au moyen âge. C'est chose connue que cctle crainte excessive paralysa une fois les bras des Lydiens et des Perses, déjà rangés en bataille. C'est encore au nombre de ces phénomènes que je range les doctrines religieuses du peuple zend touchant l'adoration du feu et la purification du genre humain par le feu et l'eau, les hydrophories ou les fêtes de l'eau portée, en usage presque chez tous les peuples de l'antiquité. Originairement, on voulait sans douter désigner par là comment l'eau avait éteint les phénomènes volcaniques *. Nous retrouvons chez les Grecs et les Romains le même ancien usage religieux sous la forme de libations, qui, dans leur forme particulière, semblent indiquer aussi bien le côté volcanique de la catastrophe (désigné par les holocaustes) que le côté diluvien (désigné par l'eau , le vin ou le sang versé). On sait aussi la vénération des Indiens, des Chinois et de plusieurs peuples tartares pour de hautes montagnes qu'ils adorent et auxquelles ils font des pèlerinages, parce que, selon la tradition, le genre humain a été sauvé sur les montagnes. Mais il faut surtout faire attention, dans ce point de vue, au grand rôle qu'a joué l'astrologie non-seulement dans l'antiquité et au moyen âge, mais même dans les temps modernes^, rôle qui a eu une influence marquée sur la civilisation. Comment les hommes ont-ils pu jamais concevoir et pendant quelques milliers d'années garder l'idée que la durée de leur vie, leur sort et certains événements

' Daniel , I\ , 26 : et la fin en sera,avec âéhùrdemertt.

dépendaient da cours des étoîles, de la conjonction des planètes, etc., qu'ils ont pat conséquent étudiés dans le but de connaître F avenir? On n'a vu là-dedans, jusqu'ici, qu'une énigme historique. 8i, cependant, nous admettons que le déluge ou la ruine du monde ^ dans laquelle périt la plus grande partie du genre humain et de tout ce qu'il y avait alors d'êtres vivants sur la terre, a été causé par un déplacement d'axe qui, en apparence, fit quitter au soleil, à la lune et aux étoiles leur cours ordinaire ; si l'on admet de même que, plus tard, on a regardé ce phénomène comme une conjonction des corps célestes, puisqu'en supposant que la terre n'avait pas de mouvement, on ne pouvait pas se former une idée juste de cette catastrophe; alors on verra clairement que l'astrologie n'a point du tout été, comme on a voulu le prétendre, une vaine chimère qui n'était fondée sur rien. Autrement, comment aurait-elle pu jouir de tant d'estime pendant des milliers d'années, jusqu'aux temps modernes? Il faut, certes, qu'elle ait été le résultat d'une vérité mal entendue, le résultat d'idées fausses sur un événement qui, effectivement, avait eu lieu et qui avait laissé dans l'âme des hommes des traces profondes et ineffaçables, mais que leur peu d'instruction leur a empêché de comprendre. Or, cette catastrophe amenant une liaison apparente entre le sort de tout le genre humain et le changement des constellations, on comprendra comment il aura pu venir à l'esprit des hommes de s'imaginer que le sort des individus et des événements isolés était de même liéau cours desétoiles,àla conjonction des planètes, etc. Voilà donc comment l'astrologie, funeste à certains égards, a pu acquérir une influence si extraordinaire, que même les despotes orientaux, méprisant d'ailleurs tout ce qui avait rapport aux sciences , ont payé et honoré .des astrologues qui, d'après le cours des corps célestes et leur conjonction, devaient prédire si le bonheur ou le malheur suivraient le gouvernement et les entreprises de leurs maîtres, quels

Page 1