‹ Le déluge;Chapitre 3 sur 187 · OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

Il fut un temps où les hommes de scieuce pouvaient avoir la légitime prétention d'embrasser la totalité des connaissances humaines. Aujourd'hui l'individu le mieux doué reconnaît humblement que la vie suflit à peine pour sonder une seule des innombrables sources d*où jaillit la science. Même en voulant se borner aux vérités les plus essentielles, il se perd dans Timmensité des faits que la nature et l'histoire offrent à son examen. £t cependant qui oserait supposer que le cercle des sciences , quelque immense qu'il nous apparaisse, ne soit plus susceptible d'être agrandi ? Qui oserait se reposer dans la trompeuse illusion que nous sommes parvenus au terme de la lutte que la vérité soutient depuis le commencement des siècles contre la superstition, l'ignorance et le doute? Quelle intelligence assez étroite pourrait croire que l'astre du progrès a complètement dissipé les nuages de l'ignorance qui cachent à L'hu.-

2 LE DKLIGE.

iiianitc son but suprême : la vérité et la liberté; tandis que la lumière de la science n^ éclaire encore que quelques sommités du monde intellectuel? Combien n'est-il pas restreint» au contraire, le nombre de ceux qui, au milieu des générations que la terre a vues naître et mourir, ont exercé leur intelligence à comprendre les lois qui régissent F univers ! h)t n'avons-nous pas à déplorer que la plupart d'entre eux aient craint de faire part de leurs découvertes à leurs contemporains? C'est qu'en effet ils avaient à redouter cette multitude, qui, par ses préventions, ses superstitions et son égoïsme, a toujours été un obstacle au perfectionnement de l'homme; cette masse réfractaire, qui, une fois vaincue, reçoit avec indifférence ces vérités, que» nous regardons maintenant comme les joyaux les plus précieux de l'intelligence. Quelle lutte acharnée le christianisme lui-même n'a-t-ii pas eu à soutenir pour l'établissement de ses doctrines! Dix-huit siècles sont écoulés, et c'est à peine si un quart des habitants du globe ont adopté les formes extérieures de cette religion à la fois si simple et si élevée.

Les idées que nous avons aujourd'hui de la forme de la terre, de ses climats, etc., idées que chacun adopte aveuglément comme des banalités qui n'ont pas besoin d'examen, quels combats n'ont-elles pas eu à soutenir contre l'incrédulité grossière et Fignorance entêtée du passé! Que de siècles n'a-t-il pas fallu pour qu'on se décidât à renoncer à Fancienne théorie de la forme plate de la terre ! pour qu'on reconnût qu'il ne règne pas dans le nord un froid éternel qui engourdit tout, et qu'an delà de Féquateur, franchi avec tant d'effroi par les compagnons de Gomer, il n'existe pas un feu dévorant! pour que Colomb convainquit son siècle incrédule de Fidée, qui aujourd'hui nous parait si simple, qu'on rencontrerait des terres jusqu'alors inconnues en voguant à travers F Atlantique! pour que l'on admit enfin ces lois puissantes qui régissant F univers, et forcent la terre ci les planètes à décrire des orbites autour du so*

Page 1