‹ Le déluge;Chapitre 39 sur 187 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

encore refroidie autour des pôles , supposition qu'on croit pouvoir fonder sur la présence en ces contrées de volcans et d'autres phénomènes semblables ; soit que l'atmosphère tout entière eût alors une température plus chaude, qui aurait subi un refroidissement ou brusque ou graduel. Mais on peut objecter à cette explication qu'il a été démontré par M. Schouw, célèbre naturaliste danois, que les mêmes végétaux ont depuis un temps immémorial crû aux mêmes lieux, ce qui prouve par conséquent que la chaleur de l'atmosphère n'a point diminué, du moins dans les temps historiques. D'un autre côté, le fait qu'on a trouvé en Sibérie des rhinocéros et des mammouths , pris dans la glace et qui par conséquent ont dû être gelés aussitôt que tués , nous dit assez que le changement de température qui a produit ces effets n'est pas survenu lentement, mais qu'il a dû être au contraire très-brusque. Si c'était l'atmosphère qui se fût refroidie , il faudrait admettre qu'avant cet événement la température du globe allait comme aujourd'hui en augmentant du pôle à l'équateur, dans la même proportion qu'actuellement; si donc les pôles étaient doués d'une autre température équatoriale, la chaleur des régions tropicales, par cela seul qu'elles recevaient les rayons du soleil perpendiculairement, aurait dû être telle qu'il eût été impossible à des animaux conformés comme ceux d'aujourd'hui d'exister; et pourtant nous trouvons des débris de mammifères fossiles dans les pays tropicaux de l'Amérique. Tout nous autorise donc à croire que la chaleur de la zone torride n'a pas été avant le déluge d'une intensité beaucoup plus forte qu'actuellement.

Il ne nous reste maintenant plus qu'à examiner l'hypothèse selon laquelle le climat des régions éloignées des tropiques, et notamment des régions polaires, aurait été réchauffé par une chaleur émanée du centre de la terre. A supposer qu'il en fût ainsi, il sera toujours difficile^

LE DEMGE.

pour ne pas dire impossible, de prouver que les animaux d'une orf{anisalion plus ide\V*e aient pu vî?re daus une atniosphere sembkide u celle d'une serre chaude, oti que \e& aurores b^n'ates el le clair de lune aient pu remplacer pour eux la lumière vhifianle du j^oleif. On a essayé, il est vrai t d'appuyer celte conjecture sur le fait qu'on peut faire eclore des œuls Je ponte par la chaleur artillcielle, mais cela ne prouie pas que cette chaleur soit suHttsantc pour le déiTlot^pemeul d'êtres ort^aniques d'un ordre plus élevé, qui exigent» pour vîire et &e reproduire, des conditions e\tencures tout îi tait di fié renies.

Ou voit que chacune de ces hypothèse» préseute des dinficultés instti mon tLi blés , et, quelle que soit raulorilc des noms qui leur ont prtHé leur appui, je ne puis m'etiipécher de les trouver insutllsantes. Aussi me rangè-je du coté des géologues modernes qui rejettent toute liypothêst' qui uc s'accorde ni avec re^pèrience ni avec les lois de la nature. Ces! encore par cette considération que je récuse rhypotiièsa du célèbre «géologue Ajjassiz, selon laquelle le glohe aurait éprouvé pendant son développement une sorte de lièvre qui tantôt aurait glacé sa surface et tantôt provoqué en tous lieux une chaleur tropicale. Je récuse par la m^me raison T hypothèse plus ingénieuse, mais non moins arbitraire, de M. l*oisson, selon laquelle notre système solaire aurait rencontré dans son trajet à travers Fespace des régions tantôt froides, tantôt chaudes. Je suis porté â croire que le froid qui s'est subitement emparé de plusieurs contrées antéricuremenl en possession à\m cli* mat tropical a été Teffet d^uri déplacement d*axe, et que ce déplacement s'est répété à plusieurs reprises durant le I iUvflùppemcnl du (jlohe. Cette hypothèse présente, à mon I avis, le seul moyen d'expliquer d'une mauière satisfaisante I nombre de phénomènes géoloj^iques qui jusqu'ici éluieut I restés inexpliqués. Je penche à croire que la température I du globe s'est abaissée tant soit peu durant H immédiate-

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