OLIVIER, RAYMOND
OLIVIER
Tiens, c'est vous, mon cher Raymond ! je devais vous rencontrer, je iiarlais de vous tout à l'heuie.
RAYM0>D.
Où donc?...
OLIVIER
Chez le père de de Maucroix, avec qui j'ai déjeuné... Quand je dis je parlais de vous, je me trompe, il parlait de vous...
RAYMOND
Suis-je donc connu de monsieur de Maucroix le père?...
OLIVIER
Personnelh^ment, non; mais il est lié avec le ministre de la guerre, qui lui a parlé de vous, et comme monsieur de Maucroix >ait que je vous connais, et qu'en sa qualité de vi "ux militaire il s intéresse à ceux qui, comme vous, portent dignement l'uniforme, il m'a demandé si je savais pourquoi vous aviez donné votre démission au ministre. Je lui ai rép<»ndu que, loin de sa\oir pourquoi, j'ignorais même que cette démission eût élé donnée. J'ai ajouté qiie je doutais de la vérité du fait, mais il ma affirmé tenir la nouvelle du ministre lui-même.
RAYMOM).
Le fait est vrai, et si je ne vous eu ai pas encore parlé...
Sk LK DEMI-MONDE.
OLIVIER
Vos secrets sont à vous, nion cher Raymond, et mon amitié va jusqu'à l'intérêt, mais elle ne va pas jusqu'à riiidiscrétion. Si vous avez donné votre démission, ce qui est un acte grave, c'est que vous aviez de puissantes raisons, que la sollicitude d'un ami eût inutilement combattues. Vous vous portez bien, du reste?...
RAYMOND
Parfaitement... Vous me quittez?...
OLIVIER
Oui, la baronne ne rentre pas.
RAYMOND
Nous pouvons l'attendre ensemble, si vous voulez.
Je n'ai pas le temps... j'ai une visite à faire...
RAYMOND
Faudra-t-il lui dire quelque chose de votre part?...
OLIVIEI^
Dites-lui, si vous voulez, que je lui apportais ce qu'elle m-'a demandé...
RAYMOND
Quelle commission mystérieuse!... Est-ce que vous m'en voulez?
OLIVIER
Et pourquoi, grand Dieu !
RAYMOND
C'est tout naturel. Vous avez de l'amitié pour moi, vous avez le droit de vous étonner et même de m'en vouloir si je vous cache quelque chose; pardunnez-moi, mais on m'avait recommandé le silence... quelqu'un à qui je ne pouvais pas refuser ce qu'il me demandait; et non-seulement je ne vous ai pas dit la vérité, mais hier je vous ai fait un petit mensonge : je m'accuse, puis-je mieux faire? Maintenant, je vais tout vous dire, car depuis hier je suis ipal à mon aise, j'ai honte de vous avoir trompé.
OLIVIER
J'aime autant que vous ne me disiez rien, et je vous en prie même.
\r I K III, SCK.NK V. ^'^
Il A\ Ml t. NU.
C'est là une petite rancune bonne pour les enfants, niais indigne de gens comme nous, mon cher Olivier, d'aulanl plus qu'aujuurd'iiui même j'allais passer chez vous, ayant un service ù vous demander.
nAYMOU.
kaVmo>d.
HAVMOND.
Un service?...
Je me marie...
Vous !
Moi.
Et vous épousez?..
Devinez...
OLIVIFK.
Comment voulez-vous que je le devine?...
RAYMOND
Je vous disais bien, la première fois que nous nous sommes vus, que les renseignements que je vous demandais pouvaient avoir la plus grande influence sur ma vie. J'épouse madame d'Ange...
OLIVIER
Suziinne... s- rirmam. Laharonue...
Oui.
Vous plaisantez.
Je ne plaisante pas.
C'est sérieux alors...
RAYMOND
Tout ce qu'il y a de plus sérieux...
8(3 LE DEMl-MOiNDE.
OLIVIER
C''est elle qui a eu l'idée de ce mariage?
RAYMOD.
C^est moi...
OLIVIER
Ah ! je VOUS fais mon compliment, m(5n ami.
RAYMOND
Cette nouvelle parait vous étonner.
OLIVIER
J'avoue que je ne m'y attendais pas. Je me doutais bien que^ quoique vous ayez voulu me détromper hier^ vous étiez toujours amoureux de madame d'Ange. J'avais bien pensé que vous donniez votre démission pour rester le plus longtemps possible auprès d'elle ; mais je n'avais pas supposé un seul instant qu'il pût être question de mariage.
RAYMOND
Pom-quoi pas?...
Parce qu'à mon avis, le mariage est une chose grave, et que, quand il s'agit d'engager toute sa vie sur un mot, il faut y réfléchir plus longtemps que vous ne l'avez fait.
RAYMOND
Je pense, au contraire, cher ami, que lorsqu'on croit rencontrer le bonheur, il faut se hâter de le saisir. Je suis libre, je n'ai pas de famille, je n'ai jamais aimé. J'ai trente-deux ans. Madame d'Ange est libre, elle est veuve, c'est une femme du monde, vous me Tavez dit vous-même; je l'aime, elle m'aime, nous nous marions, c'est une chose toute naturelle, il me semble.
OLIVIER
Oui! Et quand vous mariez- vous?...
RAYMOND
Dans les délais légaux. Ne parlez pas de ce mariage, la baronne désire qu'il n'en soit pas question ; nous comptons vivre dans la retraite ; elle voulait même se marier loin de Paris. C'est moi qui ai tenu à ce que le mariage ait Ueu ici, à cause de vous.
Al. II. III, SCÈM-: V. 87
OLIVIER
A cause de moi ?
RAYMO?(D.
Oui, j'ai Ix^soin d'un témoin pour me marier, et j'ai compté sur votre assistance.
OLIVIER
Moi, témoin de votre maiiape avec la baronne/ c'est imposable.