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CHAPITRE VI La production du hunter et du demi-sang en général

De ce que nous venons de voir, on déduira certainement qu'il serait aussi peu fondé qu'impossible de présenter la production du demi-sang irlandais comme le résultat d'un élevage uniforme par les facteurs utilisés. Au contraire, la variation la plus étendue y règne en maîtresse et, abstraction faite des qualités, si l'on prend d'une part tous les types d'étalons s'échelonnant entre le pur sang et le gros trait, d'autre part, tous les modèles de juments du gros trait au pur sang, en y comprenant des ponettes du Connemara, on peut dire que tous les croisements possibles y sont effectués. La seule réserve que l'on pourrait faire, c'est que certains d'entre eux sont plus fréquents.

Avec Kennedy, passons rapidement en revue ces différents croisements et les résultats qu'ils donnent.

1° L'étalon de pur sang avec la jument Irish draught. Actuellement la plus grande objection qu'on trouve à y faire est que le type moderne de celle-ci est souvent apparenté de près au gros trait et qu'il manque alors de tempérament énergique. Les produits sont presque toujours taillés en weight carriers, mais ils laissent fréquemment à désirer comme endurance.

2° L'étalon de pur sang avec la jument de gros trait. Croisement violent au possible de résultats très variables, mais le plus souvent mauvais. Les produits sont presque toujours étoffés et de grande taille, ils pèchent par l'allure et surtout par défaut de vigueur et d'endurance ou sont de conformation manquant d'harmonie et d'unité.

3° L'étalon de pur sang avec la ponette de Connemara ou du Kerry. Résultats fréquemment bons avec des ponettes étoffées et râblées, alliées à un pur sang bon géniteur. Avec des thoroughbreds manquant de taille et d'ossature la production reste petite, tout en étant remarquable de vigueur et d'endurance.

4° L'étalon de pur sang avec la jument de demi-sang. Beaucoup d'excellents heavy weights sont engendrés de cette manière si le père est un bon thoroughbred et la mère de bonne souche ; mais la qualité fait souvent défaut chez l'un ou chez l'autre,

parfois chez les deux. Dans ces cas les produits, quoique de bonne conformation, manquent plus ou moins de qualités, ou vice versa, pour devenir des hunters, ce sont des déchets qui s'écoulent comme troupiers, pour les cabs, etc.

5° L'étalon de pur sang avec la jument trois quarts de sang. Avec un bon père, c'est un des croisements, sinon le croisement qui donne les meilleurs résultats comme ensemble ; mais il échoue souvent aux mains des petits fermiers en raison des qualités insuffisantes des juments et de celles plus que douteuses des étalons qui leur sont donnés. Dans ces cas les déchets sont abondants et ils vont grossir les rangs des aspirants troupiers.

6° L'étalon de pur sang avec la jument sept huitièmes de sang. Des hunters de haute classe sont donnés par ce croisement, comme médium et surtout comme light weight hunters, parfois aussi comme weight carriers, mais le nombre de juments ayant conservé assez de charpente pour produire ceux-ci est plutôt très restreint. Les résultats incontestablement remarquables obtenus par les grands éleveurs sont malheureusement compensés par ceux désastreux que ce croisement a déterminés chez les petits fermiers, comme conséquence des qualités insuffisantes ou négatives des pères et mères. Les produits sont trop souvent très légers, ils manquent de taille et de charpente et leur abondance sur le marché réduit leur valeur commerciale à très peu de chose.

7° L'étalon de trait avec la jument de pur sang ou très près du sang. Production de conformation et de qualité très variables; le pourcentage de sujets réussis est minime et les déchets trouvent en partie place dans les troupiers de qualité plutôt inférieure à ceux issus des croisements 1 et 4.

8° L'étalon hunter avec la jument Irish draught. « Un grand pourcentage de cette production fournit de bons chevaux de chasse, mais en règle générale, ils ne possèdent pas tout à fait autant de qualités que ceux engendrés par le thoroughbred ; cependant leur conformation est si avantageuse que la classe moyenne des acheteurs les considèrent suffisants pour le commerce » (Kennedy).

9° L'étalon hunter avec la jument de demi-sang. Pour Kennedy, de bons chevaux ont été produits de cette manière, mais les résultats sont sous la dépendance de l'origine des mères. Si les poulinières sont des demi-sang issues d'Irish mares, ces résultats sont très satisfaisants; mais si elles proviennent de juments de trait ils laissent à désirer.

10° L'étalon huntor avec la jument de trois quarts ou sept huitièmes de sang. « Procédé devenant d'année en année de plus en plus populaire parmi les fermiers. Beaucoup d'excellents lmnters ont été produits de cette manière, surtout hors de bonnes juments, et le pourcentage de sujets utiles a été aussi élevé sinon plus grand qu'avec toute autre méthode « (Kennedy).

A cela, il faudrait encore ajouter tous les croisements dans lesquels on utilisa les étalons métis et les étalons de gros trait, mais outre que ce serait chose fastidieuse à énumérer, elle n'aurait d'autre finalité que de montrer l'énorme proportion de déchets engendrés par eux.

D'après tout ce que nous venons d'exposer, est-il possible d'établir avec quelque certitude la fréquence comparative des divers croisements ? Est-il possible de dire que tous les meilleurs produits sont issus de pères pur sang ? Sur le premier point, s'il ne s'agissait que du facteur étalon, en tenant compte 1° du nombre de thoroughbreds renseignés, 2° du nombre de saillies payées pour les poulinières admises par le département de l'Agriculture, 3° des opinions exprimées à maintes reprises, on pourrait affirmer que le pur sang fut beaucoup plus employé que le demi-sang. Mais lorsqu'on y ajoute le facteur jument, la situation se complique beaucoup en raison de la réaction qui se manifeste depuis quelques années contre la production excessive de chevaux trop légers.

Le deuxième point est peut-être plus délicat, car il importe de se garder de l'erreur trop facilement commise, surtout sur le continent, d'attribuer au pur sang la production des meilleurs sujets, comme il convient, du reste, de ne pas diminuer la part qui lui revient légitimement. Lorsqu'on se base sur les pedigrees des chevaux exposés à Dublin, à Islington, à Cork, etc., il ne saurait y avoir de doute, tout ce qui est bon se réclame de la paternité du pur sang et certainement c'est toujours là un argument invoqué par les vendeurs, parce que cela rentre dans les goûts et les idées des acheteurs. Les produits issus de demi-sang sont très peu nombreux et moins abondants que ceux d'origine inconnue. Mais il est nécessaire de ne pas oublier qu'en dehors des pedigrees attestés par la Hunters' Improvement Society, rien ne garantit l'authenticité des pedigrees donnés. L'étalonnage est une industrie absolument privée ; aucune prescription officielle ne prévoit la tenue de registres de saillies analogues à ceux réglementaires dans plusieurs pays du continent ; en un mot, les

certificats d'origine n'ont de valeur que par la confiance qu'on peut avoir dans les personnes qui les donnent. Or, s'il y a des pedigrees d'une authenticité absolue, il est non moins certain qu'il yen a de faux.

Si nous n'hésitons pas à nous exprimer ainsi, c'est qu'en 1897 cette question a été nettement mise en évidence. Major Connellan, en faisant ressortir les avantages qu'il y aurait à obliger les étalons à la licence et à l'immatriculation, dit que cela aurait pour résultat » de supprimer la fabrication de faux pedigrees. •> M. W. Trench exprima le même avis, et M. Wintor signala qu'il connaissait plusieurs cas dans lesquels des exposants avaient pris des inscriptions au concours de Dublin, d'après des pedigrees qu'ils possédaient et que les chevaux répondant à ceux-ci n'avaient été achetés qu'après. The Farmers' Gazette du 4 septembre dernier publiait un article, « Reliections on the R. D. S. Show », dans lequel M. T. Webber critique vivement l'admission des chevaux dont les pedigrees n'ont pas été vérifiés. On déduira de ces faits que les statistiques basées sur les origines inscrites dans les catalogues des concours de hunters peuvent difficilement être invoquées sans réserve pour justifier la part du pur sang, quelque grande que celle-ci soit en réalité. Nonobstant, nous croyons qu'il a à son actif la très grande partie des hunters de haute classe, et, nous l'avons dit, personne ne conteste la valeur du bon thoroughbred et la qualité des produits qu'il donne avec de bonnes poulinières.

Il serait peut-être plus difficile encore d'établir ce que sont les mères des meilleurs hunters. Sans vouloir atteindre le rôle des juments de trois quarts et de sept huitièmes de sang, il semble cependant qu'il n'en manque pas dont l'origine est moins aristocratique. A moins d'invoquer uniformément des faits d'atavisme éloigné, on doit en trouver la preuve dans deux caractères présentés assez fréquemment, isolément ou non, par des concurrents et même des champions des plus grands shows : c'est d'une part la tète busquée, d'autre part la grossièreté du poil des tendons et boulets. Sur ce dernier point, voici comment s'exprime M. T. Webber dans l'article signalé plus haut : « Quant aux procédés de toilette et de dépilation par lesquels des chevaux nés de parents à extrémités poilues (Jiairy heeled) sont si adroitement présentés, je ne pense pas que les exposants irlandais aient quelque chose à apprendre. La chose est faite ouvertement et aucun hunter envoyé au show dans son état naturel, non toiletté,

crinière et queue flottantes, ne serait regardé. Cela tend malheureusement à ajouter de la confusion aux difficultés rencontrées par les éleveurs qui désirent produire de vrais bons chevaux par des procédés certains. » Pour éviter toute erreur d'interprétation, notons que M. Webber signale ce fait pour chercher à arriver à plus d'homogénéité dans les croisements et pour demander que dans les classes de quatre ans et en dessous, les concurrents soient présentés avec queue longue et crinière, et les membres non toilettés. Pour ce qui est de la tète busquée, les photos que nous donnons de Grandee, de Lady Emily, voire même de Knockloe, ne peuvent laisser de doute sur leur existence chez des hunters de haute classe nés en Irlande aussi bien qu'en Angleterre, car Lady Emily est née dans le Buckinghamshire.

Jetons maintenant un coup d'œil sur la production dans son ensemble pour rechercher ce qu'elle est actuellement.

Aujourd'hui, les fermiers ayant de bonnes juments qu'ils peuvent donner à de bons thoroughbreds, cocktails ou huntersires de valeur reconnue, produisent certainement des chevaux de tout premier ordre, n'ayant absolument rien à envier à ceux de jadis. Il est tout aussi certain que dans la masse, au hasard des accouplements bizarres, on voit parfois surgir des hunters absolument remarquables. C'est là le gratin, c'est là une production dont nul ne conteste ni les hautes qualités ni la grande valeur ; mais à côté d'elle et pour une part bien autrement importante vient se placer celle constituant l'ensemble de l'élevage. C'est celle-ci qui constitue la grande industrie des moyens et petits fermiers, et en raison de sa valeur économique il convient de rechercher ce qu'elle est.

En 1897, le rapport de cinq commissaires fut muet sur ce point, tandis que les sept autres émirent l'avis suivant : « Ces causes, — c'est-à-dire l'exportation constante de bonnes juments et l'infériorité des country stallions, — à moins qu'elles ne soient arrêtées, doivent aboutir à une détérioration de la production. Quelques témoins établissent que semblable détérioration s'est déjà produite à un certain degré dans quelques régions du pays et que les bons chevaux deviennent rares ; d'autres disent que l'Irlande produit encore autant de bons chevaux que jadis, quoique devant l'augmentation de la demande ils soient devenus plus difficiles à trouver. Même si cette dernière opinion est exacte, il est admis que devant l'augmentation de la production, les chevaux supérieurs sont relativement rares et qu'à ce point une

détérioration a déjà pris place. » Plus loin ils ajoutent : •• D'après ces causes, bien que les chevaux irlandais n'ont pas encore perdu en qualité, nous considérons qu'il y a grande raison de craindre qu'il puisse en être ainsi et il devient nécessaire de prendre des précautions. •■-■

En dénombrant les témoins qui accusèrent une détérioration, on arriverait peut-être à trouver qu'ils sont en majorité et parmi eux nous trouverions plusieurs marchands que leur commerce amène un peu partout dans le pays où ils peuvent ainsi juger de la qualité et de la valeur marchande des produits. Cependant cette question fut différemment interprétée par d'autres témoins. Pour ceux-ci, il y a tout autant de bons chevaux et peut-être même plus, mais le nombre de déchets et surtout de rebuts est proportionnellement plus grand que jadis. Capt.Fetherstonhaugh, notamment, justifie comme suit son opinion : » Je considère qu'il doit y avoir plus de chevaux élevés dans le pays, parce que je vois les foires pleines de chevaux invendables. Il y en a des nombres énormes qui sont traînés de foire en foire et spécialement cet automne (1896), des chevaux auraient été vendus pour ce que l'on aurait voulu en offrir... Les foires sont pleines de chevaux unsound, invendables, pour lesquels il n'y a pas de demande. » De son côté, Th. Donovan, dont nous avons déjà cité le nom, s'exprime comme suit : » Dans les derniers jours des grandes foires, comme celles de Cahirmee et Balinasloe, vous voyez 300 à 400 chevaux parmi lesquels on en trouve difficilement un qui soit sain. Ce sont des sujets ayant du type, qui se vendraient 300 à 400 livres sterling s'ils pouvaient passer l'examen du vétérinaire. On a dit que les derniers jours de ces foires étaient faits pour les vétérinaires, car les acheteurs voient ces chevaux, les font examiner, paient une guinée et le marché est rompu. » Si pareille chose est signalée pour des chevaux de bon type, n'est-on pas en droit de croire que ceux de qualité inférieure sont au moins autant frappés par cette unsoundness qui leur enlève leur valeur marchande ?

Depuis 1897, cette question de la valeur de la production actuelle est toujours restée ù l'ordre du jour et en août 1908, la l'armer s' Gazette la comprit parmi celles qu'elle soumettait à une série de personnalités de compétence avérée. Des réponses obtenues, on peut déduire que si la belle classe est plutôt en amélioration, les autres restent plutôt inférieurs à ce qu'ils étaient jadis et, en commentant les réponses, l'auteur de l'article de

fond : » The Irish hunter -, dit que « tous les correspondants, sans y mettre de pessimisme, indiquent qu'il y a danger de détérioration ».

La chose est en réalité difficile à apprécier. Si l'on considère les produits présentés dans les expositions locales, on doit reconnaître que leurs qualités sont réelles. Si on juge d'après ce que l'on voit dans les foires, on doit tenir compte de deux choses : 1° Que les sujets de classe n'y viennent plus, car devant la concurrence effrénée résultant de ce qu'ils sont trop peu nombreux pour satisfaire à la demande, les marchands et courtiers vont les acheter sur place ou dans les expositions où ils sont présentés ; 2° que les chevaux ayant quelque valeur ou qualité qu'on y amène sont vendus la veille ou l'avant-veille, sans quitter les écuries où ils sont hébergés. « Il y a vingt ou vingt-cinq ans, disait en 1897 R. Johnson, marchand à Belfast, lorsque aux grandes foires on demandait un gros prix pour un cheval, on pouvait laisser aller le vendeur et revenir un ou deux jours après pour acheter ; aujourd'hui, quand on trouve un bon sujet, si on ne l'achète pas immédiatement, on ne doit plus compter le retrouver. » Enfin, il faut prendre en considération que dans le Sud notamment, beaucoup de produits accusant des qualités sont enlevés à trois, mais surtout à deux ans, pour aller dans le Nord et en Angleterre.

Et encore, lorsqu'on cherche à être édifié sur cette question, il convient de la dégager de certaines contingences. Est-elle soulevée pour justifier l'aide précuniaire et les mesures que l'on réclame à cor et à cri, on présente la situation sous un jour excessivement sombre. Mais l'aspect change complètement s'il s'agit de faire ressortir la valeur des chevaux de la Verte Erin. Nous n'avons aucune raison de préférer le terme « détérioration » à tout autre, mais de quelque nom qu'on qualifie l'état de choses existant, il n'est pas contestable que l'élevage irlandais traverse depuis longtemps une crise, une période précaire par le fait qu'une grande partie de la production laisse à désirer. Il est avoué et indiscutable qu'il souffre de l'abondance des déchets et des rebuts contenant à côté de produits étoffés, mais manquant de sang, une énorme proportion de sujets trop légers, petits, que le commerce ne trouve pas à caser. « Il y a abondance de weeds du type light weight de peu de valeur, dit M. T. Webber, mais les animaux plus solidement bâtis sont surtout du type cheval d'omnibus ou de camion. «

C'est là en réalité le spectacle qu'offrent les chevaux présentés à nos remontes. En remontant à vingt ou vingt-cinq ans, et de ce que nous avons pu voir aussi bien que de l'avis de beaucoup d'officiers, les remontes avaient de l'os, de l'allure, du sang et bon type; ils n'étaient certes pas faits au même moule, et il en était qui laissaient peut-être à désirer, mais en dehors de quelques spécimens sortant de la note générale, l'ensemble ne manquait pas d'uniformité. Depuis longtemps déjà, ceux que l'on présente constituent un mélange de tous les types, de tous les formats allant de la ficelle étriquée et péchant de partout, dont la seule qualité est le sang qu'elle paraît avoir, jusqu'au métis lourd et commun dont la plus haute aspiration ne saurait dépasser les brancards d'un camion. Et parmi ceux qui se réclament d'une statique, d'un type avantageux, il faut encore faire la part de ceux qui manquent de la vigueur, de l'énergie, de ce sang si l'on veut, sans lequel il n'est point de bon cheval d'armes. L'ancien type de remonte est aujourd'hui une exception, l'offre insuffisante de bons chevaux lui a valu d'avancer d'un échelon et le commerce le réclame à un prix supérieur à celui du troupier.

Si la situation n'était pas telle que nous venons de l'esquisser, comprendrait-on, depuis si longtemps que le bon demi-sang se paie à prix d'or, que l'on ne cesse de répéter que l'élevage ne rapporte plus? Comprendrait-on que l'on voie se manifester et que l'on encourage même le petit éleveur à délaisser le demi-sang pour produire l'Irish draught? C'est cependant là ce qui ressort du procès- verbal de la réunion du 30 novembre dernier du Council of Agriculture.

Trop de causes ont leur part dans ce résultat pour permettre de déterminer celle qui revient à chacune d'elles. Le manque de qualité des étalons aussi bien que des juments et les accouplements de toute sorte en forment certainement l'origine. En ce qui concerne l'abondance de sujets trop légers, manquant de taille, il n'y a qu'une voix pour en accuser le mauvais pur sang, pour en accuser l'abus des croisements successifs avec le thoroughbred, pour en accuser les éleveurs qui marchèrent sans direction définie et qui, avec une irréflexion regrettable, ont cru que l'étiquette « pur sang » suffisait sans plus pour valider les qualités d'un reproducteur. Or ces déchets trop légers sont précisément ceux dont l'élevage trouve le plus de peine à se défaire. Le commerce ne les réclame pas, parce que le trafic et les trans-

ports ne trouvent pas à les utiliser en grand nombre et leur abondance sur le marché leur enlève quasi toute valeur.

L'emploi de reproducteurs unsound devait avoir pour résultat l'unsoundness des produits. S'il est avéré que certains y échappèrent, « il y a eu de nombreux exemples, dit Kennedy, de yearlings et de deux ans provenant de tels parents, qui montrèrent de gros éparvins, des jardes (*), des formes du paturon, de l'unsoundness de la respiration ». Or, pour le hunter plus que pour tout autre cheval, la soundness est une des qualités primordiales.

L'intervention du gros trait n'était certes pas de nature à donner des produits de belle classe. Au début, les déchets qui en résultèrent étaient cependant d'une défaite plus facile et plus rémunératrice que celle des produits trop légers, mais depuis que l'électricité et l'automobilisme ont remplacé le cheval dans la traction des trams et des omnibus, leur valeur a beaucoup diminué.

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit de l'exportation des bonnes juments, ni de l'utilisation des pouliches de deux ans ; mais il est encore un point dont on parle moins souvent et qui a également sa part dans la situation actuelle. C'est la production de chevaux de très grande taille. Si elle fut et si elle est parfois la résultante de certains croisements, notamment celui du pur sang avec de puissantes juments manquant de sang, il faut reconnaître qu'elle fut recherchée également en vue d'obtenir des weight carriers. Plus que toute autre, elle devait être fertile en déboires, et le vieux dicton : « Grands chevaux, grandes rosses », trouva à se vérifier, car le nombre de sujets réussis est très minime. Manque de fond, de sang ou d'allures, conformation défectueuse, trop massive, mais surtout trop enlevée, ce sont là les principaux points faibles qui firent départager de nombreux déchets. Aux dires de certains éleveurs, il faudrait encore y ajouter que l'on trouve beaucoup plus de corneurs parmi les grands chevaux que parmi les petits.

S'il fallait un dernier' argument pour faire ressortir l'erreur dans laquelle l'élevage versa par l'engouement pour la production de chevaux légers et de sujets de grande taille, il nous

(*) Il s'agit ici de la jarde post-tarsienne à laquelle les Anglais donnent le nom de curb, et non de ''exostose de la tête du métatarsien rudimentaire externe.

suffirait d'en appeler à l'idéal vers lequel tendent ceux qui s'y intéressent et qui se dévouent à sa prospérité : « Viser à obtenir un heavy weight de lm65 à lm67 au plus, haut de poitrine et court de membres, râblé dans le dessus, puissant dans l'arrièremain et par-dessus tout ayant beaucoup de sang. »

Sur le continent, la situation réelle de l'élevage irlandais est plutôt ignorée ; cependant si l'on ajoutait peu de foi aux dires des marchands invoquant sans cesse la rareté des bons chevaux, on avait pu cependant se rendre compte qu'ils n'étaient pas faciles à trouver. Il y a une quinzaine d'années, on crut en donner l'explication en invoquant que des chevaux américains et hollandais étaient importés dans la Verte Erin, pour être revendus avec la marque Bred in Ireland.

C'est là une question à laquelle il est assez difficile de répondre. Que l'Irlande importe des chevaux, le fait n'est pas douteux et voici, d'après Agricultural Statistics ofthe Board of Agriculture and Fisheries, quels en sont les chiffres :

Importation de Grande-Bretagne en Irlande.

Moyenne annuelle

Étalons

Juments

Hongres

Total

De 1885, où elle était de 2,487 chevaux, l'importation monta graduellement jusqu'à 10,549 en 1901 ; depuis lors elle est en décroissance régulière avec 4,693 en 1909, minimum 3,979 en 1907.

Quant à savoir d'où viennent, ce que sont et à quoi servent ces chevaux, quelques initiés pourraient seuls le dire. La recherche des origines est impossible parce que : 1° Les statistiques du commerce avec l'étranger et avec les colonies anglaises sont faites pour le Royaume-Uni dans son ensemble et uon séparément pour la Grande-Bretagne et l'Irlande; 2° les chevaux venant de l'étranger sont tous débarqués dans les ports de la Grande-Bretagne; s'il y en a en destination de l'Irlande, ceux-ci sont réembarqués vers Dublin, Belfast, Waterford, Greenore, etc. , mais ils rentrent ainsi dans la statistique du trafic entre les deux

îles et par là l'origine réelle disparaît. Peut-on supputer cette origine d'après les données des importations anglaises? Nous ne le pensons pas, néanmoins il ne sera pas sans intérêt de nous arrêter un moment à cette question.

De la France, de l'Allemagne et du Danemark, le Royaume- Uni importe surtout des carrossiers pour fournir les grands établissements de voitures de remise et pour approvisionner les marchands qui les présentent comme cleveland bai, comme carrossiers du Yorkshire, ou comme chevaux d'attelage en général, mais originaires du Royaume-Uni. De la Hollande aussi ce sont des carrossiers de la race d'Oldenbourg, élevés dans la Gueldre, le Drenthe et le Groeninghe; mais en dehors de ceux-ci, et à l'exclusion du vieux type frison relégué dans la Frise occidentale, la Hollande élève aussi des chevaux d'un type plus léger, dans le genre de ceux que l'armée attelle à ses batteries de campagne. C'est vraisemblablement dans ceux-ci que se recrutent ceux auxquels M. Edw. Blackman fait allusion dans le passage suivant (*) : « Maintenant nous remontons le Royal Horse Guards et les deux régiments de Life Guards, avec des chevaux noirs amenés presque entièrement d'Allemagne; quelques autres d'Autriche et de Hollande et quelques-uns, mais très peu, de France. »

Les importations russes méritent encore l'attention . Abstraction faite de la diminution très marquée à l'époque de la guerre russo-japonaise, elles varient depuis 1900 entre 9 et 13,000 chevaux expédiés exclusivement de Riga et de Libau, en destination quasi exclusive de Hull et de Goole. Lors d'un voyage à Hull en octobre 1905, nous avons cherché sans y parvenir à nous rendre compte des types importés, mais s'il faut en croire un articulet publié le 4 décembre 1908 par le Live Stock Journal, ils comprendraient beaucoup de chevaux de petite taille, et un marchand nous a dit qu'ils étaient destinés au travail dans les mines. Ce seraient alors des chevaux des provinces baltiques de la Russie. Cependant nous avons quelque raison de croire qu'il y a également des chevaux fînois de taille avoisinant lm58, et en nous basant sur les descriptions et illustrations données par le Dr de Simonoff dans son ouvrage sur les chevaux russes, nous serions tenté de croire qu'il s'en glisse dans nos remontes, sans aller toutefois jusqu'à affirmer qu'ils furent éventuellement

(*) « Horses for the Army », in Live Stock Journal, 3 septembre 1909.

achetés en Irlande. Mais hàtons-nous de dire qu'en dehors de cas spéciaux, les caractères ethniques nous paraissent avoir trop peu de valeur pour que nous puissions donner à notre hypothèse d'autre portée que celle d'une possibilité.

Du côté des pays d'outre-océan, nous pouvons écarter la République Argentine et l'Australie, dont les importations sont très minimes. Quant à celles de l'Amérique du Nord, rien que pour les Etats-Unis, elles ont monté dans la proportion effrayante de 1,319 en 1893, à 30,380 en 1900; mais elles ont décru de la même manière pour être de 780 en 1907. On peut donc estimer qu'elles sont quasi nulles aujourd'hui. Celles du Canada, qui s'élevèrent de 119 en 1889 à 12,903 en 1895, sont actuellement à 160 environ.

En 1899, il fut avoué ouvertement qu'on avait importé et qu'on importait des américains en Irlande, et c'est en raison de la concurrence désastreuse qu'ils faisaient aux produits du pays que plusieurs témoins allèrent jusqu'à demander qu'ils fussent marqués au feu à leur entrée dans l'île verte.

De ce que nous venons d'exposer, on déduira l'impossibilité de connaître l'origine et la destination des chevaux importés en Irlande. Sans doute il faut faire la part des pur sang et autres introduits dans un but d'élevage, de courses, de concours, de hunting,de polo, etc., néanmoins il en reste encore dont l'immigration parait devoir être une concurrence pour ceux élevés sur place. C'est là le fait qui paraît avoir motivé l'arrêté du 28 janvier 1907 destiné à enrayer l'importation en rendant plus sévères les mesures prévues jusque-là.

Sans y mettre le moindre pessimisme, nous avons eu à rapporter quantité de faits dont bien peu ne sont pas nettement défavorables à la production de l'ancienne Hibernie et cependant, en dépit de tout cela, les chevaux irlandais jouissent, à juste titre, d'une réputation universelle de puissance, de fond, de résistance que nous n'entendons pas amoindrir, et leur ossature fait l'admiration de tous. Bien des raisons ont été invoquées pour justifier pareille chose. Pour les uns, il faut attribuer cela à la richesse calcaire du sol et à son adaptation spéciale à produire des chevaux avec forte charpente. Pour d'autres, cela est dû à l'amour inné des Irlandais pour les bons chevaux et au jugement dont ils font preuve dans la sélection et la perpétuation des meilleurs types (!?).' D'autres encore rapportent cela à l'emploi du pur sang. Toutes ces opinions sont peut-être exactes, dit l'auteur de

The Irish horse breeding Industry, mais aucune ne représente la solution exacte de la question. Il est d'autres contrées où le sol est calcaire, où l'on emploie le pur sang, où l'on aime aussi les chevaux, et cependant ceux qu'on y produit ne valent pas les irlandais et ne combinent pas aussi remarquablement la vitesse, l'aptitude à porter du poids, le fond, le pluck du hunter irlandais. Sans nier l'influence heureuse que le pur sang a pu avoir depuis un siècle et demi, il faut aussi reconnaître que la renommée du demi-sang irlandais existait déjà à cette époque. En somme, quand on fait la balance, on serait tenté de croire à quelque intervention mystérieuse infusant aux produits irlandais ces qualités remarquables que les conditions matérielles n'expliquent ou ne justifient pas comme on le voudrait.

Nous devons encore nous demander quels sont les caractères extérieurs qui permettent de reconnaître le hunter, le demi-sang irlandais.

Il nous parait bien difficile de suivre ceux qui se sont évertués à en tracer la caractéristique et d'accorder quelque valeur à celle qu'ils en ont donnée. Le plus souvent, sinon toujours, on n'a abouti qu'à décrire un beau cheval de chasse ou à énumérer les qualités idéales recherchées chez celui-ci ; parfois aussi il faut y voir l'expression d'une imagination féconde et portée peut-être à une généralisation qui ne se justifie pas. N'est-ce pas ainsi qu'il faudrait apprécier la description du hunter irlandais avec le corps fait en coin, telle que Gayot l'a tracée? Si jadis la production irlandaise accusa une certaine uniformité par les caractères extérieurs du type, il n'en est plus de même aujourd'hui. En cela, nous ne visons pas la question de format, nous n'entendons pas comparer les sujets de classe avec les déchets, car les exemples sont nombreux dans les produits d'élite dont la valeur et les qualités furent consacrées par les honneurs récoltés aux concours de Ball's Bridge, d'Islington, de Richmond, de la Royal Agricultural Society et à l'International Horse Show de Londres. Les clichés que nous avons pu réunir nous offriront le moyen de passer en revue quelques-uns des caractères.

Prenons tout d'abord la tête. Comme ensemble, Fable, Gold Dust, Moyglass, Grandee, Wizzard, Speck et Knockloe marquent une gradation caractéristique entre la tête fine et élégante à faire envie à un pur sang, jusqu'à celle plutôt peu distinguée, sinon commune. Comme profil, Fable et Moyglass d'un côté, Grandee, Knockloe et Lady Emily (celle-ci d'origine anglaise)

de l'autre, montrent qu'il est tout aussi inexact de dire le profil droit ou busqué. Dans de nombreux cas, on est en droit de croire que le profil busqué est un indice de parenté assez proche avec la race shire ou avec la clydesdale ; dans d'autres il parait un phénomène d'atavisme, car en ce qui concerne Grandee il est au moins un sept huitièmes de sang.

L'encolure remarquablement sortie chez beaucoup de hunters de choix, exemple Fable, Wizzard, Grandee, etc., se raccourcit et même s'épaissit chez d'autres dont la valeur intrinsèque n'est pas moindre. En dépit de la position à la marchand du cavalier de Speck, celui-ci ne parvient cependant pas à cacher le manque de longueur dans le cou de sa monture et chez Knockloe nous trouverons plutôt une encolure en cheval de harnais, avec une attache de tête laissant même un peu à désirer.

Chez les chevaux irlandais, écrit Barton dans The Horse, Us purchase and sélection, la croupe est généralement courte et inclinée. Les photos de Whisky (irlandais) et de Lady Emily (anglais) montrent qu'il n'est pas tout à fait dans l'erreur; cependant on sera plutôt porté à croire que c'est là une exception, tout en constatant, d'après les clichés inclus, qu'il serait impossible d'assigner un caractère commun à beaucoup d'autres.

Un nouveau point présentant des différenciations notables, c'est la finesse et l'abondance des fanons ; nous en avons déjà fait mention et nous n'y revenons que pour signaler l'irrégularité avec laquelle il se présente. S'il est plus fréquent chez les sujets d'apparence commune, on le rencontre cependant aussi chez d'autres marquant beaucoup de finesse.

Comme modèle, la variété illimitée des croisements et l'emploi de reproducteurs de types très différents doivent, à priori, nous faire croire qu'il y a des hunters irlandais de tous les modèles, et en fait rien n'est plus vrai. Si par modèle on entend : belle épaule et bons membres, beau garrot et belle poitrine, beau carré de derrière, bons pieds et forts jarrets, il est incontestable que les chevaux de classe ne manquent pas d'uniformité. Mais dans notre compréhension des choses, ce sont là des beautés, des qualités qui se greffent sur des caractères d'ensemble qui sont très variables et qui nécessitent la répartition en une série de modèles. C'est là ce que montre bien la collection de champions et de primés que nous avons réunie.

Grandee et Fable, par exemple, sont quasi faits en forts pur sang; Tennis-Bail, Whisky et Skittles sont déjà plus arrondis

dans leurs formes ; Speck et Gold Dust sont d'un genre plus étoffé, plus cobby, comme diraient nos voisins d'outre-mer; enfin Greystone et Mojglass, avec leur charpente herculéenne, représentent l'extrême du modèle en force. Et Knockloe n'est-il pas encore un modèle différent?

Si, quittant les élus des grands shows, nous descendons vers ceux qui se bornent à être des hunters remarquables par leurs qualités et qui s'affirment tels derrière les chiens, la diversité ne fait que s'accentuer. Nous y trouverons des weight carriers taillés en vraiscobs dont la taille descend jusqu'à 15 mains (lm52) et à côté de ceux-ci d'autres bâtis en chevaux de selle dont la taille montera jusqu'à lm80. Mais nous y verrons aussi des poids légers de petite taille, aux formes élancées, qui sont virtuellement des pur sang. Puisque nous parlons ici de poids, faisons remarquer que Grandee, Gold Dust, Speck, Skittles et Knockloe sont tous des lauréats comme médium weight, c'est-à-dire pour cavaliers de 85 à 95 kilogrammes, tandis qu'au Hunter Show de 1905, Lady Emily et Moyglass se rencontraient dans la même classe des heavy weights au-dessus de 95 kilogrammes. Up to date, en revanche, était parmi les light weights. On se rendra compte par là que l'on trouve dans les concours, aussi bien qu'en chasse, des hunters de tous les types et de tous les modèles. On en concevra également qu'il serait difficile, sinon impossible de chercher aujourd'hui à différencier le hunter irlandais de son congénère anglais et surtout de vouloir attribuer à celui-ci une vitesse supérieure, comme on a pu le faire jadis. Si l'expression hunter du Leicestershire tend à contribuer à cette croyance, il convient de dire qu'elle se rapporte uniquement au fait qu'avec ses belles prairies, ses larges ruisseaux et ses haies énormes, ce pays réclame un cheval de chasse à la fois très vite, très fort sauteur et très près du sang. Or, abstraction faite des pur sang qui y sont employés, l'Irlande fournit un large contingent de montures aux veneurs de cette région privilégiée et enviée.

Nous ne grefferons pas sur cette question de modèle, celle de l'élégance, celle de l'esthétique des formes, car en cela plus qu'en toute autre chose, nous trouverions des différences énormes. Il est des hunters marquant beaucoup de distinction, — c'est le cas pour Tennis Bail et The Wizzard, — il en est d'autres d'un type plus anguleux — Grandee — et il n'en manque pas dont la conformation heurtée va jusqu'à un aspect nettement commun. Mais

celui-ci n'est pas fait pour arrêter les huntingmen du Royaume- Uni. En gens pratiques, ils recherchent avant tout le cheval utile, le bon cheval, celui qui se montre brillant derrière les chiens, qui portera sûrement son cavalier à travers et au-dessus de tous les obstacles semés dans la poursuite ; par là ils s'occupent peu de la conformation élégante, les qualités réelles leur suffisent. C'est ce qui fit dire à des marchands que les Anglais retenaient les bons chevaux pour leur usage et vendaient les jolis chevaux pour le continent.

Quant à attribuer une valeur ethnologique aux caractères de ces demi-sang, ce que nous venons de dire en enlève toute possibilité. Par le fait même de l'emploi du pur sang, les demi-sang, de quelque pays qu'ils viennent, ont de grands points de ressemblance. Il en est peut-être de reconnaissables, mais dans l'ensemble ils ne sont pas différenciables ; la preuve en est que vers 1896, on prima des américains au Dublin Show aussi bien que clans plusieurs concours anglais. Du reste, dans les nombreux ouvrages, études, articles, etc., que nous avons parcourus depuis longtemps, nulle part nous n'avons trouvé, pas plus du hunter anglais que de l'irlandais, une description ou un essai de description visant exclusivement la caractéristique du modèle ethnique. Nous sommes même en droit d'ajouter que les juges des grands concours sont loin d'être toujours du même avis au sujet de la valeur comparative des qualités de conformation, c'est ce qui se doit déduire des nombreux articles visant la manière de juger les hunters.

Il est cependant un point sur lequel l'accord est complet et c'est aussi le seul que le cheval de chasse marque avec une constance caractéristique dans tous les modèles où il se présente : ce sont les allures. Le pas et le trot sont rasants, étendus et souples, à foulées franches, vigoureuses, bien cadencées ; le galop est coulant, aisé, énergique, à longues enjambées. Ce galop, c'est celui du bon pur sang, c'est celui dans lequel les membres postérieurs se fléchissent bien en dessous du corps pour embrasser beaucoup de terrain, et l'on éprouve souvent un certain étonnement de le voir marcher par des chevaux aussi forts que Grevstone et Moyglass. Mais le jeu des membres postérieurs est une condition sine qua non sans laquelle un hunter se fait déclasser et ne peut briguer les honneurs dans les concours ou l'admiration des connaisseurs derrière les chiens.

Le trot rasant est depuis longtemps en honneur chez nos voi-

sins ; il y a plus de quatre-vingts ans que Nimrod en faisait l'allure du vrai hack et la présentait comme beaucoup plus sûre que le trot très relevé. Avec raison on assimile ce daisy cutting à ce que l'on qualifie de raser le tapis; il importe cependant de ne pas pousser trop loin cette assimilation, car le daisy cutter marche d'un beau mouvement d'épaule, avec beaucoup d'énergie et d'extension. Bien que le trot ne soit pas l'allure fondamentale du hunter, l'absence ou l'insuffisance de cette énergie et de ce pas allongé sont des causes de déclassement, et c'est ainsi que les remontes voient parfois arriver des chevaux bâtis en vrai hunter, galopant remarquablement, mais dont le trot laisse un peu à désirer.

Lorsque au lieu de venir quasi entièrement de l'épaule, le trot s'arrondit par un mouvement plus accentué du genou, il paraît moins apprécié, on le compte même comme une faute, peu grave sans doute, mais qui suffit souvent à déterminer les propriétaires à ne pas exposer leurs chevaux comme hunters parce que le trot en a modifié la destination à leurs yeux. Sont-ils de taille moyenne et distingués, ils deviennent des chevaux de parc et parfois même des chevaux de phaéton. Sont-ils plus grands, on en fait des chargers, des chevaux d'officiers, à la condition qu'ils soient très élégants, mais on en fait des chevaux d'attelage s'ils se montrent plus ronds, plus massifs ou plus courts dans le cou. Cette différenciation n'a cependant rien d'exclusif et la photo que nous donnons de Whisky en mouvement, montre qu'un hunter de haute classe peut avoir un trot assez relevé. Quant à Peep Bo (lm56), il avait trois saisons de chasse en Irlande avant de se faire primer comme cheval de dame et comme covert hack à l'International Horse Show de 1909.

On déduira peut-être de cette répartition que beaucoup de chevaux de harnais d'origine irlandaise, ne sont pas produits autrement que les hunters. Beaucoup d'entre eux, en effet, ont pour père un pur sang et leur destination dérive de leurs allures, de leur conformation et surtout des idées que les veneurs anglais et irlandais professent au sujet des qualités et caractères qu'ils réclament de leurs montures. Il ne manque du reste pas d'exemples de ces chevaux qui, après un service à l'attelage, se firent ensuite remarquer en chasse et classer comme hunters de choix. On déduira de ceci que les chevaux d'attelage dont nous venons de parler sont souvent bâtis en hunters, car, suivant l'expression de Ch. W. Tindall : » On peut faire un cheval

d'attelage d'un hunter, mais toutes les lois du parlement anglais ne feraient pas un hunter d'un cheval d'attelage. » C'est là une des raisons pour lesquelles l'Irlandais reste fidèle à son ancienne production du cheval de chasse, les produits qui échouent à l'entrée dans la classe des hunters pouvant faire d'excellents chevaux de harnais et des troupiers de valeur incomparable.

Parmi les qualités que l'on reconnaît au cheval irlandais, il en est une qu'il paraît posséder à un haut degré et qui, depuis toujours, semble quasi inséparable de son pays d'origine ; c'est son aptitude, sa puissance et son adresse comme sauteur. Il les a conservées intactes et le hunting ainsi que les progrès de l'équitation, les ont affirmées. Si nous en recherchons l'origine, tout en prenant en considération les avatars suivis par la production du demi-sang, rious serions tenté de nous écarter de ceux qui y voient un attribut inné et de le rapporter soit au mode d'élevage en liberté dans des prairies clôturées de larges murs en pierres, soit à l'amour des Irlandais pour tout ce qui est chasse à courre ou obstacles, d'où dérive un dressage spécial. Cependant il ne manque pas de poulains exportés bien avant qu'ils aient pu profiter de ces circonstances et qui se montrent tout aussi brillants que ceux élevés sur place.

Il faudrait croire alors à une aptitude spéciale que lui vaut une infusion généreuse de sang de thoroughbred. Mais il est d'autres pays qui utilisent celui-ci pour produire ou améliorer leurs demi-sang et dont les chevaux sont manifestement inférieurs à l'obstacle aux irlandais. Ne poussons pas plus loin nos investigations et bornons-nous à constater l'unanimité avec laquelle on reconnaît les hautes et brillantes qualités de l'irlandais comme sauteur. Youatt en Angleterre et le comte de Montendre en France nous l'ont montré sautant à la manière des cerfs, se détachant des quatre membres à la fois et se recevant de même au delà de l'obstacle ; mais à en juger par l'oubli dans lequel nos revues sportives ont laissé cette manière de saut et surtout par ce que tous les horsemen ont pu constater, il ne semble pas qu'on doive ajouter beaucoup de créance à cette théorie.

Dans l'ensemble de l'élevage, quelle est la proportion de demisang ? Il n'existe à ce sujet aucune référence certaine, mais voici pour les neuf dernières années les chiffres des juments admises à la saillie des divers types d'étalons enregistrés par le gouvernement, et l'on pourra constater que le cheval de trait y a une part assez sérieuse.

Par

Par

Par

Par

pur sang

clydesdale

shire

demi-sang

Total

Ces chiffres représentent les nombres de saillies payées par le département de l'Agriculture et l'on peut voir que le service des étalons de gros trait représente environ 30 p. c. de l'ensemble. Il importe cependant de ne pas perdre de vue qu'il s'agit là d'une moyenne annuelle de 3,000 juments saillies, et nous avons dit que l'on estime à 100,000 juments le nombre de celles nécessaires pour assurer la production entière. Il faut tenir compte aussi que ces saillies sont attribuées à des petits fermiers, parmi lesquels le cheval de trait a fait des progrès assez sérieux.

En prenant pour base les nombres de chevaux de moins d'un an donnés par Agricultural Statistics de Dublin, c'est de 1890 à 1895 que l'élevage fut le plus florissant. Il accuse alors comme minimum de la période, 75,050 poulains en 1895 et un maximum général de 81,538 en 1892. Mais depuis lors et sans cependant descendre à 54,000 poulains comme en 1882, l'élevage décrut : 56,000 poulains en 1899, pour remonter ensuite et être actuellement d'environ 60 à 68,000 poulains.

Quelle est la proportion de sujets classés annuellement comme hunters? Un témoin de 1897 avait évalué leur nombre à 20,000, soit les deux septièmes de la production totale, mais ce chiffre fut trouvé exagéré. L'auteur de The Horse breeding industry in Ireland le fixe au dixième, soit 6,500 à 7,000 et il semble qu'il soit près de la vérité. A ce taux, l'élevage pourrait encore être assez rémunérateur si les déchets avaient une valeur passable, or il ne semble pas que ce soit là le cas. En 1897, il est vrai que c'était l'époque des importations américaines, major C.-W. Studdert et M. W. Farrell fixent, le premier de 16 à 28 livres sterling, avec une moyenne de 20 à 21 livres sterling, le second de 16 à 25 livres sterling, les limites des prix payés

pour les troupiers dans leurs régions. Certainement les commissions et marchands étrangers payaient plus, mais la différence rentrait dans la poche de l'intermédiaire, dans celle des marchands irlandais qui se sont fait une spécialité du commerce des troupiers et par lesquels depuis longtemps il faut passer pour en trouver. A pareil prix, pour des chevaux de trois, quatre et parfois cinq ans, on comprendra que l'élevage cesse d'être économique et il faut les conditions bien spéciales de l'Irlande pour que la production du demi-sang n'ait pas subi un arrêt très marqué. On comprendra aussi que devant l'inaction du gouvernement du Royaume-Uni, le gouvernement de l'île ait dû prendre des mesures pour sauvegarder autant qu'il le pouvait la grande industrie, une des principales sources de richesse de la Verte Erin.

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