‹ Le demi-sang en IrlandeChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les juments

Il serait impossible de faire pour les juments une répartition par race aussi nette que celle dont nous nous sommes servi pour les étalons. Alors que pour ceux-ci les documents sont assez précis sur leurs nombre et qualités, pour celles-là, au contraire, ils en parlent beaucoup moins et se bornent le plus souvent aux expressions demi-sang, croisement avec le pur sang, croisement avec le cheval de trait, etc., en somme des indications d'une portée générale. Pareille répartition serait difficile à l'aire, si l'on tient compte qu'on évalue approximativement à 100,000 juments le nombre de celles nécessaires pour arriver à la production moyenne de 65 à 70,000 poulains annuellement élevés en Irlande.

Les poulinières de pur sang se rencontrent un peu partout, mais surtout dans le premier district d'élevage et plus spécialement encore dans les régions avoisinant les centres de production du thoroughbred et les localités où les courses sont le plus fréquentes. En nombre impossible à déterminer, il en est de très bonnes que les éleveurs fortunés savent rechercher avec du gros et de la charpente. Certaines de celles-ci distancèrent même des demi-sang dans les concours pour juments propres à donner des heavy weight ; c'est le cas pour Katrine, dont nous donnons la photographie, qui se classa plusieurs fois en tète aux grands shows de la Hunters' Improvement Society et de la Royal Dublin Society. Il n'est pas nécessaire, nous semble-t-il, de nous arrêter à justifier la valeur de pareils éléments, c'est l'évidence même.

A côté de celles-là, mais en nombre de beaucoup plus grand, on rencontre des mères de pur sang aux mains des petits métayers qui les attellent et s'en servent pour tous leurs travaux, tout en leur faisant donner des poulains. Celles-ci sont forcément de qualité douteuse, sinon souvent très inférieure, car ces cultivateurs les ont reçues en présent et plus souvent encore les ont achetées à vil prix. Dans un cas comme dans l'autre, il est difficile de croire qu'elles fussent arrivées chez eux et qu'elles y resteraient, si elles avaient quelque valeur comme poulinières.

Les descriptions qu'oD en donne les montrent légères de charpente, longues et étroites dans le dos et le rein, avec des membres grêles, de mauvais jarrets ou de mauvais pieds ; en un mot, elles formeraient le pendant avec les mauvais étalons dont nous avons souvent parlé. On conçoit que lorsqu'elles sont données à des étalons de valeur adéquate à la leur, on ne doit pas s'attendre à des produits de classe même moyenne ; on comprend également que certains éleveurs aient pu être aussi sévères pour la qualité des pur sang non tracés. Trop souvent cependant, elles sont livrées à des entiers de demi-sang, surtout à des trait léger et à des gros trait, ainsi que nous l'avons vu, et s'il leur arrive de donner un bon poulain ayant du gros et des qualités, le cas paraît plutôt exceptionnel.

Comme juments de demi-sang, la belle classe est représentée par celles que l'on voit chez les fermiers aisés, par celles que l'on rencontre, en trop petit nombre malheureusement, aux concours de Ball's Bridge et d'Islington (*). Voici ce que dit le vicomte de Saint-Périer de celles qu'il vit à Dublin en 1909 (**) : « A vrai dire, lorsque nous avons examiné ces juments, nous étions loin de penser qu'elles pussent être aussi avancées dans le sang pur : sans doute la finesse de leurs tissus était grande, leur expression noble, leur démarche pleine de vie et de puissance, mais l'ampleur de leur squelette, leur membrure remarquable, pour nous encore un peu imbu malgré tout et malgré nous du préjugé de Yaffinement, semblaient plutôt le privilège d'une race moins aristocratique. Il nous a fallu une étude très sérieuse, documents en mains, pour nous rendre à l'évidence : les poulinières les plus estimées en Irlande pour la production des hunters poids lourds sont en majorité des juments filles de pur sang du côté paternel et petites-filles de pur sang du côté maternel. Comme elles proviennent d'auteurs soigneusement choisis sur le modèle épais, elles ont assez de gros pour pouvoir en toute sécurité être livrées elles-mêmes à un reproducteur de race pure. « L'opinion ainsi exprimée ne laisse place à aucun doute, car c'est précisément le type de juments que la Hunters' Improve-

(') Les concurrents sont' en si petit nombre qu'en 1906, la Hunters' Improvement Society décida de supprimer la classe des poulinières. En 1906 il n'y avait eu que 4 inscriptions pour le Hunter Show.

(") U. S. P. Au HorseShow de Dublin, in Bulletin de la Soc. du Cheval de guerre, Paris, octobre 1909.

ment Society cherche à faire produire et inscrire à son stud book. Le modèle de ces juments est bien représenté par les photographies que nous donnons : Grey Pullet est parmi les plus célèbres, non seulement par les championnats qu'elle remporta dans tous les grands concours, mais aussi par la haute qualité des produits qu'elle donna. Notons que son extérieur n'est pas de nature à la montrer comme une trois quarts de sang et cependant elle est par The King, pur sang, hors d'une jument par Lothario, pur sang.

Avec moins de valeur marchande peut-être, mais avec de grandes qualités comme poulinières, il faut placer à côté de celles-là les juments hunters qu'un accident quelconque a fait écarter de leur service à la queue de chiens. Soit comme dons, soit par achat, elles viennent souvent échouer dans une ferme et terminer leurs jours comme poulinières tout en gagnant leur nourriture par les services qu'elles rendent à l'attelage. Beaucoup d'entre elles rentrent certainement dans la catégorie des mères dont on peut attendre des produits de belle classe. Peutêtre n'ont-elles pas toutes la charpente que réclame l'élève du weight carrier, mais celles d'un type moyen ou léger n'en ont pas moins fait leurs preuves. C'est là un point ayant beaucoup de valeur, car les bons médium et light weight hunters trouvent tout aussi bien à se placer à bon prix.

Si nous prenons ces belles poulinières comme type, dans leur ensemble les autres peuvent se diviser en deux catégories : 1° celles d'un modèle de plus en plus léger, dont l'extrême est la mauvaise jument de pur sang; 2° celles d'un format de plus en plus volumineux, d'une souche de plus en plus commune, conduisant par une diminution graduelle de parenté avec le thoroughbred, aux juments de trait léger (Irish draught horse) et aux juments de gros trait (shire, clydesdale, suffolk) d'origine plus ou moins pure.

Pour expliquer cette diversité des juments, il faut tenir compte des contingences locales si diverses, il faut surtout ne pas perdre de vue que presque toutes les poulinières pour demisang tenues par les métayers, font leur service dans les traits. Au point de vue agricole pur, l'usage du gros trait paraît plutôt limité à quelques régions où le sol est lourd et encore y conteste-t-on son utilité en invoquant que l'Irish draught horse est apte, dans quelque région que ce soit, à faire face à toutes les nécessités. Le gros trait est mieux le cheval du grand fermier que

celui du petit cultivateur ; or, d'après le Census Returns de 1891 — et abstraction faite des propriétaires fonciers et des gentilhommes campagnards (Country gentlemen) — les fermages d'une valeur imposable de moins de 5,000 francs sont au nombre de 482,109 pour 4,756 fermages de 5,000 francs et plus, soit pour 99 p. c. de l'ensemble. On comprend par là que toutes les sympathies aillent à l'Irish draught horse et que les fermiers se rendent compte de l'avantage qu'il y aurait pour eux à chercher à faire revivre l'ancienne Irish cart mare.

D'après major Stucldert, il en resterait encore dans les comtés de Kerry, de Cork et de Limerick qui sont vierges de toute accointance avec le gros trait anglais moderne et en juillet 1906 notre confrère M. Healy (32) confirma cette opinion en y ajoutant une partie du Waterford. Mais de ce que nous avons vu, il est à présumer qu'elles ont une certaine parenté avec le thoroughbred ; toutefois, au point de vue de l'élevage du demi-sang, ce n'est pas un mal. En dehors de celles-ci, les autres, types modernes de l'Irish draught horse, « sont de souches très mélangées. Pour la plus grande part, elles sont engendrées par de communs étalons du pays (country sires) et ceux-ci sont produits de toutes les manières possibles (every way and any way). Quelques-uns ont une tache souvent éloignée de thoroughbred et dans beaucoup de régions les autres ne sont pas tout à fait indemnes d'infusion du sang shire ou clydesdale. Mais quelle que soit leur ascendance, il est généralement admis que les mérites que ces étalons possèdent comme pères, ils les doivent à la forte dose de vieux sang irlandais dont ils ont hérité (128) ».

De cette mixture de souches si diverses et d'accouplements très variés, il est impossible qu'on soit arrivé à une production uniforme, de caractères bien fixés. Cependant, grâce à l'influence si favorable du milieu irlandais, on a abouti à des chevaux de trait énergiques, vigoureux et d'allure facile, qui trouvent leur emploi dans tous les travaux de la ferme et que le commerce recherche sous les noms de vanner s ou de parcel carters pour le camionnage au trot. Quelle que soit du reste la parenté des juments de ce modèle avec l'old Irish mare, il est un point qu'on réclame particulièrement d'elles : c'est qu'elles n'aient pas les extrémités garnies de ces poils abondants remontant jusqu'aux genoux et jusqu'aux jarrets, qui constituent le feather des shires et des clydesdales et dont la présence serait un indice certain de parenté avec ceux-ci. D'une manière générale, les Irlandais

marquent une réelle aversion pour ce feather, ils ne manquent aucune occasion d'en témoigner ouvertement, comme ils ne laissent jamais échapper celles de nier la part de ces gros trait anglais dans l'élevage des demi-sang et de faire ressortir, au contraire, le rôle important de l'Irish draught liorse dans cette voie.

Tout autant que jadis, celui-ci est actuellement un des facteurs de la production des hunters; c'est la source plus ou moins éloignée où les meilleures poulinières puisent leur charpente, et de ce que M. Burdett-Coutts a rapporté, aussi bien que de ce qui se voit aujourd'hui, on peut déduire que certaines de ces souches ont été remarquables par la constance avec laquelle elles ont transmis leur volume et leur forte ossature tout en promettant d'accumuler une très haute dose de sang dans leurs descendants. Par là, il n'est point étonnant que dans le langage des éleveurs et des huntingmen, il soit passé à l'état d'axiome que les meilleurs weight hunters ont tous un rien de sang de trait (a bit of draught blood) dans les veines. Il n'est point étonnant non plus que M. Gilltrap ait pu dire avec beaucoup d'autres que la meilleure poulinière pour weight carrier est toujours par un draught horse. Le fait est d'autant plus vrai que si l'on donne un bon pur sang à une de ces juments de trait bien conformées, avec de bonnes épaules et de tempérament énergique, il en résulte assez fréquemment, dès le premier croisement, des chevaux de chasse de réelles qualités.

Étant donnés la présence de ces juments de trait léger et les résultats de leur emploi, on conçoit que les Irlandais disent que les shires et les clydesdales n'ont rien à voir chez eux avec l'élevage du demi-sang ; la participation de ceux-ci n'est peut-être pas grande, mais en réalité elle n'est pas niable. Elle est du reste avouée par des éleveurs et il semble, ainsi que nous le montrerons, que certains hunters portent sur eux les preuves flagrantes de cette parenté équivoque.

En 1873, sur quatre témoins irlandais, William M'Granne fut le seul à parler de l'emploi des clydesdales et à dire qu'ils avaient causé un grand préjudice à la race (breed !) des hunters. Mais en 1897, l'emploi des juments de gros trait croisées avec le pur sang fut largement traité ainsi que nous l'avons signalé en parlant des étalons. Il résulte de ce qui fut dit, que nombre de juments et d'étalons de demi-sang ayant un, deux ou trois croisements de thorougbred, remontent à ces gros trait anglais par

leur ascendance maternelle. Pour signaler un exemple dans lequel la valeur de cette souche est mise en relief, nous rapporterons, d'après notre confrère M. James Dunlop, que le métissage initial de la famille des Harkaways trace à des juments clydesdales.

Le feather n'est pas la seule raison invoquée pour justifier l'ostracisme dont les Irlandais voudraient, en général, frapper ces races : on leur reproche à l'occasion leur ossature manquant de densité dans le tissu, leur tempérament lymphatique entraînant des empâtements dans les articulations, etc. Mais à voir les choses d'un œil impartial, on est en droit de se demander s'il ne se glisse pas là une question de patriotisme, de fidélité de tradition à tout ce qui est d'origine irlandaise, à moins que ce ne soit, une fois de plus, un exemple d'opinions diamétralement opposées, telles que l'hippisme en fournit tant. Il est réellement caractéristique, en effet, de rapprocher ce que nous venons de dire, des idées professées en Grande-Bretagne au sujet du rôle des shires, des clydesdales et des suffolks comme source de force et de charpente pour la production des weight carriers. Il y a vingtcinq ans, le 2 mars 1885, au Farmers' Club de Londres, c'est là un point qui fut soulevé et discuté lors de la conférence de Sir W. Gilbey (17) ; et parmi les nombreux articles publiés sur ce sujet, signalons celui de M. G. S. Lowe, The cross ofthe cart mares, paru en 1905 dans le Live Stock Journal. Mais tandis qu'en Irlande on se borne à parler en termes généraux de ces races dont les seuls noms évoquent les chevaux de haute stature et de volume énorme dont nos voisins s'enorgueillissent à juste titre, en Angleterre, au contraire, on spécifie que les types à recommander pour les croisements sont ceux de moindre format et de tempérament vigoureux, parmi lesquels se recherchent les beaux camionneurs légers qui sillonnent la grande métropole et les cités industrielles de la Grande-Bretagne.

Ce que l'on conçoit mieux, c'est que les fermiers irlandais accordent toutes leurs sympathies à l'Irish draught horse qui fut et qui peut redevenir un produit naturel de leur sol et de leur élevage. On comprend surtout qu'ils veuillent viser exclusivement celui-ci dans leurs encouragements et qu'ils y trouvent plus d'intérêt en se rendant compte qu'ils ne pourront jamais lutter avantageusement contre les Anglais pour les shires, contre les Ecossais pour les clydesdales, leurs moyens ne leur permettant pas de payer les prix que ceux-ci mettent pour leurs reproduc-

teurs. C'est là, nous sernble-t-il, l'esprit dont il faut s'inspirer pour apprécier la discussion à laquelle le draught liorse a donné lieu le 30 novembre dernier au Council of Agriculture, discussion qui a mis en relief l'importance pratique et numérique de son élevage et qui a abouti à la demande d'encouragements de valeur égale à ceux affectés à la production des hunters. Les faits avancés dans cette réunion paraissent, du reste, accuser une tendance marquée de la part des petits éleveurs à abandonner l'élevage du demi-sang pour celui du draught horse.

Pour revenir à la question des juments d'un type défini, nous devons faire allusion à celles de race cleveland bai. Alors qu'en Angleterre, l'ancienne poulinière de cette souche fut toujours comptée parmi les meilleures pour donner de beaux hunters, en Irlande cette race ne paraît pas jouir d'une grande vogue. On la défend cependant en faisant valoir qu'elle est de beaucoup supérieure au gros trait, grâce au sang qu'elle a déjà tout en possédant une ampleur suffisante ; néanmoins beaucoup d'éleveurs font mention des résultats mauvais ou douteux de son emploi.

Pour ce qui est des juments légères de demi-sang, abstraction faite de leurs qualités, dont nous parlerons tantôt, elles vont depuis les belles poulinières mentionnées plus haut, jusqu'aux claquettes étriquées que l'on est obligé de donner à des demisang, à des trait léger et à des gros trait en vue d'arriver à un produit marchand. Il est certain que le sang de thoroughbred domine en elles, qu'elles sont le fruit d'accouplements irréfléchis autant que condamnables, mais il serait impossible d'apporter quelque précision sur ce point et ce que nous avons dit jusqu'ici fera du reste ressortir combien est illusoire leur valeur comme poulinière.

Ce n'est pas encore tout et à côté de cette macédoine hippique, il faut faire une place, non sans quelque importance, à des ponettes du Kerry et du Connemara qui, par croisement avec des pur sang, donnent fréquemment naissance à des hunters de belle classe. A première vue, on a quelque peine à croire que ces ponettes variant entre lm32 à lm42, dont les plus grandes ne dépassent pas lm47, puissent engendrer des chevaux de taille. Cependant le fait est réel. « J'ai vu, dit Th. Donovan, — marchand de chevaux de longue expérience habitant Cork, — un hunter extraordinaire de 16 stones (101 kilos), mesurant lm62o, par un cheval nommé Applause hors d'une ponette du Kerry, et j'ai vu une grande quantité de huniers remarquables hors de

très petites juments par des pur sang. » Notre confrère M. Pallin — alors possesseur de huit étalons de pur sang registered et plus tard propriétaire de Red Prince II — ne fut pas moins affirmatif. Il dit que quelques-uns des meilleurs chevaux de chasse qu'il connut provenaient de pareils croisements et il ajoute cette opinion digne d'attention : « Tous ces produits ont les dons et la nature robuste des poneys de Connemara avec les qualités et le courage du cheval de pur sang. Je ne connais pas de chevaux aussi sound que ces poneys et par là, ceux-ci ont une tendance à renforcer, à affermir ce que le pur sang pourrait avoir de délicat. » Par le fait même des qualités reconnues aux métis de premier croisement, on en déduira que les juments ainsi produites peuvent devenir des poulinières de réelle valeur.

Quelles que soient les juments employées, il est un point qui doit être mentionné ici : c'est le fait, avoué en 1897 et en 1901, que dans certaines régions, on fait porter les pouliches de deux ans (*). Depuis 1887, nous avons personnellement l'occasion de constater tous les ans, que des juments de quatre ans présentées aux commissions de remonte portaient des traces irrécusables de poulinage et lorsqu'il s'agissait des remontes du printemps cela ne pouvait être que des poulinières ayant donné leurs produits l'année précédente. Les résultats issus de cette pratique sont appréciés plutôt défavorablement et aboutissent le plus généralement à augmenter le nombre des non-valeurs sur le marché.

Ayant ainsi établi ce que sont les juments aux points de vue de la souche et du type, cherchons maintenant ce qu'elles valent comme ensemble.

En 1904, le comité du référendum avait prévu la question suivante : Y a-t-il dans votre district un nombre suffisant de poulinières aptes à produire les light horses, et dans ce cas quel est approximativement leur nombre?

Réponses : nombre suffisant, 75 ; insuffisant, 358 ; réponses manquant de précision, 38.

« Les chiffres approximatifs pour l'Irlande sont les suivants : Ballymena : environ 20 ; Cork : environ 50 dans un rayon de 4 milles; Down : environ 100 présentées annuellement pour

(*) J. L. Nickisson signale que dans certains concours locaux irlandais, il y a des classes pour poulinières suitées de trois ans. (Voir Live Stock Journal Almanac, 1907 : « Some thoughts and suggestions on hunter breeding ».)

l'acceptation par la Royal Dublin Society ; Galway : environ 60 dans un rayon de 3 milles ; Kildare : environ : 100 ; Kilkenny : de 100 à 200 ; Newry : environ 200, mais pas de la classe pour élever ; Sligo : environ 500 à 600 utilisées pour l'élevage, mais 20 p. c. peuvent produire des hunters, les autres toutes légères ; Waterford : environ 400, mais beaucoup ne conviennent pas (unsuitable).

» Comme réponses affirmatives, il faut noter celles de Clare, Clonmel, Cork, Dublin, Kells, Kildare, Kilkenny, Kilmactliomas, Lurgan, Mayo, Newry, Queen's County, Sligo, Ormond Hunt District. Antrim : beaucoup de juments, mais ne conviennent pas pour l'élevage ; Ballymena, . . . mais pas du type correct ; Down : grand nombre de juments, mais en règle générale ce sont des animaux refusés à la vente, tout ce qui passera l'inspection vétérinaire est vendu ; Thomastown : bonne quantité de juments qui élèveraient des chevaux légers, mais très peu assez bonnes pour produire une haute classe de hunters ; Tipperary : en majorité vieilles et de soundness douteuse ; Wicklow : abondance de juments de force moyenne, pas abondance de juments de forte ossature avec des qualités. »

La situation ainsi mise en évidence confirme ce qui fut dit à l'enquête de 1897. Sur douze commissaires, sept émirent l'avis suivant : « Bien que quelques bonnes poulinières soient tenues en vue de l'élevage dans presque toutes les parties du pays, nous avons eu de nombreux témoignages établissant que de très grands nombres ont été achetés et exportés par les étrangers. Il a été indiqué que les acheteurs ne regardent à aucune dépense pour obtenir le meilleur sang et les animaux les plus profitables, et qu'ils ne veulent pas acheter de juments unsound. Par le fait des « temps mauvais » et tentés par les bons prix offerts, les fermiers irlandais ont trop fréquemment vendu leurs meilleures juments et conservé les inférieures, souvent unsound, pour continuer l'élevage. » Les cinq autres commissaires ont été non moins catégoriques : « Il est plus difficile de se former une opinion au sujet des juments, mais il a été établi à de nombreuses reprises que depuis un certain nombre d'années, toutes les meilleures juments ont été enlevées du pays, largement par les étrangers ; que trop souvent, seules les juments ne pouvant être vendues étaient conservées pour l'élevage; que les juments aux mains des petits fermiers étaient petites et weedy ; n'ont ni ossature ni substance; sont extrêmement mauvaises; juments

de bonne souche, le plus souvent de chasse ou de course claquées ; beaucoup sont trop weedy pour être données à des pur sang ; les plus mauvaises juments, à encolure renversée, basses du devant et longues dans le dos; jusqu'à ce que vous approchiez pour les regarder, il ne vous paraît pas combien elles peuvent être mauvaises; petites et weedy juments, la chose étonnante est qu'on puisse avoir un bénéfice à en élever des poulains; et autres témoignages de môme nature. Il est évident par là que les bonnes juments sont surtout aux mains de grands fermiers et éleveurs... »

Ce dernier fait, d'ailleurs commun à tous les pays, est d'ordre trop général, il est trop compréhensible pour qu'il soit nécessaire d'insister. Quant aux juments des petits fermiers, il ressort nettement qu'elles sont de qualité inférieure, sinon très inférieure, et il est à remarquer que les commissaires n'ont même pas cherché à atténuer la portée des témoignages recueillis. En somme il y a là une situation avouée qui marche de pair avec celle trouvée pour les étalons.

Voici du reste quelques chiffres qui fixeront les idées. Ce sont les résultats donnés par les inspections des juments concourant pour la saillie par les étalons admis par la Royal Dublin Society :

1888 : 1,743 juments présentées, 790 admises, 740 saillies.

Cet état de choses ne diffère pas de ce qui existe aujourd'hui. Voici, d'après les Annual General Reports ofthe Départ, of Agriculture and Technical Instruction, les résultats des mêmes inspections effectuées en conformité des règlements de ce département :

Nombre de

juments présentées.

Juments acceptées

par les

commissions.

Juments acceptées

mais exclues pour unsoundness.

Nombre de juments

acceptées aux deux

épreuves.

A quoi cette situation est-elle due? La principale invoquée est l'exportation des meilleitres juments par l'ét

cause étranger

ou par des émissaires des gouvernements étrangers. Nous avons vu que Sir Henry Smith souleva le premier cette question en 1847. Peu après, en 1853, dans une lettre au colonel Wingfield, M. East, alors fournisseur de la remonte anglaise, attribue la difficulté de trouver de bons chevaux de remonte à la grande exportation des meilleures juments, notamment par les Allemands et les Russes. Il ajoute aussi : « Il y a peu d'années, lorsque le gouvernement français achetait des chevaux en Angleterre pour son armée, il choisissait les meilleures juments pour ses établissements d'élevage... » En 1873, retenons ce détail cité par Capt. Fulke-Gréville : « A ce moment même, je connais en Irlande deux courtiers employés par les Allemands, un dans le Nord et l'autre dans le Sud, ayant, si je puis dire, un crédit illimité pour acheter des juments saines, fraîches et jeunes. Ils sont difficiles quant à la robe, ils ne doivent pas acheter des alezans et absolument pas des gris ; je crois que dans ces quatre derniers mois, 300 juments de cinq et six ans furent exportées en Allemagne dans un but unique d'élevage. »

En 1897, il fut beaucoup question de ces exportations de juments, mais depuis que la guerre anglo-boer a remis en discussion, avec plus d'intensité que jamais, la question de l'élevage dans ses rapports avec la remonte de la cavalerie, c'est là un argument ressassé à toute occasion et dans tous les milieux depuis la Chambre des Lords jusqu'à la moindre revue d'élevage ou feuille quotidienne. Malheureusement ceux qui l'invoquent montrent parfois bien peu de soucis d'exactitude ! C'est ainsi entre autres que le 3 novembre dernier, à la réunion du Council of Central and Associated Chambers of Agriculture, Major Temple (*) dit qu'en 1905 « il y avait en Irlande des Belges et des Français vivant au milieu des fermiers en vue d'acheter tous les jeunes produits et un lot de poulinières ». Pour ce qui est de notre pays, nous pouvons dire qu'on n'y a que faire des poulinières irlandaises, quelles que puissent être leurs qualités, pour la bonne raison qu'on n'y élève pas de demi-sang, sauf quelques anglo-normands et quelques rares hackneys. Mais dans le concert d'exagérations, la palme revient certainement au comité du référendum de 1904. Voici ce qu'il dit dans son rapport (16) : <• Il est clair que dans une large mesure, la contrée a été et est

(') « Farmers and Horse-breeding » in Live Stock Journal du 5 novembre 1909.

drainée de ses meilleures juments par les acheteurs étrangers, et un correspondant de Newry nous fait savoir qu'en 1904, le gouvernement hollandais enleva 350 des très meilleures (very best) jeunes juments irlandaises qui furent fournies par trois ou quatre marchands. »

Pour se rendre compte de l'exagération et de la valeur de cet argument, il importe de noter que l'on fait allusion à des juments de trois et quatre ans achetées par la commission de remonte de l'armée hollandaise, au prix de 41 livres sterling, soit 1,025 francs! Les continentaux seront plutôt fort étonnés d'apprendre que les Irlandais cèdent leurs meilleures juments de trois et quatre ans à ce prix ! Et dire que d'un autre côté on avoue que les chevaux vendus comme troupiers ne sont que les déchets de la production des hunters ! Il est vrai que des éleveurs d'un esprit plus pondéré et d'un sens pratique plus juste n'ont pas hésité à répondre que ce n'était pas avec des juments de cette valeur qu'on pouvait espérer ; faire de bon élevage. Peut-être n'est-il pas sans intérêt de rappeler ici qu'en 1873, sur une question du duc de Richmond, P. Sheils, marchand irlandais, répondit qu'il ne voudrait pas se charger de fournir au prix de 40 liv. st., 150, ni même 50 pouliches de deux ans et demi qui pourraient faire de bonnes poulinières. Et l'on voudrait que plus tard, alors que les chevaux avaient augmenté de prix, les meilleures — car on ne se sert jamais que de ce terme — fussent vendues 41 1. st. à trois et quatre ans !

Mais pendant qu'on en était ainsi à exagérer, on ne s'est jamais demandé: 1° si ce fait était le résultat de la recherche des juments de préférence à des hongres ; 2° si les régiments anglais ne contenaient pas une aussi forte proportion de juments que ceux des pays se remontant exclusivement en Irlande, comme c'est le cas pour la Hollande et la Belgique ; 3° si les Anglais n'avaient rien à se reprocher dans cet exode des juments.

D'après les renseignements fournis au comité du référendum par le colonel Knell, directeur de la commission d'achat pour l'armée hollandaise, » en 1904, les chevaux achetés comprenaient 05 p. c. de juments, mais durant plusieurs années ce taux fut plus élevé ». Cet officier supérieur ajoute que les juments vendues par réforme sont parfois employées à l'élevage lorsqu'elles sont achetées par des petits fermiers ou cultivateurs. D'après cela on en a déduit que l'on recherchait surtout des juments et en nous exprimant ainsi nous ne faisons que répéter

ce que l'on reproche aux commissions étrangères. Or il importe de ne pas oublier que ces commissions n'achètent ni chez les éleveurs, ni en foires, où elles pourraient choisir, mais uniquement chez les marchands de troupiers. La preuve la plus convaincante de l'inanité de cet argument existe dans ce qui se passe avec les remontes belges. Puisque notre pays n'élève pas de demi-sang, il n'y a donc pas lieu de rechercher des juments ; de plus les chevaux sont achetés à des marchands belges qui vont se fournir chez des marchands irlandais, et nos fournisseurs s'efforcent avant tout d'avoir des sujets présentables au moindre prix possible. Enfin les commissions de remonte visent uniquement, personne ne le contestera, à avoir les meilleures montures sans s'occuper qu'elles soient hongres ou juments.

Or voici la proportion de juments dans nos remontes :

Total des

Nombre

: de juments

de

chevaux achetés

4 ans

5 ans

6 ans

Total

Certainement nous ne nierons pas que les remontes nous amènent des juments que la maturité révèle comme des sujets de tout premier ordre. Pour le montrer il suffira de rappeler les noms de Extra-Dry, Ox-Tail, Fritzy, Roxane, Miss, Folle-Fète, Grisette, Viens Poupoule, etc., qui s'illustrèrent dans les concours hippiques et dans les cross-countries, et bien d'autres encore, montures d'officiers ou simples chevaux de troupe, dont le renom des belles qualités ne dépassa pas leur régiment. Mais étaientelles donc toutes taillées en poulinières et combien y en eut-il à côté de celles-là qui restèrent de vrais déchets? Ce qui leur manque presque toujours, c'est la belle épaule que l'on réclame des vraies mères, et ce détail ressort très bien dans une photographie que nous donnons. Notons en passant que c'est

(") A l'exclusion des chevaux de trait de l'artillerie de campagne.

là un des grands reproches que l'on doit faire à nos troupiers et troupières d'aujourd'hui.

Il est au moins singulier que personne n'ait jamais pensé à se demander et à demander si la cavalerie anglaise — qui à elle seule achète plus de chevaux que les remontes belge et hollandaise— n'est pas aussi une sorte de tombeau pour les meilleures juments! En l'absence de documents précis de date récente, nous rapporterons qu'en 1873, M. Phillips — alors fournisseur de la remonte — répondit au duc de Cambridge que les chevaux de l'armée étaient « presque tous des juments ». Il serait intéressant que nos voisins d'outre-mer veuillent bien se donner la peine de rechercher s'il en est encore de même aujourd'hui. Puisque la question est présentée avec une importance extraordinaire, ce serait faire preuve d'un souci de documentation irréprochable qu'il serait difficile de reconnaître à ceux qui, dans ces vingt dernières années, firent grand état de cet argument.

Voici, d'après Agricultural Statistics of Ihe Board of Agriculture les chiffres moyens annuels des exportations irlandaises en Grande-Bretagne :

Étalons Juments Hongres Total

Sans chercher à supputer la proportion de juments dans la production générale, tirons de ces chiffres la simple conclusion que le nombre de celles-ci fut toujours sensiblement inférieur à celui des hongres exportés. Mais puisque sans réserve nos voisins d'outre-mer accusent l'étranger d'enlever aujourd'hui encore les juments irlandaises, aussi bien que les anglaises, il nous a paru intéressant de rapprocher les statistiques puisées à la source ci-dessus, de celles publiées par Annual Statement of the trade of the United Kingdom with foreign countries and British possessions depuis 1888, date à laquelle futcommencée la répartition des chevaux exportés en étalons, juments et hongres.

De 1888 à 1908 inclusivement :

Juments importées d'Irlande en Grande-Bretagne. Juments exportées de Grande-Bretagne en Irlande . Chevaux exportés de Grande-Bretagne à l'étranger . Juments exportées de Grande-Bretagne à l'étranger . Juments importées de l'étranger en Grande-Bretagne.

Nous avons fait remarquer plus haut que tout le trafic des chevaux avec l'étranger se faisait par les ports de la Grande-Bretagne; cela facilitera la conclusion à tirer.

D'après les chiffres globaux ci-dessus, sur l'ensemble de l'exportation à l'étranger, les juments n'interviennent que pour un sixième environ et il convient de faire remarquer qu'il ne s'agit pas entièrement de juments aptes à l'élevage, car il en est un certain nombre qui sont vendues comme chevaux de boucherie pour la Hollande, la Belgique et le nord-ouest de la France.

Nous ne tiendrons aucun compte des juments importées de l'étranger, il n'est cependant pas niable que certaines d'entre elles sont vendues pour l'exportation. Malgré cela, il résulte que, déduction faite des 49,080 juments expédiées de Grande-Bretagne en Irlande, la Grande-Bretagne a reçu 258,852 juments d'origine irlandaise et qu'elle n'a exporté que 105,603 juments à l'étranger. En admettant même que parmi celles-ci, il n'y en eût pas une seule d'origine anglaise, il se faitque la Grande-Bretagne a conservé 143,249 juments, soit près d'un tiers en plus que pour tous les pays étrangers et possessions anglaises réunis. D'après cela, il serait juste que l'Angleterre prenne la première place parmi les pays qui recherchent les juments irlandaises.

Mais ce n'est pas le seul point sur lequel nos voisins ont une part de responsabilité dans la question des juments. Déjà vers 1825, Nimrod faisait mention du préjugéque la fashion soulevait contre les juments, seul le hunter hongre était réellement de bon ton. D'un autre côté, Sir W. Gilbey Bart. constate en 1905, dans The Hamess Horse, que la même chose a existé depuis longtemps pour les chevaux d'attelage. Il faut reconnaître que les Anglais n'ont rien fait pour retenir les juments et ceux-là même auxquels leur fortune permettait de choisir les plus belles et les meilleures, étaient les premiers à leur préférer les hongres. N'est-ce pas du reste pour cela que ceux-ci ont toujours une valeur commerciale plus élevée que les juments? Nous n'entendons pas nier que des marchands étrangers aient souvent recherché les juments plutôt que les hongres, mais sans sup-

puter les raisons de cette préférence, il nous paraît que seule l'exportation de celles achetées comme chevaux de commerce a pu atteindre l'élevage, tandis que l'exode des troupières ne doit pas être envisagé de la même manière.

Aux yeux de ceux qui agitent aveuglément le spectre de l'exportation des juments, la crise de l'élevage devait naturellement trouver sa cause dans le manque de bonnes poulinières. Sans aucun doute il y a là une part de vrai, car on n'exporte pas impunément des quantités de juments, surtout lorsque celles-ci sont le produit d'un élevage, d'un métissage spécial et non les représentants d'une race dont la perpétuation est assurée par la souche pure conservée dans le pays et par les conditions de milieu qui l'ont façonnée. C'est là un point dont on n'a pas tenu compte dans les innombrables articles et discussions soulevés par le sujet. Il est incontestable que depuis toujours, tant en Angleterre qu'en France et en Belgique, les transports et l'industrie ont enlevé à l'élevage des quantités de juments dont beaucoup eussent fait des mères de bonne et moyenne classes. Il est non moins certain que l'exportation s'y ajoute aujourd'hui pour effectuer une sorte de drainage continu des chevaux belges, boulonnais, clydesdales, percherons, shires, suffolks. Mais il s'agit là de races dans toute la portée scientifique de ce terme et leur existence n'en a jamais et ne saurait être menacée parce que leur type est fixe et en quelque sorte attaché au sol comme s'il était l'expression même de celui-ci, parce que les éléments de souche pure restant sur place les feraient réapparaître. Le hunter, au contraire, n'a jamais constitué une race ; il a été et il est resté un produit artificiel, un produit de croisement dont l'industrie était ainsi vulnérable en plusieurs points et notamment dans l'élément maternel qui est lui-même un produit fabriqué de toutes pièces. En quelques endroits, le hunter a pu former ce que nous pourrions appeler des familles, sortes d'embryons d'où aurait pu surgir une race, mais la castration des jeunes mâles et la disparition des femelles, tous deux recherchés par le commerce, y mettaient obstacle en empêchant la sélection du type à fixer et la continuité d'action nécessaire pour y arriver.

Ce manque de bonnes poulinières fut la raison même de la fondation de la Rrood Mare Society, cependant il ne manque pas d'éleveurs pour s'inscrire en faux contre cette prétendue disette de l'élément maternel de l'élevage. M. Ch. Tindall n'hésite

pas à dire qu'on trouverait de bonnes juments si lelevage du hunter était rémunérateur. En ce qui concerne particulièrement l'Irlande, il semble peu douteux qu'il en est encore beaucoup de belles, mais ce qui pourrait peut-être leur faire souvent défaut, c'est l'origine. Nombre d'entre elles, en dépit de leur belle conformation, sont trop fréquemment les produits d'une série d'alliances hétéroclites et leur valeur comme poulinières est loin de répondre toujours à leurs qualités extérieures. Elles paraissent être beaucoup plus de belles juments que de bonnes mères et c'est à ce point de vue que les Irlandais regrettent amèrement les poulinières de l'ancien type, car celles-ci constituaient une souche d'une valeur incomparablement supérieure à celles remontant aux races shire, clydesdale et suffolk.

Débarrassée de toutes les exagérations dont on l'entoure, la question des juments reste incontestablement d'une importance capitale et on ne peut qu'applaudir aux efforts de ceux qui s'évertuent à en améliorer la qualité.

Page 1