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CHAPITRE III Historique du demi-sang irlandais et anglais

Nous ne pouvons penser à parler de l'élevage du demi-sang irlandais sans jeter un coup d'œil rétrospectif qui doit éclairer d'un jour particulier les enseignements à retirer des phases par lesquelles passa cette industrie.

Dans l'Europe occidentale, la production d'un cheval d'allure plus ou moins rapide, apte au service de la selle et de l'attelage, s'imposa de bonne heure, car il répondait à plusieurs nécessités. Les voyages, pour lesquels le cheval était le seul moyen de locomotion, le luxe attaché aux choses de l'équitation, des courses et de la vénerie, sont les causes certaines de cette évolution. Puis, au xviie siècle, avec la disparition des armures pesantes, les besoins des armées vinrent s'y ajouter. En Irlande, les guerres, les courses et la chasse à courre furent les facteurs les plus efficients de cette production.

Il ne semble pas, du reste, que l'Ivernie ait jamais été sans chevaux légers et rapides. Les courses paraissent y avoir toujours existé, car Brehon Laws, un recueil de lois de l'ancienne Irlande, parle de 1' » hippodrome du Roi » et en 1673, cinquante ans avant l'introduction du pur sang, Sir William Temple fait mention de courses à organiser à une semaine fixée. Comme chevaux d'armes, l'Hibernie a toujours été remarquable par la vitesse de ses montures, maints récits en font foi, et Sir William Temple rapporte, en 1673, avoir rencontré un acheteur qui avait rassemblé pour l'armée française vingt chevaux payés de 20 à 60 livres sterling. Pour ce qui est de la chasse, Bêde le Vénérable (675-735) écrit que l'île... est renommée pour la chasse... du cerf et du chevreuil, et en 1525, on trouve trace écrite des équipages du comte d'Ormonde et d'Ossory, du comte de Kildare. On chassait alors le daim, le cerf, le renard, le lièvre et la martre.

Il était résulté de ces faits une production de types multiples, mentionnée, d'après Cox, par Stanihurst, dans Description of Ireland : « Les chevaux sont d'allure facile et prodigieusement

rapides à la course. Le Nag (*) ou le Hackenie (**) est très bon pour voyager, quoique d'autres rapportent le contraire, et s'il est dressé en conséquence, vous aurez un petit bidet (little tit) qui voyagera un jour entier sans rafraîchissement. Leurs chevaux de guerre (Horses of service) sont appelés Chiefe hors es ; étant bien dressés, ils sont d'un courage excellent. Ils se manient bien et mâchent bravement sur leurs brides ; communément, ils n'amblent pas, mais galopent et courent (run). Ces chevaux ne sont que pour les escarmouches... Vous avez de la troisième sorte un bâtard, ou métis (mongrel), hobby, presque aussi grand que le cheval de guerre, fort en voyage, aisé en ambiant et très rapide à la course. . . Volaaterane écrivait que cette race provenait des Asturies, la contrée de l'Espagne entre la Galice et le Portugal, de quoi ils sont nommés Aasturcones, un nom appliqué à propos maintenant au genêt espagnol. »

Il serait peut-être impossible de faire la part exacte de la chasse, des courses et de la guerre dans la production du light horse irlandais, jusque dans le cours du xvnr3 siècle, car il est fort probable que le cheval demandé par l'une était aussi celui réclamé par l'autre. Cependant elles durent alors diverger dans leurs effets.

Du côté des courses, l'importation de ce que l'on pouvait alors qualifier de pur sang avait débuté en 1724 avec Fearnought et Infant, et elle fut telle que vers 1750, non moins de cent treize étalons faisaient la monte en Irlande. Les courses se développèrent à ce point qu'en 1739 Georges II défendit celles comportant un plate d'une valeur inférieure à 20 livres sterling. Il en résulta une évolution vers la production du pur sang, qui en fit une branche spéciale dans laquelle l'Irlande n'a jamais cessé de briller. Du côté de la guerre, les événements de 1800 enlevaient tout espoir aux patriotes irlandais. Seule, la chasse, bien plus que toute autre question hippique, continua ainsi à justifier l'élevage du métis.

L'origine de celui-ci remontait certainement très loin, car aux xvie et xviie siècles, l'Irlande, pas plus que l'Angleterre, ne

(') Nag : bidet, petit cheval, cheval de route.

(' ') Hackenie : Ce terme fut introduit en Angleterre par les Normands ; à l'origine, il fut appliqué à un cheval de selle de bon type, plus léger et plus rapide que le Great Horse utilisé par les chevaliers bardés de fer (Sir W. Gilbey, Bart., The Harness Horse).

pouvait échapper à l'engouement pour le croisement avec le cheval arabe, nord -africain, avec le genêt d'Espagne et le coursier napolitain. Le terme mongrel (métis), employé dans le document cité plus haut, ne peut laisser de doute à ce sujet. Mais les étalons de ces souches furent supplantés par le pur sang.

Cependant la chasse à courre ne réclamait pas encore des chevaux vites. » Ce fut en 1780, écrit Sir W- Gilbey, Bart.t que William Childe,de Kinlet, Flying Childe, introduisit la méthode de marcher vite derrière les chiens. Avant l'époque de M. Childe, les hommes montaient en chasse d'une manière que nous considérerions trop lente et par trop prudente, l'obstacle étant pris à l'arrêt; mais l'excitation de la course rapide à travers le pays une fois connue, la vieille et lente méthode disparut vite. » Ici, il est nécessaire de fixer ce qu'était le hunter irlandais de cette époque, métis de premier, deuxième et peut-être de troisième croisement du pur sang avec la jument du pays, et aussi le produit de l'accouplement de ces métis entre eux.

En 1838, dans Wild Sports of the West, Maxwell disait : « Durant le siècle dernier, l'W. de l'Irlande fut célèbre pour sa race (breed) (*) de chevaux. Ils étaient de la classe appelée « the old Irish hunter », un animal fort, endurant, avec bonne ossature (well-boned), qui, sans prétention à une vitesse extraordinaire, était suffisamment rapide pour des fox-hounds, un excellent weight carrier (**), et mieux encore, capable de tenir avec n'importe quels chiens dans n'importe quelle contrée. » Comme sauteurs, en 1809, dans History and Delineation of the horse, Lawrence en dit ceci : « D'Irlande seulement, nous importons beaucoup de chevaux de selle, autant peut-être que 1,500 en un an, plus en certaines années. Les irlandais sont les plus forts et les plus sûrs sauteurs du monde » (the highest and the steadiest leapers of the world).

Comme type, nous avons mieux que des descriptions pour nous en faire une idée exacte ; ce sont les tableaux de Stubbs, de Sartorius, de Ferneley, d'Alken, de Herring et de bien d'autres, remontant à la fin du xvme siècle et au commencement

(') Nous devons faire remarquer ici qu'en matière d'élevage, le terme breed est souvent employé abusivement, sans souci pour la signification que les sciences naturelles attribuent au mot « race ».

(' ') Les expressions weight carrier, heavy iceight, iceight carrying hunter servent à désigner les cbevaux de classe pouvant porter gros poids. Médium et light iceight hunter pour poids moyen et léger.

du xixe siècle. Dans toutes ces œuvres, nous retrouvons le même type de hunter, accusant du sang, de la vigueur, du type, mais aussi une charpente qui en fait de vrais weight carriers.

Ne sont-ce pas ces hunters qui inspirèrent au major Whyte Mel ville cette jolie poésie dont notre muse, hélas ! ne peut donner qu'une traduction libre et sans arriver à en rendre toute la beauté :

Une tête de serpent, une peau de souris,

Un œil comme une femme, brillant, doux et brun ;

Un dos et un rein à porter une maison,

Une croupe pour le faire bondir au-dessus d'une ville.

Dans la contrée très profonde, je vous donne ma parole, C'est un orgueil, un plaisir de le voir allonger. Par jachères et pâtures, il passe comme un oiseau, Pour lui rien n'est trop large, ni trop dur, ni trop haut.

Lundi, nous courûmes une heure dans le Vale ; Pas un bullfinch émondé et de trouée pas apparence, Tous les fossés étaient doubles, chaque clôture avait son rail Et les fermiers sur la ligne fermaient les barrières.

J'étais en tête lorsque nous vînmes au brook,

Un gros, plein à bord et profond jusqu'au menton ;

Comme il l'avait passé, il tourna la tête,

Nous étions huit à l'aborder, sept y plongeaient.

Mais le désir du « toujours plus vite » commençait à se faire sentir. Dans les courses, cela paraissait trop logique, et voici, d'après Hunter Sires, ce qu'en dit un article publié, en 1810, dans Sporting Magazine : » Les Queen's Plates furent données au meilleur de trois parties liées (three heats), sous la condition que chaque cheval, hongre ou jument, porterait 12 stones (76 kilos). Par cette méthode, une race (?) plus forte et plus utile fut vite créée, et si le cheval ne gagnait pas les guinées, il était cependant fort assez pour faire un bon hunter. Par ces croisements, nous avons des chevaux de pur sang, trois quarts sang ou demi-sang, propres à porter n'importe quel poids... »

On sait trop bien que ces Queen's Plates n'empêchèrent cependant pas l'évolution du pur sang vers la spécialisation de la vitesse, sans souci de l'aptitude à porter du poids et pour le demi-sang, la recherche du train continua. Sur ce point, en 1845, David Low exprime une opinion qui marque une étape de cette transformation : « La rapidité du train a été portée à un degré qui assimile la chasse à une course, animée certainement au plus

haut degré, mais différant dans son caractère et les sentiments qu'elle excite, de l'exercice légitime de la poursuite. L'effet commence à être perçu dans les caractères des chevaux employés qui, dans les grandes contrées du hunting, tendent manifestement vers une forme plus légère que celle devant caractériser le vrai hunter. Et même il est maintenant très commun pour un veneur d'user de chevaux entièrement de sang... »

Vers 1860, Stonehenge ne dit pas autre chose lorsqu'il écrit : " Cependant, chaque année, les hunters sont d'origine plus distinguée et deviennent de plus en plus capables de lutter de fond et de vitesse avec leurs rivaux de l'aristocratie chevaline. Très prochainement, nous devons nous attendre à voir le pur sang ordinairement battu, sur le terrain de chasse, par des chevaux ayant en réalité toutes les qualités de la race pure, quoiqu'il y ait une tache dans la généalogie à la distance de quelques générations, mais il faudra produire et dresser ces chevaux uniquement en vue de la chasse. »

Déjà avec la citation reprise à David Low, nous sommes peutêtre tombé dans l'élevage du hunter dans le Royaume-Uni. C'est que, malgré tous nos efforts, il nous fut impossible de trouver trace de documents se rapportant à cette époque et visant spécialement la production de la Verte Erin. Sans nuire au caractère de notre travail, nous nous croyons autorisé à nous baser sur ces faits généraux, car il n'est mentionné nulle part que l'élevage irlandais y ait fait exception et tout fait présumer le contraire.

Vers le milieu du xixe siècle, il apparaît nettement que l'on commença à se rendre compte que la voie dans laquelle on était engagé ne donnait pas toute satisfaction, et nous voyons invoquer les causes qui devaient expliquer la situation moins satisfaisante de la production du demi-sang. La première de celles-ci, la disparition des juments, est signalée, dès 1847, par Sir Henry Smith, au concours agricole de Northampton. C'est là une opinion qui ne cessa d'être reproduite jusqu'aujourd'hui, dans tous les milieux, en Angleterre comme en Irlande, en prenant parfois une exagération qui fait douter de sa valeur réelle. La seconde cause invoquée soulève la question de l'emploi du pur sang. En 1863, dans une étude intitulée The Breeding of Hunters and Roadsters, Gamgee, l'un des premiers, jeta une sorte de cri d'alarme en écrivant : « Une des plus grandes erreurs qui fut faite dans l'emploi de l'étalon de pur sang pour les

juments du pays (country mares) a été la préférence donnée aux plus grands chevaux exhibés, particulièrement si ces monstres bâtards (spurious monsters) avaient un pedigree remontant à Eclipse ou à Childers. En règle générale, ces trop grands (overgrown) étalons de pur sang, c'est-à-dire ceux toisant 16 mains 2 pouces (1 m. 676), ont fait du mal dans les contrées parcourues par eux. »

En 1865, W.-C. Spooner publiait un travail remarquable : Cross-breeding in horses, dont on ne fait bien souvent que répéter les idées aujourd'hui. Loin de contester le rôle du bon étalon de pur sang dans la production des métis, il en proclame, au contraire, toute la valeur, mais en mettant en garde contre les croisements trop violents et contre l'allégissement fatal résultant de l'emploi irraisonné et continu du thoroughbred pendant une série de générations. Il stigmatise aussi l'abus que l'on fait des pur sang de qualité inférieure qui devraient, dit-il, « être remplacés par des entiers de trois quarts ou de demi-sang possédant de l'ossature, de la musculature et de bonnes dispositions pour le hunting ». Il signale aussi le nombre, plus élevé à cette époque que trente ans avant, de produits dont le corps, suffisamment bien conformé, est porté par des membres trop minces et franchement défectueux dans de nombreux points. Il voit en ceux-ci le résultat de ces croisements trop violents et de l'emploi étendu du mauvais pur sang.

Mais où Spooner apparaît quasi en novateur, c'est lorsqu'il fait ressortir l'erreur dans laquelle on a versé jusque-là. Il montre, en effet, que pour les espèces bovines et ovines, et sans avoir perpétuellement recours à la souche amélioratrice, les Anglais ont marché vers un but déterminé, qu'ils ont cherché et qu'ils sont arrivés à fixer les qualités qu'ils recherchaient spécialement : en un mot, qu'ils ont créé des races se reproduisant avec tous les attributs qu'on leur voulait. Il fait ressortir en somme que rien de pareil n'a été fait jusque-là pour le demi-sang, que celui-ci reste toujours un métis et qu'en raison de la diversité et de l'inégalité des facteurs employés, son élevage reste d'une incertitude déconcertante.

A cette époque, la situation précaire de la production du métis fit l'objet de nombreuses études critiques qui trouvèrent un légitime écho dans la grande presse quotidienne. C'est ainsi qu'en juillet 1873,1e comte de Rosebery se fit, à la Chambre des Lords, l'organe de ceux, bien nombreux, « qui désespéraient de l'avenir

du cheval anglais » (Sidney) et obtint la nomination d'un comité chargé de faire une enquête.

Dans leurs conclusions, les commissaires envisagent la décroissance de la population chevaline irlandaise, qui, de 629,075 en 1859, était tombée à 540,745 en 1872, et ils rapportent le fait à l'exportation des juments pour l'étranger, au profit plus élevé, plus certain et plus rapidement réalisé par l'élevage du bœuf, du mouton, etc.

Le pur sang fait l'objet d'investigations serrées et nombreuses, d'une part quant à sa valeur réelle à cette époque, d'autre part quant aux qualités de ceux employés. Sur ce dernier point, voici ce que dit le comte Spencer, Lord gouverneur de l'Irlande, — ce qui ne l'empêchait pas d'élever des chevaux : « Je crois qu'il y a une quantité beaucoup plus grande de chevaux unsound (*) en Irlande qu'en Angleterre, parce qu'il n'y a pas autant d'argent dans le pays. Les gens achètent un pur sang unsound ou broken down et ils en retirent une somme considérable par les saillies, parce que très souvent il n'y a pas là d'autre étalon. « L'abondance de ces mauvais étalons est confirmée, entre autres, par le vicomte Doneraile, par Capt. Fulke-Greville M. P., et nous devons retenir la déclaration bien spéciale de celui-ci au sujet de la production générale : « Je ne suis pas sûr que la qualité a diminué, mais je suis certain qu'il en est ainsi pour l'ossature, que les chevaux sont de beaucoup plus petite ossature (ofmuch smaller bone) ; en réalité, qu'ils sont de beaucoup des chevaux plus petits et plus semblables à des hacks que les grands, forts et puissants chevaux qu'ils avaient coutume d'être.» Il ne fut pas seul de cet avis.

Ne quittons pas l'enquête de 1873 sans signaler les avis concordants de deux grands marchands irlandais, W. Mac Grane et P. Sheils, au sujet de la poulinière pour hunters. Le premier l'appelle a light well bred cart mare, une légère jument de trait de bonne souche, ayant deux ou trois croisements de sang

(*) Pour parler d'un cheval sain et d'un cheval qui n'est pas sain, les Anglais et les Américains emploient des termes ne se retrouvant pas dans la langue française sous forme de termes ayant la même signification. Ces termes sont le substantif soundness et l'adjectif sound pour un cheval sain, le substantif unsoundness et l'adjectif unsound pour un cheval qui ne l'est pas. Pour éviter les périphrases, nous en ferons usage tout en faisant remarquer que leurs significations peuvent varier suivant qu'il s'agit de chevaux reproducteurs ou de chevaux de service.

et remontant à la cart mare de jadis. M. Sheils l'appelle Irish cob, en signalant que quinze à vingt ans auparavant elle était très abondante dans le Sud, où elle était beaucoup employée pour les diligences. Ces deux opinions accusent ainsi un allégissement de l'ancienne cart mare, d'où devait résulter et continuer celui marqué par les produits.

Faisons remarquer ici que l'intervention pécuniaire du gouvernement de même que d'autre mesures pour sauver et encourager l'élevage furent réclamées par tous, mais, d'après S. Sidney, « la conclusion générale du rapport du Lord Rosebery's Committee fut que, comme rien de réel ne pouvait être fait, il valait mieux ne rien faire » ! Certainement, on avait mis à jour bien des faits intéressants ; toutefois, comme résultat pratique, c'était plutôt pauvre, et ce fut le cas ou jamais de dire, avec nos voisins d'outre-mer, que l'on avait fait much ado about nolhing. Le gouvernement ne fit rien, il tint sa bourse fermée et s'abstint de donner suite aux mesures proposées pour mettre un terme à l'emploi des étalons tarés. On en fut ainsi réduit à continuer à discuter l'opportunité des mesures pour prévenir la déroute et la crise qui attendaient fatalement l'élevage du demisang.

L'initiative privée intervint alors et le 4 mai 1875, par une lettre parue dans le Times, Lord Calthorpe offrait une souscription annuelle de 2,500 francs, si cent gentlemen voulaient suivre son exemple. Le résultat fut incomplet et les essais à la Royal Dublin Society durent être abandonnés. Vint alors 1885, année marquant une étape nouvelle dans l'élevage du demi-sang par l'initiative et le désintéressement avec lesquels SirW. Gilbey réalisa la création de la Hunters' Improvement Society. Le premier acte de celle-ci fut l'allocation de sept primes, variant entre 100 et 25 livres sterling, à des étalons de pur sang sélectionnés en vue de la production des hunters. En 1887, la Royal Agricultural Society of England suivait cet exemple. De son côté, Lord Ribblesdale se fit à la Chambre des Lords le défenseur d'une proposition de Sir W. Gilbey, proposition pouvant se résumer comme suit : La somme jusque-là affectée aux courses sous le nom de Queen's Plates n'a pas abouti au résultat espéré ; elle trouverait un emploi plus utile pour l'encouragement de l'élevage. La reine Victoria accéda à cette proposition et créa la Royal Commission on Horse breeding, chargée de veiller à la distribution des Queen's Premium (aujourd'hui les King^s

Premiums), c'est-à-dire des primes à des étalons de pur sang choisis pour produire en Angleterre le fort cheval de chasse, étalons devant effectuer au moins cinquante saillies à un prix ne dépassant pas fr. 52.50. Actuellement, il y a vingt-huit primes de 3,750 francs. Puis, en 1889, après enquête, la Royal Commission décidait que les tares et affections ci-après disqualifieraient les concurrents : 1° Cornage (roaring et ivhistling, pour faire la division entre les corneurs et les siffleurs) ; 2° formes coronaires et du paturon (ring bone), pieds défectueux (unsound feet), maladie naviculaire, éparvin, cataracte.

La Royal Dublin Society ne resta pas inactive et, en 1887, Lord Londonderry, alors gouverneur, obtenait du gouvernement un crédit annuel de 125,000 francs pour encourager l'élevage en Irlande. Celui du cheval y émargea pour 88,750 francs que la vénérable société — car sa fondation remonte à 1731 — était chargée de répartir. Cette somme fut tout d'abord affectée en seize primes de 5,000 francs à des étalons choisis à la condition de saillir, au prix maximum de 25 francs, au moins cinquante juments choisies appartenant à des fermiers dont la métairie ne dépassait pas la valeur de 5,000 francs. Ce système fut plusieurs fois modifié, et de 1892 à 1894 tous les étalons pouvaient concourir pour être admis à saillir les juments choisies, mais ils n'étaient acceptés qu'après avoir été déclarés sains par une commission vétérinaire et après avoir passé l'épreuve d'un examen par une seconde commission au point de vue de leurs qualités. Les propriétaires des juments choisies pouvaient s'assurer, au prix de 25 francs, le service d'un étalon coté à 75 francs, la société payait le supplément. Comme on le voit, c'était là un premier encouragement, mais combien petit! En effet, de 1888 à 1894, on put choisir en tout 7,213 juments, soit une moyenne annuelle de 1,030 juments. Or, pour la période correspondant aux naissances, la production moyenne annuelle fut de 76,800 poulains !

En dépit de la bonne volonté de tous et des encouragements privés qui s'associèrent à celui-là, c'était trop peu pour arrêter la crise qui ne faisait que s'accentuer. Celle-ci apparut dans toute son étendue lors de l'enquête décrétée en juillet 1896 par Lord Cadogan, gouverneur de l'Irlande, et plus récemment, en 1904, lors du référendum organisé par une commission composée de représentants officiels de la Hunters' Improvement Society, de la Royal Commission on Horse Breeding, de la Brood Mare

Society, du Board of Agriculture, du War Office et du Department of Agriculture and Technical Instruction for Ireland. C'est là, avec beaucoup d'autres documents, ce qui va nous permettre d'établir la situation actuelle de l'élevage du limiter irlandais et anglais.

Si nous précisons en disant « production du hunter », c'est parce qu'à côté de celui-ci viennent se placer le cheval de harnais, le poney, le trait léger et même le gros trait. Mais le cheval de chasse et ses dérivés, le cheval de selle et le troupier, forment la base de la question hippique irlandaise et ce sont les seuls qui doivent spécialement nous occuper.

Des documents invoqués jusqu'ici il résulte à l'évidence que, d'une manière générale, le demi- sang irlandais a évolué vers un type plus légèrement charpenté. Mais ce qu'il faut retenir des faits mis en évidence par les différentes enquêtes, aussi bien que par la multitude des articles parus dans les publications officielles et dans les revues d'élevage et d'agriculture, ce sont les croisements hétéroclites, ce sont les types si divers de reproducteurs de toute valeur, utilisés depuis assez longtemps pour obtenir le demi-sang. On comprendrait à moins la crise avouée de l'élève du halfbred, non seulement en Irlande, mais aussi en Angleterre, et l'on se rend compte que tous les échos redisent le même cri : Cette industrie ne rapporte plus.

Lorsqu'on recherche les causes d'une telle situation, on se bute à de grandes difficultés devant la multiplicité, la diversité et parfois l'opposition complète des opinions invoquées* à ce sujet, opinions que l'on a peut-être trop de tendance à généraliser, sans tenir compte qu'elles ne se justifient que par les points de vue spéciaux dont elles émanent, par les conditions particulières et de portée trop locale qui les engendrent, ou encore par une observation insuffisante des faits qu'elles veulent expliquer. On se bute aussi à d'autres difficultés, du fait que l'élevage est une question très complexe. Cependant il y a des causes générales que l'on peut rapporter : 1° aux étalons; 2° aux juments ; 3° à la production même ; 4° à l'absence d'intervention pécuniaire suffisante ou de toute intervention légale de la part du gouvernement pour proscrire l'emploi d'étalons défectueux et tarés. Nous allons les rencontrer en envisageant successivement chacun de ces points qui constituent les titres naturels des chapitres de l'étude d'un élevage et de ses conditions.

Mais avant de les aborder, il convient que nous établissions la

division de l'Irlande au point de vue de la production chevaline. Nous adopterons celle donnée par M. S. Ussher Roberts à l'enquête de 1897 et que l'on accepte comme très exacte sans croire qu'elle soit nettement tranchée. Il fait trois districts :

(Lia jJmWIsx^x,

1° Celui du Centre, du Sud et de l'Est, ayant la Boyne pour limite au nord et comprenant toute la province de Leinster, la partie orientale de celle de Munster et la partie Sud-Est de celle de Connaught. C'est là le district de grand élevage, celui dans lequel, à peu d'exceptions, sont produits les hunters de classe et les meilleurs chevaux de remonte et de harnais.

2° Celui de l'Ouest, avec la partie occidentale des comtés de Kerry, Galway, Mayo, Sligo et Donegal, régions montagneuses n'élevant que des poneys. Pour la plus grande partie, ces régions correspondent à ce que l'on appelle en Irlande les Congested Districts, dans lesquels la pauvreté du peuple est telle que le

gouvernement a dû prendre ces contrées sous sa protection spéciale et prévoir un crédit particulier pour venir en aide aux habitants.

3° Celui du Nord, formé par la plus grande partie de la province d'Ulster, où se produisent le cheval de harnais courant, le cheval de trait et le cheval à tout faire (useful purposes). D'une manière générale, on n'y produit pas le beau cheval d'attelage et surtout pas le beau hunter. Ceux que l'on y trouve sont achetés à deux et trois ans dans le sud, aux grandes foires de Cahirmee, de Ballinasloe, de Cork, de Clonmel, Limerick, Hospital, Spancel Hill, etc. Les éleveurs du Nord sont des nourrisseurs plutôt que des naisseurs.

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