CHAPITRE IV
Les étalons
A. — Les étalons de pur sang
L'ancien hunter irlandais était, nous l'avons dit, le métis de premier, deuxième ou troisième croisement de l'étalon de pur sang avec le cart mare. Il était aussi celui de l'accouplement de ces métis entre eux et l'ancien Irish hunter stallion, que son service n'empêchait pas toujours, comme aujourd'hui, d'être monté et de faire ses preuves à la queue des chiens, était un géniteur fécond marquant ses produits de ses qualités propres. Le pur sang de l'époque n'était pas moins heureux père et tous deux ont leur part dans la haute réputation du cheval de chasse irlandais. Mais tandis que l'étalon hunter perdait du terrain, le thoroughbred voyait sa vogue s'accroître sans limite par la folie de la vitesse qui caractérisa le dernier quart du xixe siècle. On multiplia de plus en plus les croisements sans tenir compte de ce que les générations devenaient de plus en plus légères, on produisait pour le commerce sans penser à l'avenir.
D'aucuns, et non des moindres parmi les personnalités d'une compétence reconnue, voient dans l'extension de l'emploi du pur sang une des causes primordiales de la situation actuelle et il apparaîtrait ainsi que celui-ci fut le propre destructeur de l'œuvre remarquable qu'il avait réalisée. On ne doit cependant pas croire que, sans réserve, ils en accusent le pur sang. Ce qu'ils font c'est le procès de l'abus ; c'est le procès de l'erreur commise en croyant qu'un pedigree dans Weatherby's Stud Book suffisait et suffit à légitimer la valeur d'un thoroughbred comme producteur de hunters ; c'est le procès de l'emploi irréfléchi et condamnable que l'on fit et que l'on fait d'étalons unsound, usés, épuisés ou mal conformés. Tout cela sans prendre en considération que le pur sang d'aujourd'hui n'est plus celui de jadis, et sans égard pour les types si différents de juments auxquelles il fut et il est encore donné.
C'est là, nous semble-t-il, une synthèse exacte des opinions défendues par la très grande majorité des éleveurs, et elle nous paraît également refléter celles qui ont guidé dans leur généreuse
intervention le gouvernement irlandais, la Royal Dublin Society et la Hunters' Improvement Society.
Mais à côté de ces opinions, l'enquête de 1897 vit exprimer toute la gamme des avis, depuis celui faisant du pur sang le seul et unique reproducteur à conseiller, jusqu'à celui lui déniant toute valeur pour produire des weight carriers. Que ces idées dérivent de points de vue spéciaux ou d'observations incomplètes, elles traduisent malgré tout des exagérations et sont inapplicables à une question aussi générale que celle du demi-sang en Irlande. On peut cependant les comprendre jusqu'à un certain point, car, même en matière de pur sang, les autorités sont parfois d'avis bien opposés et l'on conserve de l'enquête de 1873, le souvenir des réponses si typiques et si divergentes de l'amiral Rouss, du comte de Stadbroke et du général Peel, trois personnalités des plus compétentes des choses du turf anglais.
Il y a là trop de causes pour ne pas faire comprendre l'engouement du pur sang qui sévit au point que dans Horse breeding in England etc., Sir W. Gilbey en arrive à dire : lorsqu'un fermier avait une jument à faire saillir, une seule chose retenait son attention, savoir si l'étalon à lui donner était de pur sang. M. T. Webber fut tout aussi catégorique en 1897 : » Les petits fermiers, dit-il, en usèrent jusqu'à en devenir malades. » Mais avec la pauvreté qui règne parmi ces métayers, il ne pouvait être question d'acheter tous chevaux ayant de réelles qualités et pour satisfaire à la demande, l'Irlande fut inondée de la lie, du rebut du turf. Il faut encore y ajouter de nombreux pur sang produits sur place, mais non inscrits au stud book, ce qui n'était pas précisément fait pour donner beaucoup de garanties sur leur valeur. En 1893, d'après Right. Hon. F. Wrench, ceux-ci étaient au nombre de 385 pour 442 inscrits et en 1896, d'après Minutes of Evidence etc., 264 pour 466 immatriculés au Weatherby's Stud Book. C'était là le seul moyen d'arriver à en donner la saillie au moindre prix possible. Sur ce point, Capt. Tuthill, secrétaire de la Irish Horse Breeding Association, fait remarquer que bien que le coût du service soit parfois fixé à une et deux livres sterling, le prix réel n'en approchait souvent pas, étant plutôt d'environ une couronne (6 fr. 25). Sir Owen Slake ajoute en plus que souvent le prix n'est réclamé que si la jument est fécondée.
Ce qu'étaient et ce que sont ces étalons, certains témoins vont jusqu'à dire qu'ils défient toute description ; d'autres les montrent
longs dans le dos, avec les épaules dans l'encolure, légers de membres, hauts sur jambes, manquant d'os et de charpente, avec des tendons maigres, des pieds défectueux, des jarrets farcis d'exostoses et de vessigons. Presque tous en parlèrent, les appelant des termes weeds (*) et iveedy avec le sens méprisable que ceux-ci comportent, présentant leur ensemble sous l'aspect d'une sorte de cour des miracles de l'aristocratie chevaline.
Avant d'aller plus loin, il importe que nous fassions trois parts des thoroughbreds servant en Irlande: l°ceux affectés exclusivement à l'élevage des chevaux de course ; 2° les bons pur sang pour la production du demi-sang; 3° les mauvais dont nous parlons. Voici, d'après le procès-verbal de l'enquête de 1897, la statistique des étalons classés d'après les prix de saillies en 1896 :
En dessous de 25 francs .
De 25 à 50 francs exclus
De 50 à 75
De 75 à 100
De 100 à 125
De 125 à 150
De 150 à 250
250 francs et plus .
Totaux
En rangeant dans la première classe les 33 étalons cotés à 250 francs et plus, en 1896, sur 730 inscrits il restait 697 pur sang pour les deux autres classes. La répartition de ceux-ci en bons et mauvais est impossible à faire, cependant on peut fixer approximativement les idées d'après ce qui s'est passé avec les primes de la Royal Dublin Society :
En 1888, pour 16 primes de 5,000 francs, il n'y eut que 60 concurrents. En 1890, pour 18 61 —
En 1891, pour 16 41
Ces chevaux devaient saillir gratuitement 50 juments choisies, ce qui porte à 100 francs le prix du service et il est intéressant de faire le rapprochement suivant : En 1907, sur 157 étalons admis par le Département de l'Agriculture, les saillies étaient fixées comme suit : 15 à plus de 100 francs, 13 à 100 francs, 129 à 75 francs et moins.
Leinster.
Munster.
Connaught.
Ulster.
Total.
(") Weeds : chose de rebut, mauvaises herbes. Weedy, m^me sens.
A partir de 1892, avec le changement auquel nous avons fait allusion dans le chapitre précédent, voici les résultats à relever :
1892 : 147 étalons présentés, 46 refusés, 101 admis
Actuellement, d'après le règlement en vigueur depuis 1899, le Département de l'Agriculture fait choix des bonnes juments (nominated mares) et alloue 50 à 75 francs pour la saillie, le surplus étant éventuellement payé par le fermier. Pour être admis à servir ces juments, les étalons doivent subir un double examen : celui d'une commission vétérinaire pour être reconnus sains, celui d'une commission compétente chargée d'apprécier les qualités et défauts de conformation et les mérites comme reproducteurs. Ceux qui passent les deux épreuves sont registered, immatriculés. En 1900-1901, sur 298 pur sang présentés 97 seulement furent acceptés.
En admettant avec un document récent (*) « qu'en 1906, il y eut peut-être 100 bons étalons qui, pour une raison quelconque, ne furent pas présentés à l'inscription », on est en droit de considérer les 163 registered comme les meilleurs. Cela ne ferait que 263 bons entiers de pur sang sur un chiffre moyen annuel de 650, et l'on voit combien il reste de place pour les mauvais, même en considérant le nombre 263 comme inférieur à la réalité. On pourra se rendre compte du mal que firent tous ces weeds, mal qu'ils n'étaient du reste pas seuls à faire.
Avec les bons thoroughbreds, nous arrivons à la classe d'étalons dont on ne conteste ni les mérites, ni les services rendus à l'élevage, et il n'est pas discutable que ce type d'étalon rencontre ouvertement peut-être 90 p. c. des suffrages des éleveurs de hunters. Ce n'est pas cependant qu'on puisse dire qu'ils n'aient engendré que de bons produits, car il serait au moins illogique de réclamer d'eux dans l'accouplement avec des juments de demisang, d'origine variable et parfois sujette à caution, ce qu'ils ne donnent pas infailliblement avec celles de race pure et de haute lignée. M. Ch.-W. Tindall, Sir Douglas Brooke et d'autres ont
(*) Horse Breeding Schemes in Ireland. Mémoire soumis par le Département de l'Agriculture au Conseil de l'Agriculture et discuté le 30 novembre 1909, inFarmers1 Gazette du 4 décembre 1909.
cité des cas établissant sans réplique qu'ils avaient échoué avec d'excellentes juments données à de très bons pur sang. Cela n'empêche pas que le thoroughbred a racheté et rachète au centuple ces défaillances isolées par le nombre de produits remarquables qu'il a laissés, par le courant de haute valeur qu'il a infusé aux souches maternelles d'où sortent les beaux heavy weight du notre époque. N'est-on pas en droit de croire que c'est à leur concours que l'élevage dut de ne pas souffrir plus de l'action néfaste des mauvais étalons de toute espèce ; que c'est à eux que l'on doit pour 80 p. c. et peut-être plus, ces merveilleux hunters qui maintiennent la réputation mondiale des chevaux de la Verte Erin ? Faut-il s'étonner alors que tant d'éleveurs ne jurent que par le pur sang et ne croient qu'en lui pour réussir dans leur production ?
Mais nous ne nous avancerons pas trop à dire qu'il est plus facile d'en parler que d'en trouver, même en se bornant seulement à rechercher les qualités de conformation et de type, et sans savoir ce qu'ils seront comme pères de hunters. La difficulté se complique encore lorsqu'on réfléchit qu'il faut pouvoir en donner la saillie à un prix abordable, c'est-à-dire 75, 100, 125 francs, exceptionnellement 250 francs, pour permettre à de tels géniteurs de faire œuvre féconde. C'est là un point qu'on ne doit pas perdre de vue, et qu'il nous soit permis de dire ici que c'est l'erreur dans laquelle versa l'auteur de « Notes sur l'Elevage en Irlande (*) » en montrant, avec infiniment de raison d'ailleurs, qu'Ascetic fut l'un des plus célèbres producteurs de steeplechasers et de hunters. Si nous en croyons Sir Owen Slake, la saillie d'Ascetic était fixée à 1 ,000 francs. Un autre cheval, Brown Prince, grand-père maternel de Merry Matchmaker, dont nous donnons la photographie, était coté à 1,250 francs. En 1904, lorsqu'à Ball's Bridge, Général Peace enlevait la Croker Challenge Cup à Royal Mask qui avait été préféré à Red Prince II en 1903, tous les connaisseurs durent rester en admiration devant ce cheval dont les qualités statiques étaient rehaussées par une belle carrière de steeple-chaser. Mais sa saillie était fixée à 1,250 francs et limitée à 40 juments (**). A coup sûr de tels éta-
(') Bulletin de la Société du cheval de guerre français, septembre 1907.
(") Aujourd'hui cette anomalie a disparu; pour pouvoir concourir, les étalons doivent avoir servi au moins depuis l'année courante, au prix maximum de dix guinées (262 fr. 50) pour les juments de demi-sang.
Ions sont hautement qualifiés pour engendrer des chevaux de chasse et l'on ne doit pas s'étonner s'ils laissèrent une progéniture remarquable. Mais le prix de la saillie les écarte de la production générale, et tout ce qu'ils peuvent faire c'est de procréer quelques demi-sang qui disperseront leur souche dans le pays.
Sans souffrir du renom de ceux-là, Red Prince II restera incontestablement le pur sang idéal pour la production du beau hunter. Il l'était par son type et par une très honorable carrière sportive; il l'était doublement dans son origine, par son père Kendal (par Bend'Or) qui produisit nombre de chevaux de pre mier ordre et par sa mère Empress qui lui apportait le sang de steeple-chaser comme gagnante du Grand National de Liverpool en 1880; il l'était encore comme raceur de haute puissance héréditaire et il ne l'était pas moins par le prix de sessaillies (*), qui le mit à la portée de beaucoup de juments. Mais combien y a-t-il de Red Prince II? Si l'on peut regretter son départ de l'Irlande, on doit admirer le comte de Lehndorff de l'avoir payé bon prix — on parle de 50,000 francs — alors qu'il prenait dix-neuf ans. Il vaudra plus que cela à l'élevage allemand !
Le grand concours de la Royal Dublin Society est une des meilleures occasions pour juger de la valeur et des qualités des bons thoroughbreds dévolus à la production du demi-sang. Il n'est pas à nier que ceux qui y paraissent, méritent l'admiration des connaisseurs; mais il n'y a là que le dessus du panier et le seul reproche que l'on trouverait à faire, c'est qu'ils soient si peu nombreux à ce grand Show qui attire chaque année des amateurs du monde entier. Dans ces quatre dernières années, la classe des étalons de huit ans et plus comporta 11, 19, 18 et 7 concurrents; celle de moins de huit ans : 10, 7, 10 et 11 concurrents, soit annuellement 21, 26, 28 et 18 étalons, alors que le nombre des registered variait entre 160 et 153 et que le nombre total d'entiers thoroughbred était en moyenne de 600.
En dépit de la quantité et de la belle classe de pur sang élevés dans le Royaume- Uni, il ne paraît pas qu'il y ait abondance de hunter getters. L'Angleterre n'est pas seule à les disputer à
(') D'après les renseignements de notre confrère M. Pallin, propriétaire de R.ed Prince II, celui-ci fut coté durant longtemps à 125 francs pour les juments de demi-sang, 185 francs pour les pur sang; ces prix furent ensuite portés à 185 francs et 262 fr. 50 et pour 1906 et 1907, au taux uniforme de 262 fr. 50.
l'Irlande, car depuis longtemps on reproche à l'étranger d'enlever les meilleurs et cet argument trouve place jusque dans des rapports officiels. (Ne serait-il pas plus juste de reprocher aux Anglais de les laisser enlever?)
Dans le but de favoriser l'emploi des bons étalons, le gouvernement irlandais en achète et les conserve pour les revendre aux fermiers avec facilités de paiement, mais voici ce que dit à ce sujet le mémoire cité plus haut : « Le département de l'Agriculture trouve actuellement de plus en plus de difficultés pour se procurer de réellement bons entiers thoroughbreds, à des prix abordables pour les fermiers, même quand le paiement est réduit à une annuité substantielle... A présent nos achats annuels sont insuffisants à remplacer nos pertes par mortalité, vente, etc. »
Ceci nous amène naturellement à parler des qualités recherchées chez ces géniteurs, toutefois, nous ne pouvons penser à les envisager en détail. Du reste, qu'y aurait-il à ajouter aux études remarquables (*) faites récemment par 1 eminent directeur de l'Ecole d'Alfort, aux échanges de vues qui en sont résultés ainsi qu'aux nombreuses observations et discussions soulevées par la question des déformations professionnelles des coursiers? Ces qualités peuvent se synthétiser dans les cinq expressions suivantes : conformation, taille, origine, performances, soundness.
Comme conformation, ce que l'on veut, ou plutôt ce que l'on voudrait toujours, c'est le pur sang bien charpenté, court dans le dos comme conséquence de ses épaules longues et bien inclinées, de son garrot bien étendu et de sa croupe bien dirigée ; haut de poitrine, avec des membres solides, un tour de canon d'au moins 20 centimètres (**). De tels sujets, bien que parfois trapus d'apparence, n'en sont pas moins des longilignes d'un beau modèle. Ils font penser à ceux dont Lord Charlemont, Lumley- Hogson et d'autres parlent en disant : qu'ils sont courts dans le dessus, mais longs dans le dessous par leur épaule bien couchée qui porte l'avant-bras bien en avant, et que ces chevaux de lm575 à lm60 ne paraissaient pas leur taille grâce à leurs poi-
(*) Barrier : Des qualités à rechercher chez les reproducteurs de vitesse, 4e congrès hippique de Paris 1008 ; De l'action amélioratrice du pur sang, 5e idem, 1909.
(**) Red Sahib (par Red Prince II), dont nous donnons la photographie, mesure 21.5 centimètres en dessous du genou.
trines bien descendues. En les caractérisant ainsi, ils les rapprochaient de ceux qu'alors ils considéraient comme mauvais parce qu'ils avaient trop souvent leur longueur dans le dessus et non dans le dessous, avec leurs épaules redressées dans l'encolure, courts dans la côte, avec un dos maigre et un corps semblable à une taille de femme.
En lisant de telles descriptions remontant à près de quarante ans, on voit combien le colonel Cousté, dans sa belle étude Une foulée de galop, est dans le vrai en disant « que nos pères savaient juger un cheval ; que les préceptes vrais de leur temps le seraient encore du nôtre si nous avions eu la sagesse de regarder où nous allions, où nous voulions aller ». Le vrai bon cheval de leur époque est resté le meilleur aujourd'hui pour produire le hunter dont l'une des qualités primordiales est la belle épaule bien allongée en arrière. En revoyant tout ce qu'écrivaient jadis des hommes de cheval tels que Lord Charlemont, le colonel Luttrell, Lumlej-Hogson, etc., et des hommes de science tels que les professeurs Gamgee et Spooner, on ne peut se défendre de constater que, de nos jours, nous ne faisons trop souvent que les copier. Peut-être notre esprit investigateur ne se contente-t-il plus de la simple constatation ou observation d'un fait; nous avons cherché à approfondir la nature de celui-ci pour en expliquer le pourquoi après en avoir pénétré le comment; mais c'est là tout ce que nous pouvons réclamer.
Dans l'appréciation de la conformation, un dernier point, déjà signalé par Spooner, mérite de retenir l'attention. C'est l'action spéciale du farniente du haras, provoquant un développement du corps et une ampleur des formes qui font apparaître les étalons de pur sang retirés du turf comme l'incarnation de la force, de la puissance et de la vigueur. Mais il faut faire la part qui revient à la graisse pour déterminer celle de la charpente et de la musculature seules réclamées ici pour la reproduction du demi-sang.
Comme taille, celle avoisinant seize mains (lm625) paraît la plus estimée et d'aucuns préfèrent même une taille un peu inférieure à celle qui la dépasse trop. Cela paraît résulter de l'observation très ancienne « que le grand pur sang associé à une poulinière près du sang (ivell bred mare) peut produire un grand cheval, haut jambe, mais jamais une monture à poitrine bien descendue... Avec une jument ayant de la taille et du volume, le petit pur sang bas sur jambes réussit mieux que l'autre (9) ». Il est
reconnu aussi qu'avec des mères étoffées, de souche un peu commune, tout pur sang a une tendance à donner une grande progéniture; nous verrons que la production des grands chevaux laisse beaucoup de déchets et que l'on voudrait les éviter en arrivant à des sujets ne dépassant guère lm65-lm67.
A titre documentaire, nous donnons ci-après la répartition par taille des 153 étalons immatriculés en 1909
lm638
La question d'origine est loin d'avoir la même importance que pour le cheval de course. L'extrême vitesse qui fait la valeur dans la lutte au poteau, n'a rien à voir ici, et les chevaux n'ayant jamais gagné, ou retirés parce qu'ils manquaient de train, ont encore une vitesse supérieure à celle dont se contenteraient les meilleurs hunters. L'origine illustre est sans doute une qualité qui s'ajoute aux autres et il semble qu'à valeur égale des chevaux, elle guide la préférence, mais il ne paraît pas qu'elle prévale éventuellement vis-à-vis des qualités fondamentales de conformation. Eu égard à la sélection dont le thoroughbred est l'objet, la question d'origine ne reçoit ici qu'une attention très relative, à moins qu'il ne s'agisse d'une filiation de steeple-chasers. Dans ce cas, cette valeur est très grande, mais elle s'allie souvent avec la statique et la structure recherchées et c'est la seule circonstance dans laquelle on paraît faire mention de cette question.
La portée des performances prend un caractère spécial et, lors du référendum de 1904, ce point fit l'objet de la question suivante : « Estimez-vous que les étalons sans performances de course devraient être handicapés (*) ou exclus? » Sur 466 réponses, 340 furent négatives, 65 affirmatives, 35 pour handicaper seulement et 26 indéfinies. L'opinion générale se manifeste ici d'une manière catégorique et s'il nous fallait condenser les réponses, nous dirions qu'on veut avant tout l'ossature, la musculature et le type, qu'on n'accorde aucune valeur aux perfor-
(') Le texte original emploie le rerhe to discourage (décourager, rebuter, exclure), mais il nous semble que la pensée des auteurs est mieux rendue par le terme français handicapé, pris dans l'acception de « diminuer la chance », qu'on lui attribue par extension.
mances en plat sur moyenne ou petite distance, mais que l'on en attribue beaucoup à celles de steeple sous bon poids et sur bonne longueur.
De cette question de performances dérive celle de l'entraînement, mais les quelques réponses qui y firent allusion, rééditèrent ce que les membres et les juges de la Royal Commission on Horse Breeding avaient dit. Les renseignements suivants (*) concernant l'attribution desKings' Premiums aux Hunter Shows de Londres renseignent complètement sur ce qui est admis aujourd'hui. « Jusqu'en 1903, les étalons furent entièrement jugés d'après leurs mérites, les juges n'ayant aucune information quant à l'âge et à la taille. En cette année, les commissaires royaux décidèrent que si après avoir subi une carrière d'entraînement, un cheval restait sain, et s'il avait montré des mérites dans ses performances, ces faits devaient être portés à la connaissance des juges. » En 1904, les juges s'exprimèrent comme suit : » Nous trouvons que l'information donnée par la Commission, au sujet de la durée de l'entraînement des étalons et de leur carrière sportive, est d'un grand secours pour nous permettre d'apprécier leur soundness et leur constitution naturelles. » Enfin, en 1905, ils ajoutent : « Par ces renseignements, dans certains cas des chevaux qui avaient été capables de soutenir l'épreuve du training, ont été préférés à d'autres probablement écartés du champ de courses pour défectuosités naturelles des membres ou défaut de tempérament. Les juges ne considéraient pas qu'il soit nécessaire actuellement que les concurrents aient gagné une course, mais appréciaient beaucoup en leur faveur qu'ils aient été capables de courir honorablement durant une certaine période. » Placée sur ce terrain, la question de performances cède en somme la place à la valeur à accorder à l'épreuve sérieuse que constitue l'entraînement pour un cheval resté sain, et à ce point de vue elle justifie l'attention et la portée qui lui sont attribuées.
Pour ce qui est de l'état de soundness, nous ne nous y arrêterons pas longuement. Nous avons dit comment fut établie la liste des tares disqualifiant les concurrents et nous n'avons ni à critiquer ni à justifier ce choix, pas plus que nous n'avons à apprécier ici la manière dont l'hérédité pathologique est envisagée dans le Royaume-Uni. Notre rôle doit se borner à constater
(*) Twelfth report of the Royal Commission on Horse Breeding, 1908, p. 6.
qu'elle y est énergiquement défendue et surtout, ainsi que nous l'avons fait ressortir dans un travail antérieur (*), qu'elle y est appliquée par des moyens et avec une sévérité que l'on ne retrouve dans aucun autre pays. C'est à cela que nous devons de pouvoir donner ici, d'après les rapports 1 à 12 de la Royal Commission, la statistique des étalons disqualifiés pour unsoundness, lors des épreuves pour l'attribution des Kings' Premiums aux Hunter Shows d'Islington. On sait que les chevaux sont tout d'abord l'objet d'un premier triage, mais que les rappelés doivent alors être reconnus sains par une commission de vétérinaires, pour pouvoir se représenter dans le ring en vue d'y concourir pour les primes.
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L'enseignement que nous pouvons tirer de cette statistique est le suivant : Les étalons primés reçoivent une somme de 150 liv. st. (3,750 fr.) et ils doivent saillir au moins 50 juments, au prix de 52 fr. 50. D'après les chiffres de la période 1889-1007, le
(') L'organisation des jurys dans les concours et expertises de chevaux facteurs, Bruxelles, 1908.
nombre moyen de juments servies fut de 55 par étalon. La prime équivaut par là à un supplément de 68 francs par jument et la saillie est ainsi payée à 120 fr. 50. Il y a donc lieu de croire à une bonne classe d'étalons. Or, si après un premier triage on arrive encore à un tel déchet, on est en droit de se demander ce que peuvent être, au point de vue sanitaire, les thoroughbreds servant librement en Irlande, et il y a lieu également de se rappeler les déclarations rapportées plus haut, du comte Spencer, du vicomte Doneraile et du capitaine Fulke-Gré ville. On peut croire aussi que, part faite de l'exagération et de la généralisation, de nombreux témoins de 1897 ont traduit une situation exacte ; on peut comprendre également que certains d'entre eux aient pu dire que Yunsoundness plus fréquente de la production actuelle, est le résultat du croisement avec le pur sang.
Pour ce qui est des allures du pur sang, il en est peu question ; cependant N. Morton parla de son trot pour faire remarquer qu'il était nécessaire que le cheval marchât bien clés épaules, fléchissant bien les jarrets, mouvant bien les membres en ligne droite, ne posant ni en pince ni en talons, mais bien à plat. A qualités égales, il donnerait la préférence à un cheval marchant aussi un peu du genou. Pour apprécier cette opinion, il faut tenir compte que N. Morton, quoique grand exposant de hunters de haute classe, habitait une région (Ballymena) où l'élevage du cheval de harnais est en faveur. Malgré cela elle ne doit pas être considérée comme peu partagée, parce que le pur sang est largement employé dans le Sud pour produire les beaux chevaux de harnais. Quant au galop, si nous le mentionnons, c'est afin de citer le fait avancé par M. Burdett-Coutts pour en faire ressortir le caractère héréditaire : « Si vous sortez une jument hackney et son poulain de leur boxe, dès la première fois vous verrez que le foal trottera et steppera à côté de sa mère, tandis qu'un jeune thoroughbred galopera. »
Pour en finir avec la question du pur saug, il nous reste à envisager les résultats de son emploi dans les conditions que nous venons de fixer. Le rôle du bon thoroughbred n'est pas contesté, et comme améliorateur aussi bien que comme producteur, il est reconnu supérieur à tous les autres lorsque les juments sont conformées (suitàble) pour lui être alliées, exception faite d'exigences locales qui justifient aussi l'emploi d'entiers d'autres races. En revanche, le mauvais pur sang est accusé ouvertement et sans restriction d'avoir fait beaucoup de mal à l'élevage irlandais.
Sur le point spécial de l'allégissement, il n'y a guère d'opinion discordante, l'emploi continu du pur sang a entraîné et entraine fatalement la production de générations de plus en plus légères.
Le fait a peut-être été moins apparent chez les grands éleveurs parce qu'ils partaient de juments bien conformées, d'excellentes souches, données à de bons entiers et aussi parce qu'ils pouvaient éventuellement se permettre de continuer l'élevage en conservant les meilleures pouliches, accusant du gros. Certaines familles de hunters ont été remarquables sous ce rapport, mais ce sont là des cas isolés et nous verrons l'avis judicieux qu'en déduisit le richissime éleveur londonien M. Burdett-Coutts M. P.
L'effet a surtout été marqué chez les moyens et les petits fermiers, c'est-à-dire la très grande masse des producteurs de demi-sang, disposant de juments de classe inférieure ou moyenne et de souches souvent douteuses. A peu d'exceptions près, la plupart d'entre eux voyaient leurs bons produits enlevés par le commerce et c'est avec les refusés qu'ils continuaient l'élevage.
En dépit de cela, les documents publiés depuis longtemps sur la question du hunter, laissent l'impression nette et précise que l'emploi continu du pur sang allégit progressivement les générations. On comprend ainsi que beaucoup en arrivent à affirmer qu'après un nombre de croisements variant avec les origines des mères, on n'obtient plus que des iveeds, des produits trop légers, des claquettes invendables auxquelles ils rapportent pour la plus grande part la crise de l'élevage du demi-sang. Dans de telles conditions, il fallait rendre du gros aux produits, et c'est ainsi qu'entrèrent en scène les races de gros trait.
B. — Les étalons de gros trait
Aussi étonnant que puisse paraître sur le continent cet emploi des étalons de gros trait dans la production du demi-sang, il ne semble cependant pas contestable. Certainement, nous n'entendons pas rapporter que cet emploi est général, ou même qu'il se fait sur une certaine échelle, nous voulons seulement affirmer qu'il existe, et le premier document que nous invoquerons est une lettre (*) de M. R.-G. Carden, le grand éleveur de Borrisoleigh (Tipperary), secrétaire honoraire de la Royal Dublin Society, que la Hunters' Improvement Society vient
(") In Live Stock Journal, 24 février 1905, p. 178.
d'appeler à sa présidence. Après avoir rappelé la répartition des 2,460 étalons faisant la monte en Irlande en 1903, et après avoir parlé des pur sang et des demi-sang, il ajoute : « Mais je regrette de dire que nous ne pouvons nous permettre d'oublier la question des shires, des clydesdales et autres gros trait atteignant le chiffre élevé de 630 étalons, soit pratiquement le même nombre que pour les pur sang. Quiconque ayant quelque connaissance de l'élevage en Irlande, admettra que la production du gros trait est pratiquement nulle, par conséquent à quoi servent ces sbires, ces clydesdales et autres ? Dans le plus grand nombre de cas, ils sont utilisés pour être croisés avec les juments légères près du sang (light well bred mares) en vue de produire de la taille et du volume. »
En 1897, un autre grand éleveur, particulièrement compétent, M. W.-T. Trench, disait : « qu'il y avait beaucoup de sang de thoroughbred dans sa contrée (Tipperary) et que ce sang est croisé avec ce que nous appelons des étalons de demi-sang et avec des étalons Suffolk punch et shires ». Un autre éleveur encore, M. T. -M. Carew, habitant sur la frontière du comté de Meath et du King's County, un des bons pays d'élevage, rapporta ce que nous résumons ci-après. Pour obtenir des produits ayant la taille et la masse qui qualifient leur aptitude à porter du poids, nous avons dû recourir à du sang de gros trait. Ce sont les clydesdales seulement qui nous les ont donnés et nous avons eu le plus gros prix pour les produits de juments ainsi obtenues, lorsqu'elles ont une couple de croisements. Le fait de l'accouplement de juments légères avec des étalons de gros trait a été reconnu par M. Archibald (Fermanagh), et M. Richard O'Malley signala deux produits de juments de pur sang par des étalons clydesdales, qu'il vendit comme hunters, l'un 3,125 francs à trois ans, l'autre 10,500 francs à cinq ans. Voici enfin pour sa portée générale ce que nous trouvons dans The Farmers Gazette, du 4 septembre 1909, sous la plume de M. T.-W. Webber : « Si ces races (pur sang, hackney, shire, etc.) ont été produites par un juste système d'élevage, il est impossible de croire que le système actuel d'élevage des hunters (par l'usage alternatif de l'étalon de pur sang pour la qualité et le shire pour le volume) en Irlande, est bon {correct.) »
Nous pourrions multiplier les citations, mais nous reviendrons sur cette question à propos des juments ; disons cependant que cet emploi est hautement condamné.
Shires.
Clydesdales.
Total.
A l'appui de ce que nous venons de rapporter, nous devons encore signaler le fait suivant. En conformité du règlement pour l'encouragement à l'élevage, les shires et les clvdesdales de race pure pouvaient seuls être enregistrés pour tout le pays, au même titre que le pur sang; mais à partir de 1905, le département de l'Agriculture limita exclusivement cette admission à ceux destinés à la province d'Ulster, aux comtés de Louth et de Dublin et au territoire situé dans un rayon de 16 kilomètres de la ville de Cork. C'était reconnaître là que ces races ne devaient plus être encouragées dans les autres comtés où l'on ne produit pas de gros trait, mais où il n'y a pas moins bon nombre d'étalons de ces races, ainsi que le montre la statistique ci-dessous. Cela confirme d'une manière tacite, nous semble-t-il, les faits avancés par MM. Carden, Trench, Webber et tant d'autres.
Moyenne 1900-1905.
Province de Leinster ....
» Munster ....
» Ulster
» Connaught . . .
G. — Les étalons de demi-sang
Il serait impossible d'en parler sans faire ressortir les différents types qu'ils comportent, différences justifiant les avis si divers dont ils furent et sont l'objet. On en rencontre, en effet, de tous les formats, de tous les modèles et aussi de toutes les origines, allant depuis l'étalon grossier et commun n'ayant qu'une dose minime de sang et de souche plus que douteuse, jusqu'à celui sorti d'une longue suite de générations de thoroughbred et dont le pedigree comporte à l'origine — le plus souvent du côté maternel — une jument half bred ou hunter de l'ancien type. C'est là la tache qui leur ferme l'entrée du Weatherby's, car à dose infinitésimale près, ce sont là des pur sang et ils le sont tout autant que l'était l'immortel Eclipse. Dans le langage du breeding, c'est à ce type d'étalons qu'on donne l'appellation de cocktail, et les annales de l'élevage ont conservé les noms de certains d'entre eux ayant fait souche réputée ou joui d'une haute renommée. Tels sont les sang de Merry Andrew
et Diamond dans le Cork, Harkaway dans le Down, Mackintosh dans le Limerick, Oswestry, May Boy, etc.
Au sujet de ces noms, faisons remarquer que Cox signale un étalon de pur sang du nom de Merry Andrew faisant la monte en Irlande vers 1750. Or, à l'enquête de 1897, M. John Barry traça jusqu'à ce Merry Andrew la généalogie de cette souche appelée, suivant les endroits, Merry Andrew, Old Andrew ou Andrew. Cox signale aussi un étalon du nom d'Harkaway descendant par père et par mère du fameux Pot80s par Eclipse. En 1839, la Sporting Review en parle comme un cheval extraordinaire auquel ses qualités valurent le surnom d'Irish Eclipse. Enfin, M. John Barry fait encore mention d'une autre souche ancienne remontant à des chevaux de pur sang appartenant à M. Hutchins et il y a là un rapprochement à faire avec ce que la France Hippique publiait récemment à ce sujet.
Comme steeple-chasers, il ne faut pas remonter loin pour voir de ces cocktails battre des lots de pur sang de grande valeur dans des courses classiques. C'est le cas pour Roman Oak, enlevant beaucoup d'épreuves en 1891 et gagnant la grande course de Manchester (50,000 fr.) en 1892. Parmi les winners du Grand National de Liverpool, on compte une série de ces demi-sang : The Lamb (1868 et 1871), Pathfinder (1875), Zoedone (1893), Old Fox (1886), Gamecock (1887), Frigate (1889), Flex (1890) et Corne (1891). Ce sont là quelques noms cités par Sir W. Gilbey, Barfc. dans Hunter Sires. D'un autre côté, le comte de Coventry et le capitaine Townshend signalent respectivement comme tels Hotspur et Curzon, qui coururent et se placèrent dans le Derby.
A côté du cocktail, il convient de placer le demi-sang élevé selon la formule de la Hunters' Improvement Society, que celle-ci inscrit à son stud-book et auquel nous réserverons le nom d' « étalon hunter ». Ces étalons sont : 1° Ceux descendant de pur sang par le père depuis la troisième génération ou d'étalons hunters qualifiés et de juments hunters qualifiées ; 2° ceux produits par un hunter qualifié hors d'une jument de pur sang.
Enfin on peut faire une troisième classe de ce que nous appellerons l'« étalon métis » et dans laquelle on rangerait tous les métis sans origine authentique connue ou acceptable, produits de tous les croisements possibles et parfois apparentés de près à une race de trait ou de gros trait. Dans ce qui suivra,
nous utiliserons ces trois expressions dans le sens que nous venons d'établir et nous désignerons l'ensemble par l'expression « étalons de demi-sang ».
La question de l'étalon de demi-sang est soulevée depuis longtemps dans le Royaume-Uni, mais elle réapparaît sans cesse, gagnant de plus en plus d'importance et faisant l'objet de toute l'attention du gouvernement irlandais et de la Hunters' Improvement Society. Elle donne lieu à des discussions et à des polémiques sans fin ; toutefois il semble que le camp des partisans défendant la formule de la H. I. S. rallie de plus en plus l'opinion. L'enquête de 1897 ne pouvait manquer d'offrir le même aspect ; cependant bien des avis défavorables paraissent dus à ce que l'on parlait trop souvent sans spécification aucune, à ce que le bon demi-sang est très rare et aussi à l'observation, très exacte sans aucun doute, des résultats souvent sinon toujours désastreux donnés par l'étalon métis.
A moins d'une de ces bizarreries, d'ailleurs exceptionnelle dans ce cas, des choses de l'hérédité, on ne peut attendre de ceux-ci des produits de quelque valeur et leur progéniture est de rang très inférieur. Cependant, s'il faut en croire certains éleveurs, au point de vue de la vente, cette production est néanmoins d'un placement moins difficile que les rebuts genre ficelle issus de mauvais pur sang. Cela tient à ce qu'ils sont plus étoffés, qu'ils trouvent plus d'emplois que les autres, et non à une question de qualités ; les uns comme les autres sont des rebuts ou des déchets, mais l'élevage doit trouver à les écouler. Personne ne pensa à ces étalons métis, si ce n'est pour dire qu'ils devraient être exclus, si ce n'est pour mettre en évidence tout le mal qu'ils ont fait à l'élevage irlandais.
Les deux autres classes ont trouvé et trouvent plus de défenseurs que d'adversaires. Nombre de ces étalons se sont affirmés remarquables par leur progéniture et quelques éleveurs ont même reconnu au cocktail une certaine supériorité sur le pur sang dans la constance à donner ou à conserver de la charpente à leurs produits. Capt. Tuthill fut très documenté sur ce point, citant de nombreux noms de ces cocktails et étalons hunters qui donnèrent une production remarquable aussi bien comme type et qualités que par les prix auxquels elle arrivait et par la recherche dont elle était l'objet de la part des veneurs et des marchands.
Mais pour être impartial, nous devons reconnaître aussi que
l'on peut invoquer des témoignages mettant en évidence les défaillances du bon demi-sang et il en est qui lui ont contesté toute valeur en se basant sur la théorie que l'un des parents devait être de souche pure.
Nous dirons un mot plus loin au sujet de quelques-unes de ces théories, mais nous donnerons ici, bien qu'elles soient assez longues, deux réponses qui paraissent mettre au point la question de l'emploi du géniteur half bred.
Le Capt. Fife n'a aucune confiance dans l'étalon métis, mais il en a beaucoup dans l'étalon hunter. « En utilisant un tel cheval, vous pouvez obtenir des reproducteurs d'une puissance extraordinaire et, à mon avis, c'est là un grand avantage. Les fermiers se plaignent invariablement que lorsqu'ils mettent un petit pur sang sur des juments légères près du sang, ils perdent la taille et obtiennent quelque chose d'invendable. Comme conséquence, malheureusement, ils donnent leurs juments soit à des cleveland, soit à des hackneys, soit à ces demi-sang dont ils ignorent l'origine; ils obtiennent et élèvent alors un lot d'animaux communs inutilisables. Je pense qu'il y aurait grand avantage à fournir l'étalon que la Hunters' Improvement Society essaie de faire procréer. Je ne veux pas dire qu'un étalon de pur sang ne peut pas être, et il l'est parfois, aussi entièrement puissant que le type élevé dans la voie proposée. Par exemple, nous ne produirons aucun demi-sang qui soit plus puissant que Yard Arm (par Private et Conviction), c'est aussi le cas pour Royal Meath en Irlande; mais il n'y a pas une offre suffisante de chevaux ayant pareille puissance. L'introduction de l'étalon hunter serait plus avantageuse pour le fermier que pour le gentleman qui peut envoyer ses juments à longue distance pour avoir de bons étalons. »
M. Burdett-Coutts M. P. : « Mon opinion au sujet de l'élevage du hunter en Irlande dérive de ce que, pour moi, l'usage constant et successif du pur sang détériore la souche des hunters. On trouve en Irlande des weight carriers avec toutes les qualifications essentielles que comporte ce terme — taille, substance, bonnes épaules, membres courts, ossature forte et nette, qualité, endurance, avec des pieds durs et larges, et par-dessus tout, sains. Quelques-uns de ceux-là sont des sept huitièmes de sang, d'une souche de hunters connue depuis des générations dans le pays, il en est même qui sont plus près encore du pur sang. Ces chevaux ont résisté depuis des générations à l'action détérioratrice {deterioratiug opération) du croisement du pur sang en ce qui con-
cerne leur volume pendant qu'ils ont retenu ces propriétés nécessaires au hunter que le pur sang seul possède. Cela montre qu'ils doivent avoir une grande force de prépotence (a strong force of prepotency) à l'égard des propriétés si essentielles pour les hunters, propriétés que le pur sang ne possède pas et dont vous voulez imprégner la souche des hunters. Retenez quelques-uns de ces chevaux comme étalons et, avant de les utiliser, assurezvous qu'ils ont de bonnes dispositions pour le saut, qu'ils ont de l'allure et de l'endurance. Cette épreuve vous permettra de savoir s'ils sont sains du côté de la respiration et s'ils sont indemnes d'autres points faibles héréditaires {transmissible iceakness). Admettez ce croisement toutes les fois et partout où le type du pays devient léger et weedy, et pendant que vous resterez fidèle au vrai hunter, vous améliorerez beaucoup son type... Je crois que cette manière de faire serait supérieure à l'introduction du hackney, infiniment meilleure que l'usage exclusif, constant et successif du pur sang, et cette idée mise en pratique provoquerait une grande amélioration dans la race du weight carrying hunter. »
En 1904, la commission du référendum avait prévu la question suivante : « Trouvez-vous que les poulains puissants, avec de l'os et des actions, provenant de juments hunters approuvées, devraient être conservés entiers en vue de servir d'étalons? » Les réponses furent : oui, 256; non, 170; indécis, 40. « Ces réponses, dit le rapport, offrent un intérêt d'autant plus grand pour la Hunters' Improvement Society, qu'elle était déjà entrée dans cette voie. Pour l'inscription au Hunter S. B. des étalons de cette catégorie, trois croisements de sang sont exigés du poulain (du père, père de la mère, et père de la grand-mère). On encourage d'autre part, aux expositions, les éleveurs à garder entiers les poulains hunters dont la mère est inscrite au H. S. B. Par là, il est agréable pour la société de trouver qu'une aussi grande proportion de correspondants sont d'accord avec les actes de la société, comme indication d'une juste appréciation des sentiments des éleveurs en cette matière. «
Dans les 256 réponses affirmatives, 150 expriment une approbation emphatique : » C'est la meilleure chose à faire. Ce qui est demandé aurait dû être fait depuis longtemps. C'est la vraie solution de la difficulté : par ce moyen se former une race de weiglit carrying hunters qui procréeraient conforme au type (wich would breed true to type). Un correspondant irlandais va jusqu'à dire
que « cet étalon avec trois ou quatre croisements de sang est l'espoir économique de l'Irlande ». Mais parmi les réponses négatives, 131 sont tout autant défavorables. « Aucune idée ne pourrait être plus dangereuse. Une grande erreur, vous ne pouvez vous passer de l'étalon de pur sang, etc. » Nous ne pouvons penser à rapporter toutes»les raisoDS invoquées tant par les partisans que par les adversaires, nous avons tenu à caractériser les idées qui ont cours sur cette question ; ceux de nos lecteurs que la chose peut intéresser, trouveront dans l'ouvrage du comte de Comminges, Le Hunter, la traduction in extenso du rapport du Comité du référendum de 1904.
A en juger par ce qui se passe actuellement, il ne paraît pas contestable qu'en Irlande surtout il y ait un grand mouvement en faveur de l'encouragement et de l'extension de l'emploi de l'étalon hunter, en faveur de l'opinion rééditée par Charles-W.Tindall, lorsque quarante ans après Spooner il disait dans How to breed to a desired type : « Quelqu'un peut-il s'imaginer que les hunters doivent être la seule race qui ne se reproduise pas? » C'est ainsi que depuis 1906 les étalons de demi-sang de bonne souche sont admis à l'inscription par le gouvernement irlandais, au même titre que ceux de pur sang et après avoir, comme ceux-ci, subi victorieusement le double examen de leur soundness et de leurs qualités. C'est ainsi également que le département de l' Agriculture s'efforce d'en faciliter l'acquisition par les fermiers, soit par le prêt d'une partie du prix d'achat, soit en achetant lui-même les jeunes étalons hunters qu'il revend aux éleveurs avec facilités de paiement.
Dans cette intention deux plans furent essayés : 1° L'un consistant à offrir un bon prix pour les jeunes entiers de trois ans conservés jusque-là par les fermiers; 2° l'autre visant à les rechercher vers l'âge d'un an. Le premier système souffrit de ce que les fermiers ne furent pas empressés à conserver leurs poulains entiers jusqu'au moment où ils pouvaient les présenter et alors les voir peut-être refuser. Le second réussit mieux; le département élève les poulains achetés dans ses deux dépôts d'étalons des comtés de Dublin et de Galway; ceux qui sont reconnus sains et recommandables à l'âge de trois ans, sont vendus pour les districts où le besoin s'en fait le plus sentir. « L'expérience tentée fut un succès et maintenant nous nous trouvons purement dans l'obligation d'augmenter nos opéiations en consacrant un plus grand crédit à celles-ci. »
Le mémorandum du 4 novembre, auquel nous empruntons ces détails, manifeste d'une manière caractéristique l'extension que l'on cherche à donner au hunter sire, même au détriment du pur sang : <■■ Pour l'amélioration de l'élevage en Irlande, notre première tâche est sûrement de nous mettre en état de remplacer au moins un millier de nos plus mauvais et unsound étalons par d'autres sains et recommandables (suitables). Des thoroughbreds en nombre suffisant ne peuvent être obtenus et il n'est pas non plus désirable qu'il y ait trop d'étalons de pur sang... Heureusement l'Irlande a ce qu'il lui faut sur son sol. On y élève en abondance des étalons de demi-sang de première classe, suffisamment forts pour le travail de ferme. L'ennui est que la valeur d'un cheval de première classe est plus grande pour un hongre que pour un étalon et c'est à ce fait qu'il faut rapporter la présence de tant d'étalons inférieurs. »
Quelque opinion que l'on professe au sujet de la valeur comparative du bon entier de pur sang et de l'étalon hunter de bonnes souche et qualités, il paraîtra que le gouvernement irlandais fut heureusement inspiré en prenant cette décision. Dans l'impossibilité où il se trouve de se procurer assez de bons thoroughbreds, devant l'augmentation de la demande des petits éleveurs pour un bon demi-sang et surtout devant l'impérieuse nécessité qu'il y a à remplacer quantité d'étalons pur sang, métis et autres, aussi unsound que de conformation défectueuse, pour tout cela il n'est pas à contester que pareille mesure doive rallier les suffrages de tous ceux qui, sans idée préconçue, admettent la valeur indiscutable du bon pur sang, mais n'hésitent pas non plus à croire que le rebut du turf est et restera un rebut que l'élevage du demisang doit exclure sans pitié.
Que l'on se représente que la saillie de certains half bred est cotée à une demi-couronne (3 fr. 20) ; on en déduira le mal qu'ils ont fait, qu'ils font et l'accueil que devait trouver l'application du projet du Department of Agriculture and Technical Instruction.
D. — Les étalons de trait léger
Jusqu'ici, en parlant de l'ancien cheval irlandais, nous avons indifféremment employé les termes draught horse et cart mare, mais ce qui se passe aujourd'hui nécessite une différenciation pour éviter toute équivoque dans ce qui suit. En Angleterre,
les expressions cart et draught sont en réalité synonymes, elles s'appliquent aux chevaux de trait et on spécifie la destination de ceux-ci par les appellations dray horse, heavy draught horse, wagon horse, lurry horse, active lurry horse, van horse ou vanner, parcel carter, etc. Mais en Irlande, le terme cart parait réservé aujourd'hui aux chevaux de gros trait genre shire, clydesdale ou suffolk punch, et le qualificatif draught se rapporte à un type moins corpulent que l'on pourrait assimiler aux chevaux de trait léger. Les statistiques irlandaises réunissent ceux-ci sous le nom à'Agricultural horses.
Voici ce qu'en dit M. R.-G. Carden dans sa lettre au Live Stock Journal : » La grande majorité d'entre eux proviendrait de chevaux n'ayant aucune parenté avec le pur sang ; ils seraient élevés depuis des générations de lignées de demi-sang (breed for générations on half-bred Unes), mais ils sont en même temps un type d'étalons à membres nets et d'un tempérament énergique {a clean legged active stallion). » Capt. Fetherstonhaught considère que ceux de sa région ont un bon mélange de sang de gros trait. Le 30 novembre dernier, à la réunion du Conseil de l'Agriculture, le professeur Campbellen par la sous le nom de : « half-bred Irish draught stallion ». C'est d'après cela que nous sommes amené à nous les représenter comme un type de trait léger, de format variant avec le milieu où ils sont élevés, pour répondre aux besoins multiples de l'agriculture et des petits tenanciers. Pour se figurer l'importance que ce cheval de trait prend dans l'élevage irlandais, nous donnerons, d'après Agricultural Statistics, la répartition par destinations de la population chevaline de la Verte Erin :
Agriculture. .
Transports . .
Récréations . .
Jeunes chevaux
Total. .
Autant le gros trait anglais aux extrémités garnies de longs poils trouve d'adversaires, autant le draught horse trouve de partisans. C'est ce qui lui valut d'être admis à l'inscription en 1906 et lors de la réunion du Conseil de l'Agriculture, il n'est personne qui ne parla en sa faveur pour justifier les encouragements dont il est déjà et dont il devrait être l'objet. On l'a mon-
tré d'un élevage plus rémunérateur que celui du demi-sang et se prêtant beaucoup mieux aux conditions de milieu pour répondre aux exigences des petites fermes. Pour ce qui est de ses rapports avec la production du demi-sang, voici l'avis exprimé par M. O'Reill : « L'opinion existe que le croisement de sang shire et clydesdale avec le hunter irlandais avait un effet préjudiciable, mais, malgré cela, il doit être admis que la force doit être communiquée d'une certaine source à la progéniture du pur sang si l'on veut maintenir le caractère du cheval de chasse irlandais. » Nous verrons tantôt que cette source réside dans le cheval de trait et que l'on apprécie hautement, dans ce but, la valeur de l'Irish draught horse moderne. Que celui-ci ait une grande parenté avec l'ancienne souche, c'est là chose possible, mais il est certain que les étalons de ce type, bien plus que les gros trait, ont servi et servent encore aux croisements avec des juments de pur sang et des juments de demi-sang très légères pour engendrer des produits ayant du gros. De nombreux témoignages en font foi et nous reviendrons sur ce point à propos des poulinières de trait léger.
E. — Les étalons hackneys
L'opposition suscitée, au moment même où nous écrivons, par le projet qu'avait le gouvernement irlandais d'importer quatre étalons anglo-normands en vue de faire quelques essais dans le district nord, donne à l'emploi du hackney un caractère tout particulier d'actualité ; c'est ainsi que nous nous y arrêterons plus que nous ne comptions le faire.
Bien qu'en 1873 lord Charlemont fit déjà mention qu'il possédait un étalon trotteur de Norfolk, prototype du hackney actuel, ce n'est guère qu'en 1891 que la question du hackney fut soulevée. On avait en vue de l'introduire dans les Congested Districts pour donner aux poneys élevés dans ces régions un peu plus de type, un peu plus d'allure relevée, aux fins d'augmenter leur valeur commerciale. La question fut étudiée par un comité et douze étalons y furent introduits en 1892 ; mais, à ce moment, il y en avait déjà quelques-uns dispersés dans différentes régions de l'île.
En 1897, le hackney trouva une opposition irréductible de la part des éleveurs de chevaux de selle, et même quelques éleveurs de chevaux de harnais demandaient à ce que l'on cherchât à
préserver de ce sang les chevaux d'attelage dont le type irlanlandais avait toujours été fort recherché, sans qu'il eût été nécessaire de recourir jusque-là au hackney. Cependant, il trouva de grands défenseurs parmi ces producteurs de chevaux d'attelage, pour la raison que ceux-ci gagnaient de la valeur par une belle allure et parce que l'étalon hackney était le meilleur à employer dans ce but, le pur sang ne donnant point à ses produits le trot relevé recherché et bien payé par le commerce. Certains éleveurs de hunters le défendirent également et nous relevons, entre autres, le témoignage de M. Carden disant « qu'il considère le croisement du hackney sur des juments de rebut du pays comme préférable à celui du pur sang dont on peut se servir à ce moment » .
D'une manière générale, on ne contestait pas la valeur du hackney pour donner le cheval d'attelage, mais on craignait l'introduction de ses produits dans les centres d'élevage du hunter, où, d'après la grande majorité, ils causeraient un grand préjudice. L'opposition répondait à cela qu'ils ne feraient aucun lort, que le hackney était un cheval plein de sang et qu'il donnerait du gros aux produits. Encore une fois toutes les opinions se firent jour et les commissaires eux-mêmes se séparent sur ce point. Sept d'entre eux conclurent » que l'encouragement des étalons hackneys ne devrait pas être continué aux dépens du budget » ; quant aux cinq commissaires restants, ils estimaient « que, dans la répartition du crédit, les besoins de chaque classe d'éleveurs devraient être reconnus en donnant le pur sang ou l'étalon hunter aux producteurs de chevaux de chasse..., le hackney à ceux de chevaux de harnais ». Quoi qu'il en soit, le gouvernement n'admit jamais les hackneys à l'inscription et aux encouragements officiels — sauf pour les Congested Districts — et, à en juger par la statistique de la répartition des étalons par races, la vogue des hackneys ne s'accrut guère ; leur nombre resta stationnaire.
Quant aux services qu'ils rendirent, il y a de quoi contenter tous les goûts. Capt. Hayes, dans son livre, fait mention d'une jument par un hackney hors d'une poulinière hunter, marchant et trottant remarquablement, mais étant très dure au petit galop {very rough at the canter) et n'ayant « aucune idée du galop allongé ». Par contre, M. Morton mentionne avoir vendu à gros prix des hunters produits par un étalon hackney. Enfin, Rui'us, un des meilleurs sauteurs de concours du Royaume-Uni, n'est
autre qu'un hackney de souche pure. Néanmoins, dans leur ensemble, il ne semble pas que ces services aient été ce qu'on pouvait en espérer, car, en pensant aux anglo-normands, le gouvernement voulait les introduire « où il est désirable de tenter quelques essais en vue de remplacer les étalons liackneys, shires et clydesdales ». (Lettre de R. Hon. T. W. Russel, vice-président du Department of Agriculture.)
La question de l'introduction des anglo-normands, achetés à la fin de 1909, a soulevé trop de polémiques pour que nous n'en disions pas un mot d'après une lettre de M. Russell à M. P. A. Meeham, M. P. La mise en application du programme du gouvernement concernant les étalons de pur sang et surtout ceux de demi-sang a eu un succès qui fut beaucoup apprécié dans le centre et le sud du pays, mais elle n'a pas rencontré les besoins des éleveurs du nord, « qui ont refusé fermement jusqu'ici d'acheter soit des demi-sang, soit des pur sang. Ils demandent un cheval plus fort, avec des actions, qui peut les aider dans la production du cheval de harnais... Le département considéra qu'il était de son devoir de chercher à satisfaire à cette demande et l'un des objets de l'expérience fut de savoir si les chevaux (anglo-normands) à essayer avaient les qualités que réclament les éleveurs du nord et si ces qualités étaient propres à être transmises à leur progéniture. Quant aux anglo-normands eux-mêmes, il n'est pas étonnant que tant de personnes firent des objections, attendu que, dans les controverses, ils furent diversement décrits comme Belgian hearse horses (chevaux belges de corbillard), Paris fanerai horses (idem), chevaux de trait, percherons gris ».
Nous n'avons ni à justifier l'essai projeté, ni à apprécier l'opposition que trouva l'introduction de ces anglo-normands, mais nous devons reconnaître que les motifs invoqués et la manière dont ces chevaux furent décrits, dépassent tout ce que l'on peut imaginer. C'est ainsi que M. Irving, disant bien connaître la Normandie et ses chevaux, n'hésite pas à écrire ce qui suit : " Ces chevaux sont les plus jolis du monde, mais aussi les plus mauvais. Ce sont des brutes sans utilité (useless brutes), sans courage ni mouvement, qui tomberaient plutôt que rester debout. 80 p. c. des chevaux que vous voyez au travail en Normandie ont les genoux couronnés par suite de leurs mauvaises actions et de leur manque de courage. » Après cela, on aura une idée de la valeur des opinions mises à jour pendant cette polémique.
A côté de ces cinq classes d'étalons, on en trouve d'autres races : Suffolk punch, comme gros trait; Cleveland bai et carrossiers du Yorkshire ; arabes, gallois et même norvégiens comme cobs et poneys, mais ces trois derniers restent dans les régions à poneys.
Statistique des étalons faisant la monte en Irlande.
Pur
Demi-
lïack-
Clydes-
Agri-
Autres
sang.
sang.
ney.
SMre.
dale.
cultural.
races.
Total.
Statistique des étalons immatriculés.
Pur sang. Clydesdale. Shire. Demi-sang. Total.
Pour terminer ce qui concerne les étalons, nous résumerons ou traduirons quelques notes de portée générale, que nous trouvons dans The Horse in Ireland, donnant une partie du rapport de
(*) Les écarts assez grands des chiffres de 1906 et 1907 pour les demi -aang et les agricultural résultent vraisemblablement des répartitions effectuées par les soins du département pour corriger les renseignements fournis par les éleveurs.
l'inspecteur chargé de la mission dont nous mentionnons les résultats.
Sur 2,400 étalons servant en Irlande, 30 p. c, soit environ 700, sont de race pure; le reste, soit 1,700, est connu comme half breds, sans aucune information définie possible à obtenir. En 1903, le gouvernement décida une enquête pour être édifié sur les origines et mérites de ceux-ci et des circulaires furent envoyées à tous les propriétaires annonçant que les chevaux seraient examinés dans les différents districts. 464 propriétaires répondirent, mais 367 étalons seulement furent présentés.
Sur ce nombre, 353 furent rejetés par la commission chargée d'apprécier les mérites et les qualités ; 86 furent exclus pour unsoundness par une commission de vétérinaires. Comme résultat final, 12 étalons sur 367 furent déclarés sains et recommandâmes.
L'origine de ces étalons fut une question difficile à débrouiller, d'autant plus que les pedigrees ou origines donnés n'étaient pas toujours dignes de confiance. Néanmoins, voici le résultat :
133 étalons issus de pur sang;
98 » » de shire ou clydesdale ;
125 » » de demi-sang ;
11 » » d'autres souches.
Voici maintenant ce que dit le rapport de l'inspecteur : » D'après les statistiques de 1902, il y avait 2,424 étalons en service. En supposant que 400 de ceux-ci fussent des thoroughbreds (tracés) et que les autres de race pure fussent au nombre de 300, le reste, 1,724, vient sous l'appellation à'halfbred. Je suis convaincu que dans les 367 sujets inspectés, nous avons eu le choix des half breds ; aucun étalon ne fut montré pour lequel le propriétaire n'attendait pas un certificat d'approbation ; les douteux restèrent dans leurs écuries.
« Il semble incroyable que sur 1,724 étalons, 12 seulement furent trouvés méritoires. Dans un pays remarquable pour ses chevaux, pareil état de choses dépasse toute conception. Cela peut difficilement être attribué au manque de jugement des éleveurs. L'exceptionnelle adaptation de notre sol pour élever des chevaux et son merveilleux effet en produisant de bons animaux hors de parents médiocres, ont peut-être rendu le fermier irlandais négligent des autres facteurs qui, dans des conditions moins
favorables, sont des conditions essentielles de succès. Quoique la soundness et la conformation soient des facteurs très importants dans la constitution d'un étalon, il y a des raisons pour croire que l'élevage est d'importance plus grande encore. Puisque l'élevage consiste dans la condensation dans un animal de la faculté de reproduire certains caractères, le type particulier que les éleveurs viseraient à produire devrait être défini avant que les essais d'évolution soient tentés (should be defined before his évolution is set about).
» L'introduction des sliire, clydesdale, cleveland bai, hackney, suffolk punch, etc., durant les trente dernières années, a rendu l'élevage du bon étalon de demi-sang une pure affaire d'accident. Jadis l'étalon de demi-sang irlandais consistait dans un mélange en proportions variables de deux souches, le pur sang et l'Irish draught horse. L'un et l'autre étaient les facteurs désirables de notre industrie chevaline, ils s'alliaient avec succès et par là notre contrée fut renommée pour son élevage. L'introduction des autres races aux fins de croisements et l'absence de toute direction dans la manière dont ils ont été utilisés, ont abouti à l'état chaotique dans lequel nous nous trouvons avec 1,724 chevaux de demi-sang contenant seulement 12 géniteurs de mérite. »
C'est là un extrait d'un rapport officiel, donné dans une publication officielle, Journal ofthe Department of Agriculture and Technical Instruction, et il ne nous appartient pas d'en apprécier autrement l'importance et la véracité. Mais combien rediront : Pareil état de choses existant dans le pays le plus réputé du monde pour ses merveilleux chevaux dépasse toute conception! D'aucuns ne voudront peut-être pas y croire et en réalité il y a moins de pessimisme dans la situation dénoncée par le référendum de 1904. Mais ce n'est là qu'une question de plus ou de moins et d'après les renseignements donnés par le récent mémorandum du département de l'Agriculture, il est incontestable que dans l'ensemble l'élevage irlandais n'a pas à se féliciter de la classe et de la qualité de ses étalons.