‹ Le demi-sangChapitre 17 sur 101 · Le Pur Saur · texte numérisé non relu

Le Pur Saur

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ce sont des lois en vertu desquelles la puissance héréditaire peut être théoriquement considérée comme proportionnelle à la pureté ou à la constance de la race à laquelle appartient le reproducteur. L'impureté métaphysique du sang, qui ne se manifeste extérieurement par aucun caractère morphologique, doit donc être reléguée parmi les chimères, tout au moins quand on se place au point de vue pratique.

Bémécourt, poulain bai, 1/2 sang trotteur, né en 1901, par Fuschia et Ergoline ^cho), record 1' 35".

Lorsqu'on veut représenter par des formules la théorie du croisement, il faut avant tout tenir compte des lois connues de l'hérédité. Les patrimoines héréditaires du père et de la mère sont égaux, du moment que l'un et l'autre appartiennent à des races pures, car il ne faut faire intervenir ici que les atavismes, en négligeant les puissances héréditaires individuelles, variables comme les cas considérés.

Or, si les atavismes sont égaux à la première génération (et c'est m principe toujours le cas, qu'il s'agisse de sélection zoologique ou

de croisement), les deux reproducteurs doivent être représentés par des valeurs égales, qui se partagent par portions égales pour constituer un individu nouveau, d'une valeur égale à leur valeur respective. Il n'y a aucune raison physiologique pour attribuer au père une valeur égale à 100, tandis que celle de la mère est réduite à 0, quelque idée qu'on se fasse des mérites de la race de ce père, que l'on qualifie de régénératrice, en considérant celle de la mère comme dégénérée, ces mérites ne touchent que les qualités zootechniques; ils n'ont rien à voir avec les caractères zoologiques, sûrement héréditaires comme tels, chez l'un comme chez l'autre des reproducteurs à l'état de pureté.

En désignant par P l'hérédité ou l'atavisme de la ligne paternelle, et par M l'atavisme de la ligne maternelle dans le cas de croisement, P et M ont nécessairement des valeurs égales que nous représenterons par 100. A chaque génération, il résultera de leur combinaison un fruit que nous désignerons par F, et dont la valeur sera aussi nécessairement égale à 100, quelle que soit la combinaison qui se produise ou les parts respectives qu'y prennent P et M. En faisant fonctionner les signes et les nombres représentant les phénomènes de l'hérédité conformément aux lois connues de ces phénomènes, on aura :

lre génération :

F = 50 P + 50 M = 100, 1er métis;

2e génération :

F' = 50 + 25 P -f 25 M = 100, 2" métis;

3e génération :

F" = 50 4-37,5 P+12,5 M = 100, 3e métis;

4e génération :

F '" = 100 P + 0 M = 100, espèce paternelle pure.

A la première génération, les atavismes étant égaux se partagent par portions égales pour constituer le fruit. Dans les générations ultérieures, où l'atavisme maternel se trouve en conflit avec un atavisme paternel toujours renforcé par l'intervention continuelle d'un père pur accouplé avec la mère métisse, cet atavisme ne peut manquer d'être bientôt vaincu et éliminé.

Expérimentalement, les choses se passent comme nous venons

de le montrer, ainsi que le prouvent les cas de Flourens, observés dans l'accouplement du chien et du chacal, à la condition que les atavismes agissent seuls selon leur loi, et que la puissance héréditaire individuelle ne vienne point troubler le fonctionnement normal de celle-ci.

Elle le peut modifier en accélérant l'élimination de l'atavisme maternel ou en le retardant.

Supposons une forte puissance héréditaire individuelle chez le représentant de la ligne paternelle et une faible chez celui de la ligne maternelle ; en ce cas, dès la première génération, il se pourra que l'atavisme maternel soit presque totalement éliminé. On observe fréquemment des premiers métis qui reproduisent à peu près tous les caractères morphologiques de leur père. Que le même cas de la prédominance paternelle se renouvelle en présence de la femelle métisse, chez laquelle l'atavisme maternel n'existe plus qu'à un très faible degré, évidemment la puissance individuelle et l'atavisme paternel agissant dans le même sens, élimineront pour toujours, dès la seconde génération croisée, cet atavisme maternel, et le produit sera dès lors arrivé à la pureté de sa ligne paternelle.

Mais, à l'inverse, si nous supposons, au contraire, que la forte puissance héréditaire individuelle soit du côté maternel et la faible du côté paternel, en conflit avec l'atavisme, elle n'en sera pas moins vaincue définitivement, à cause de l'accumulation de celui-ci, qui se produit à chaque génération; mais au lieu que ce soit, comme dans le cas normal, à la quatrième, ce ne sera plus qu'à la cinquième, la sixième, la septième ou plus tard.

C'est pourquoi, dans les opérations de croisement, il importe beaucoup, théoriquement, d'avoir toujours égard aux puissances héréditaires individuelles, en recherchant, parmi les femelles métisses qui doivent fournir les mères, celles qui ont hérité au plus haut degré des caractères de leur ligne paternelle; ce qui revient à combiner, dans ces opérations, les règles de la sélection zoologique qu'elles visent, en définitive, avec celles du croisement lui-môme. Croyant avec la Bible que tous nos animaux domestiques nous étaient venus d'Orient, Bufîon pensait qu'ils avaient une tendance naturelle à dégénérer dans nos climats, et qu'il y avait lieu, par conséquent, pour y remédier, de les retremper sans cesse à leur source.

Il a magnifiquement développé sa thèse dans le beau discours sur la Dégénération des animaux.

Bourgelat, épousant, comme tous les naturalistes de son temps, cette thèse dogmatique, Ta soutenue avec ardeur au sujet des races chevalines en particulier, en préconisant systématiquement leur croisement par l'étalon oriental.

L'idée de BufTon et de Bourgelat n'est pas éteinle, elle a encore de notre temps de nombreux partisans. C'est elle qui domine, en particulier, l'esprit des zootechnistes dont nous avons, au commencement du présent article, exposé les théories. Nous avons vu que l'un d'eux qualifie de dégénérée et de régénératrice les deux races qu'il fait fonctionner dans ses calculs.

Or, la race régénératrice qu'il a en vue est originaire d'Orient; il la considère comme un perfectionnement de l'orientale, et la dégénérée est une race quelconque autre que celle-là. Selon la doctrine, cette race quelconque est fatalement condamnée à s'abâtardir en dehors de son croisement avec la régénératrice. Cette doctrine, qui ne visait au siècle dernier et qui ne vise encore que les races chevalines, est particulière aux hippologues, mais les rallie à peu près tous en Europe.

J.-B. Iluzard est le premier qui, à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième, ait réagi contre l'autorité de Bourgelat. A l'opinion dominante sur la théorie du croisement présenté comme le seul moyen de régénérer les races, il a énergiquement opposé que, loin de les améliorer, il les dénature au contraire. C'est l'expression dont il s'est servi. Plus récemment, Baudement a reproduit la môme idée en d'autres termes : « Le croisement, a-t-il dit, ne forme pas les races; il les détruit. »

La formule de Baudement répondait el répond encore à une thèse un peu différente de celle des contemporains de J.-B. Iluzard. Il ne s'agit plus maintenant seulement de s'opposer à la « dégénération » des races chevalines.

Les théoriciens visés par cette formule ont eu la prétention de créer, par la méthode de croisement, selon les degrés de son emploi, une pratique qui peut atteindre deux buts. En deçà de la troisième génération croisée, elle ne produit en général que des métis de divers degrés. C'est-à-dire des individus participant en proportions variables, à la fois aux caractères de leur race paternelle et à ceux de leur race maternelle, par conséquent, des individus mélangés, n'appartenant à aucun type zoologiquc déterminé. Au delà de cette troisième génération, elle élimine les caractères de la race croisée, pour substituer ceux de la race croisante. En consé-

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