LE MÉTISSAGE
D'ailleurs, le terme même de sang est purement conventionnel ; employé par les hippologues et les sportsmen, il désigne la caractéristique de la race chevaline propre à régénérer toutes les autres, c'est-à-dire le cheval arabe ou son dérivé, le cheval anglais de course ou pur sang ; pour les autres races, on peut appliquer ce qualificatif à tout animal inscrit au livre généalogique de son groupe (Sanson).
En l'absence de termes spéciaux servant à désigner les divers métis, on a dû adopter les dénominations décrites précédemment, demi-sang, trois quarts-sang, etc., en ayant soin de faire suivre le mot sang de la qualification de la race dominante lorsqu'il ne s'agit pas des chevaux de course. En réalité, lors de la procréation du métis, chaque élément et chaque association d'éléments en système et en organe de l'un des ascendants luttent pour l'existence vis-à-vis de ceux de l'autre ; si la distance des caractères morphologiques des reproducteurs est peu considérable, il y a convenance entre les races ; la répartition des hérédités se fait rapidement et il y a constitution d'un métis harmonique (Cornevin). Cet équilibre stable n'est pas la règle générale ; il y a souvent, par suite, des phénomènes de réversion, prédominance d'un type sur l'autre et retour à l'une des races pures.
La puissance héréditaire individuelle intervient pour réglementer ces phénomènes en accélérant l'élimination de l'atavisme maternel ou en la retardant.
Si le reproducteur mâle possède une puissance héréditaire individuelle prédominante, dès la première génération, l'atavisme maternel pourra être presque totalement éliminé et les premiers métis reproduiront fidèlement presque tous les caractères morphologiques de leur père : dès la seconde génération, le produit pourra parvenir à la pureté de sa ligne.
En nous plaçant au point de vue amphimixique, il n'y a pas de différence fondamentale entre les unions de race pure et les unions croisées de deux races différentes, parce que, en réalité, dans une race donnée, il y a des différences individuelles plus ou moins considérables qui établissent le passage avec les races différentes.
Dans une union de race pure, nous avons vu que les poulains provenant de deux mêmes procréateurs peuvent, suivant l'abondance relative des éléments sexuels qui se fusionnent, présenter des types fort différents; les uns peuvent tenir leurs caractères de leur père, les autres tous leurs caractères de leur mère; d'autres
ont quelques caractères de chacun d'eux à côté des caractères personnels ; d'autres, enfin, n'ont que des caractères personnels.
Les mômes différences peuvent se manifester dans les unions croisées de races différentes ; mais il faut distinguer le cas où les deux races sont très voisines. et celui où elles sont très différentes.
Supposons d'abord que les races qui se croisent soient très voisines. Alors les différences qui séparent les coefficients correspondants de ces deux races sont minimes, de telle manière que l'abondance relative des éléments sexuels en présence n'est pas indifférente au résultat de l'amphimixie. Nous avons vu ailleurs ' qu'en changeant les valeurs de p et / nous obtenions que tel produit eiït tel coefficient de son père, tel autre, le même coefficient de sa mère ; par conséquent, dans le cas considéré, il y aura une très grande variabilité dans les poulains.
Et ceci s'accorde précisément avec une observation faite par Naegeli : « Le polymorphisme des métis de première génération est d'autant plus considérable que les races sont plus voisines. » C'est que, l'abondance relative des éléments sexuels variant d'une fécondation à l'autre, les œufs résultant des unions successives auront des patrimoines héréditaires différents; le premier pourra en effet prendre à la race de son père les coefficients de a et de d, tandis que le second prendra à cette même race les coefficients de b, c, e, et ainsi de suite. Il y aura donc autant de variabilité dans les métis de races voisines qu'il y en a ordinairement dans les produits de race pure, dont les parents présentent des différences individuelles peu accentuées; et nous avons vu que, dans la règle» il y a entre les frères, issus d'un même couple de race pure, des différences individuelles imprévues, mais toujours très appréciables.
Supposons maintenant que les deux sujets accouplés soient de races très différentes ; les différences qui existent entre les coefficients correspondants de leurs patrimoines héréditaires, seront énormes par rapport aux différences d'abondance des éléments sexuels, de sorte que si, dans une première fécondation, les coefficients de a et de d sont empruntés au père et les autres à la mère, il en sera de même de toutes les fécondations ultérieures entre les deux mêmes procréateurs. De plus, les différences entre la race A et la race B étant beaucoup plus considérables que les différences individuelles dans chacune des races, les produits de l'accouplement de n'importe quel indi-