ATAVISME ET CARACTÈRES LATENTS
du retour à l'ancêtre dans les unions croisées ne s'applique donc, qu'en tant que les ancêtres sont effectivement des types moyens adaptés et non des types aberrants, et le rôle de l'ampli imixie apparaît de plus en plus nettement comme un facteur qui fait disparaître les variations fortuites non adaptées.
Atavisme et caractères latents. — Nous venons de voir qu'il ne faut pas confondre le cas de l'union croisée entre deux races stables avec celui de l'union croisée entre deux variétés aberrantes ; il ne faut pas non plus confondre sous le même nom d'atavisme tous les cas dans lesquels un descendant ressemble à un ancêtre ; les produits de la fécondation d'un pur sang par un normand sont analogues à des anglo-normands, ancêtres communs de ces deux variétés aberrantes ; il y a donc là atavisme, puisque le produit du croisement semble avoir reçu directement d'un ancêtre des caractères qui n'étaient pas manifestés cbez ses deux parents immédiats ; nous savons quelle est la cause de cet atavisme; c'est la même, d'ailleurs, que celle qui fait apparaître cbez les descendants des mulâtres le type blanc ou le type nègre purs ; il y a réapparition des types moyens sous l'influence de l'amphimixie.
Tout autre est le cas, auquel on applique la même dénomination d'atavisme, et dans lequel un caractère aberrant qui existait cbez le grand-père, réapparaît chez le petit-fils sans s'être manifesté dans la génération intermédiaire.
On peut donc résumer les cas d'atavisme sautant une génération dans la formule suivante : un parent possède une propriété, qui se traduit chez lui par un caractère; il transmet cette propriété à son produit, mais ce produit a, en même temps que cette propriété, soit une propriété antagoniste, provenant de son autre parent, soit telle ou telle condition (sexe, état à n chromosomes, etc.) qui s'oppose à la manifestation du caractère ; ce caractère n'existe donc pas chez le produit, mais la propriété fait néanmoins partie de son patrimoine héréditaire. Si les hasards de l'amphimixie font que le poulain, devenu étalon, transmet à son tour, à ses produits, la propriété qu'il paraissait ne pas posséder lui-même, ou si les mêmes conditions antagonistes se trouvent de nouveau réalisées dans la nouvelle génération, le caractère manquera encore.
Et ceci peut durer longtemps ; supposons, enfin, que, au bout d'un certain nombre de générations, le caractère ait disparu sous l'influence des hasards de l'amphimixie, et qu'il ne subsiste aucune
condition antagoniste à la manifestation du caractère; alors si les hasards de l'amphimixie ont conservé, à l'un des descendants, la propriété, ce descendant aura le caractère, qu'il aura ainsi hérité de son ascendant, à travers des générations dans lesquelles ce caractère ne s'est jamais manifesté.
Ressemblances diverses. — Après ce que nous venons dédire, il est à peine utile de signaler les divers cas de ressemblances qui peuvent se produire dans les familles. Les hasards de l'amphimixie font que les poulains dérivant d'un même couple sont différents les uns des autres ; plusieurs peuvent cependant avoir en commun une môme propriété a qui chez l'un des procréateurs se manifestait par un caractère descriptif b et qui se manifeste de la même manière chez ceux des produits dont le patrimoine héréditaire contient «, sans condition antagoniste. Supposons que l'un d'eux ayant a dans son patrimoine héréditaire, mais n'ayant pas b dans ses caractères, transmette par hasard a à l'un de ses produits ; si le caractère b se manifeste chez ce poulain, on dira qu'il le tient de son « oncle » ou de sa « tante » ou de son grand-père, mais pas de son père. On pourra imaginer tous les cas qu'on voudra ; les hasards de l'amphimixie sont innombrables. C'est pourquoi nous trouvons cette grande diversité de types dans toutes les races métisses, ce défaut d'homogénéité qui est l'apanage des races pures.
L'expression poulain de plusieurs pères, généralement considérée comme purement fantaisiste, constitue certainement, en tant que possibilité scientifique, une forte exagération. Il n'en est pas moins vrai que, si Ton emploie le mot paternité pour désigner l'ensemble des actes par lesquels un étalon détermine la production d'un nouvel individu avec le concours d'une poulinière, cet ensemble ne forme pas un tout indissoluble. Il peut être dissocié en plusieurs actes plus ou moins indépendants les uns des autres et, par suite, plusieurs de ces actes pourront être parfois exécutés par des individus différents auxquels reviendra en conséquence une part de la paternité devenue collective.
Ine analyse attentive des phénomènes de la génération nous permettant en effet de distinguer plusieurs groupes d'actes paternels, nous chercherons à définir le chaos que présente l'ascendance de nos chevaux d'hippodrome de pftr sang et de demi-sang, dont on a noté avec soin la généalogie depuis la formation de chaque race.
Nous ferons tout d'abord l'énumération de ces groupes ; puis, nous les examinerons séparément pour en faire ressortir l'inlluence sur la série des générations. Nous serons ainsi amenés à discuter les différentes théories de la descendance qui servent de base à la pratique courante des croisements dans la production du thoroughbred et de tous les chevaux à pedigree en général.
1° Au premier rang, nous trouvons la paternité télégonique, qui est l'action d'ordre trophique et plus ou moins durable, exercée par un étalon sur l'organisme d'une jument poulinière à la suite de la copulation.
Cette action encore insuffisamment étudiée, en modifiant par l'intermédiaire des éléments somatiques le plasma des éléments gonadiaux, assurerait à l'agent télégonique une part de paternité dans les produits ultérieurs.
2° La paternité déléasmiqiie ou par amorce. Nous appellerons ainsi l'action (probablement de nature dynamique) exercée par un accouplement, suivi ou non de fécondation, sur la production ultérieure des œufs chez des juments qui, saillies deux ou trois années consécutives, ne sont fécondées qu'après une longue série de copulations. Ces copulations ne font que déterminer la croissance ultérieure d'un certain nombre d'œufs, lesquels ont besoin d'une série de fécondations successives pour être susceptibles de développement.
3° La paternité cinétique désigne l'action exercée par divers agents et notamment parle spermatozoïde pour provoquer le développement de L'œuf en dehors de l'amphimixie.
4° La paternité plasmatiqtœ , qui est la paternité essentielle, celle qui fait intervenir directement les plasmas paternels, en proportion plus ou moins équivalente avec les plasmas maternels, dans la constitution de l'être nouveau destiné à perpétuer les caractères ancestraux de ses ascendants. Le spermatozoïde fécondant peut être différent de celui qui a agi comme père cinétique.
En nous appuyant sur l'étude des groupes d'actes paternels que nous offrent les phénomènes de la génération, nous serons obligés de reconnaître, en nous plaçant à un point de vue purement scientifique, que la généalogie de nos races de course, quoique très utile, est purement conventionnelle. Mais n'anticipons pas.
C'est une croyance très répandue chez les éleveurs que le premier accouplement peut exercer une influence sur les suivants, en ce sens que les produits de ceux-ci auraient quelque chose des caractères du premier père. Le célèbre biologiste anglais Romanes a interrogé de vive voix et par correspondance un grand nombre de praticiens et constaté que presque tous croient à l'influence du premier mâle. La plupart la croient fréquente et quelques-uns pensent qu'elle est constante.
On a donné à cette influence des noms divers empruntés soit aux faits, soit aux théories qui tentent de les expliquer : télégonie, imprégnation, mésalliance initiale, infection du germe, hérédité fraternelle; expressions qui ont chacune un sens particulier : télégonie vont dire influence éloignée de l'acte générateur ; le terme
imprégnation suppose que l'organisme maternel est pénétré tout entier par la substance fécondante qui le modifie à l'image de L'étalon qui a fourni cette substance; celui d'infection du germe est fondé sur l'opinion que les œufs de la jument sont atteints dans l'ovaire avant d'être mûrs et que les fécondations ultérieures les trouveront gâtés parle premier accouplement ; celui de mésalliance initiale s'applique au cas, qui aie plus frappé les éleveurs, où une femelle est atteinte dans ses qualités reproductives par une première union avec un mâle inférieur; enfin celui d'hérédité fraternelle suppose que les frères cadets ressemblent au père du premier poulain comme s'ils avaient hérité cette ressemblance de ce frère aîné.
Nous avons adopté pour les besoins de notre démonstration le terme de télégonie, qui exprime sous le couvert du grec une idée très facile à comprendre.
Voici le schéma du phénomène : une poulinière de race pure de famille A est fécondée par un étalon de famille B et porte dans son utérus un produit A X B. Si, ultérieurement, la même jument est fécondée par un mâle de famille G, elle donne quelquefois des produits qui ont certains caractères de la famille B.
C'est que, pendant la longue durée de la gestation première, la jument et son fœtus ne formant qu'un individu au point de vue de la corrélation générale, l'unification tend à se faire dans le patrimoine héréditaire de l'ensemble, c'est-à-dire que le foal A X B prend quelques propriétés de la poulinière A, et la poulinière A, quelques propriétés du poulain A X B. Ainsi la mère acquiert partiellement des caractères de la famille du fils et elle n'est plus, après la gestation, de famille absolument pure A, mais a quelques propriétés de la famille de l'étalon qui l'a fécondée et pourra les transmettre à ses produits ultérieurs.
Ce phénomène donne une explication satisfaisante des centaines et des milliers d'insuccès dans la production des chevaux de course qui pourtant auraient été mis au monde dans les conditions en apparence les plus favorables en ce qui touche la haute origine, les performances des procréateurs, la recherche des alliances de sangles plus renommées pour leurs succès, des conditions climatériques et hygiéniques les meilleures, enfin de l'élevage, de l'entraînement, etc.. Mais on doit reconnaître aussi que, dans un très grand nombre de cas, la télégonie agit en sens inverse en améliorant les chances des progénitures cadettes. Le cas s'est présenté souvent en
France, en Angleterre, en Amérique, en Australie, etc., avec les mères des chevaux célèbres. Les performers auxquels nous faisons allusion venaient en général troisième, quatrième, cinquième produit du même croisement, démontrant clairement que dans la première conception, l'influence du père n'avait pas été suffisante pour léguer ce qu'en langage sporlif on est convenu d'appeler la classe.
On saisit bien la clef physiologique du problème : d'une imprégnation première il subsiste quelque chose d'indélébile, et les produits des années ultérieures à la première seraient en partie l'œuvre du passé.
Personnellement, je crois que la télégonie est un phénomène très vraisemblable et très réel. Pour en « démontrer » l'impossibilité, les adversaires de cette théorie se livrent à une analyse très serrée du mécanisme intime de la génération, et soutiennent qu'il n'y a dans ce mécanisme subtil aucune place pour l'imprégnation partielle susceptible d'être complétée plus tard : tout ou rien, affirment-ils; c'est beaucoup s'avancer sur la foi du microscope..., et c'est prêter à la nature un absolutisme qu'elle ne pratique pas.
Les physiologistes, à l'instar des médecins et de quelques zootechniciens, édifient des doctrines dont chacune, à son apparition, est solennellement reçue comme « définitive » jusqu'à sa faillite prochaine, souvent assez piteuse. Actuellement, on admet que dans toute l'échelle animale la fécondation est un phénomène précis, qu'il intervient pour chaque produit un seul et unique « corpuscule générateur », lequel évidemment ne peut provenir de deux sources. Les arguments fournis à cet égard ne me satisfont point. Et comment ose-t-on, sur un terrain aussi obscur, aussi occulte, aussi scabreux, d'après quelques rares expériences, toujours sujettes à caution, trancher avec tant d'assurance !
La télégonie s'expliquerait, du reste, malgré l'hypothèse du corpuscule générateur un et indivisible ; car il est possible de lui trouver des raisons en dehors de l'imprégnation partielle.
Lorsqu'un être nouveau se forme dans le sein de la poulinière, où il est pour ainsi dire gretfé, il doit très probablement réagir sur l'organisme qui le porte, de façon que, par son entremise, quelque chose du père s'imprime dans le corps maternel et y demeure pour se manifester dans les croisements suivants.
Il est loisible de supposer encore, ainsi que je l'ai montré dans mon livre le Pur Sang, que les éléments mâles ont une action
directe durable sur l'organe maternel. Cette réaction du principe fécondant sur l'organisme fécondé a été souvent signalée chez les plantes. L'innocente botanique apporte enefTet son importante contribution en faveur de la télégonie, en montrant que dans le monde végétal il y a une influence profonde des éléments mâles sur l'organisme fécondé, une influence qui ne se limite pas à l'acte fugitif de la fécondation.
Les adversaires de la théorie télégonique prétendent que pour ce qui est des animaux, elle ne repose sur aucun fait sérieux contrôlé scientifiquement, et ils ajoutent que leurs propres expériences, instituées avec le plus grand soin, prouvent le mal fondé de cette théorie. On doit répondre à ces hommes de science que la plupart des éleveurs, gens, à n'en pas douter, d'une compétence supérieure, redoutent la télégonie et veillent sur leurs femelles de race avec une attention jalouse afin qu'elles restent à l'abri d'une imprégnation de hasard qui, suivant eux, pourrait compromettre pour longtemps la pureté de la descendance : quoi qu'on en puisse dire, il existe des faits remarquables et indéniables à l'actif de cette croyance populaire, et si les antilélégonistes leur ont cherché péniblement des explications en dehors de la télégonie, ils ne m'ont guère convaincu. De ce que les expériences des antitélégonistes ont été négatives, cela ne signifie rien non plus contre la théorie, car personne n'entend que la télégonie soit la règle courante : c'est un accident qui peut se produire, qui se produit et dès lors nous ne devons pas l'ignorer dans l'étude et la discussion des théories émises pour résoudre le problème généalogique des races et celui du croisement rationnel.
Dans les variétés de course, les faits sont évidemment précis et consistants ; mais, comme ils sont disséminés sur les nombreux points où l'on élève, ils constituent des observations malaisées à approfondir.
En outre, les éleveurs et les stud grooms communiquant difficilement leurs remarques, nous sommes le plus souvent forcés d'attendre l'apparition des chevaux sur les champs de courses pour noter les ressemblances.
Malgré les difficultés d'établir les faits, la télégonie ne manque pas de preuves précises dans la race pure comme dans les races de demi-sang. Je pourrais citer quelques cas constatés par moi-même dans des haras et jumenteries, mais ils ne donneraient pas plus de force à ma démonstration qui s'appuie surtout sur les données
100 THÉORIES GÉiNÉKALES
biologiques qui expliquent l'immunité et l'hérédité des caractères acquis.
Pendant toute la période de la gestation, il y a de telles communications entre les milieux intérieurs de la jument et du fœtus qu'on peut les considérer tous deux comme formant un individu unique, dans lequel la sélection adaptive établit la corrélation générale. Or, par le fait même de la gestation, les conditions se trouvant modifiées, il intervient naturellement une variation quantitative, tant chez la poulinière sous l'influence du fœtus que chez le fœtus sous l'influence de la mère. Dans cet individu formé de deux êtres, il s'établit donc, pendant la longue durée de la gestation une sorte d'équilibre qui dépend naturellement de l'ascendance de la mère et du fœtus. La sélection naturelle détermine donc une variation quantitative, tout à fait comparable à celle que produit l'immunité. On est alors amené à considérer que dans un individu à milieu intérieur limité, comme c'est le cas chez la jument, il y a, quand l'état adulte est définitivement obtenu, unité de race entre les éléments. Dans le cas de l'être double formé d'une poulinière et de son embryon, il est donc tout naturel que la race tende à s'unifier entre les éléments des deux individus unis et comme la gestation est longue, cette unification peut être assez avancée au moment de la mise-bas, pour que les autres éléments sexuels de la mère aient acquis beaucoup de caractères de la race du père et les conservent assez longtemps. De sorte que la poulinière elle-même par le fait de la gestation, acquiert dans tousses tissus, quelques-uns des caractères de la race de l'étalon. On ne peut donc pas admettre que les poulains qui naissent à partir de la seconde gestation, ne tiennent aucun caractère du « sire » qui a fécondé pour la première fois la poulinière qui les a produits. Remarquez encore que ce n'est pas seulement le premier mâle qui intlue sur les produits futurs, mais bien tout étalon ayant fécondé antérieurement la jument. Donc un poulain naissant d'une poulinière qui a eu antérieurement plusieurs produits de divers étalons peut tenir des caractères de tous ces pères antérieurs.
Pour montrer combien cette question est importante au point de vue biologique, il me suffira d'exposer succinctement les différentes opinions des savants qui ont cherché à expliquer de diverses manières cette influence du mâle. Weissmann invoque une fécondation incomplète d'œufs non mûrs. Ryder fait appel au métabolisme. Spencer pense que le fœtus modifie la mère à son image et
lui communique quelques caractères du père qu'elle transmet ensuite à ses autres produits. Turner croit que la modification porte non pas sur la mère mais sur les œufs non mûrs des portées suivantes et que les échanges nutritifs entre elle et son premier fœtus sont les intermédiaires de cette modification. Romanes, au contraire, cherche l'agent de cette modification dans la substance des spermatozoïdes superflus du premier accouplement. Ces spermatozoïdes meurent, mais leur substance ne meurt pas et, absorbée par les
Cheval de selle anglais.
œufs à la manière d'un aliment, pourrait les modifier. Le liquide spermatique qui a pénétré dans l'utérus équivaut, en effet, à une de ces injections séquardiennes dont on connaît les effets sur l'organisme. Il n'est pas impossible que les produits sexuels non mûrs ne soient en quelque chose modifiés par elle. Enfin Bard croit trouver une explication dans une force particulière qu'il appelle l'induction vitale. Selon cet auteur, la vie du protoplasma se manifeste par des forces ayant des modalités beaucoup plus variées que dans, les phénomènes physiques où on les a étudiées. Ces forces peuvent agir les unes sur les autres par une action comparable à l'influence
électrique et qui constitue l'induction vitale. Cette induction vitale se montre nettement par l'action des organes reproducteurs sur les caractères sexuels secondaires exprimés dans le soma ; elle se montre par ses effets négatifs dans la castration. Or, comme il n'y a pas d'action sans réaction on doit admettre que réciproquement, le soma et ses modifications peuvent agir à distance sur les cellules sexuelles par une induction vitale et les modifier.
L'infection de la mère par un premier accouplement s'explique d'après Montia, par une modification dans la modalité fonctionnelle des organes génitaux maternels sous l'action du liquide spermatique, à la manière dont un organisme est modifié par des microbes ou môme par des toxines sécrétées par eux.
Les phénomènes d'imprégnation, dit Jaeger, s'expliquent aisément par le fait que le produit de la première conception émet des gemmules qui vont se condenser dans les ovules non mûrs de l'ovaire.
Malgré les divergences d'opinion dans les essais d'explication du phénomène, l'influence lélégonique est réelle et nous devrons, en théorie, toujours en tenir compte.
Examinons rapidement avant de conclure les autres groupes d'actes paternels. La paternité déléasmique est, ainsi que je l'ai dit plus haut, l'action exercée par un accouplement suivi ou non de fécondation, sur la production ultérieure des œufs chez des juments qui, saillies deux ou trois années consécutives, ne sont fécondées qu'après une longue série de copulations. Ces copulations ne font que déterminer la croissance ultérieure d'un certain nombre d'œufs, lesquels ont besoin d'une série de fécondations successives pour être susceptibles de développement. Cette observation a été faite chez un grand nombre de pouliches de trois ou quatre ans, qui n'ont été fécondées que dans leur cinquième, sixième et septième année. La longue suite d'accouplements a eu chez elles pour résultat de déterminer l'expulsion d'un grand nombre d'œufs qui seraient demeurés abortifs dans les gaines ovariennes. Non seulement la stérilité de ces juments a pu être guérie par ce moyen, mais leurs œufs ont subi une influence différentielle sans doute, mais une influence qui a pu modifier leur chimisme et, partant, leur hérédité. L'étude de l'action des autres groupes paternels que nous avons esquissée nous demanderait trop de place et exigerait une longue exposition qui pourrait devenir fastidieuse pour le lecteur : aussi renverrons-nous les personnes que ces
questions pourraient intéresser à notre étude sur la fécondation et la stérilité, qui va paraître incessamment.
En nous appuyant sur les lois d'hérédité et sur toutes les intluences dont nous avons parlé, nous pourrons conclure que, à chaque saillie, à chaque gestation, le mélange moléculaire augmentant de plus en plus en éléments disparates chez les poulinières, les poulains qu'elles produiront pourront être envisagés comme des êtres collectifs dont le pedigree pourra être tracé arbitrairement sur le papier, mais qui comporteront un mélange cellulaire impossible à déterminer. Voilà pourquoi les théories du croisement et de la descendance dans les races tracées, devront cire considérées comme antiscientifiques. Nous ne discuterons pas la théorie physico-chimique de la généalogie des variétés de course, le problème reposant sur des notions que la science n'est pas encore arrivée à déterminer d'une façon assez parfaite !